Google
This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project
to make the world's bocks discoverablc online.
It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject
to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books
are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover.
Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the
publisher to a library and finally to you.
Usage guidelines
Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to
prcvcnt abuse by commercial parties, including placing lechnical restrictions on automated querying.
We also ask that you:
+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for
Personal, non-commercial purposes.
+ Refrain fivm automated querying Do nol send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine
translation, optical character récognition or other areas where access to a laige amount of text is helpful, please contact us. We encourage the
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help.
+ Maintain attributionTht GoogX'S "watermark" you see on each file is essential for informingpcoplcabout this project and helping them find
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it.
+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are lesponsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other
countiies. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can'l offer guidance on whether any spécifie use of
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner
anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite severe.
About Google Book Search
Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps rcaders
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full icxi of ihis book on the web
at|http: //books. google .com/l
Google
A propos de ce livre
Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec
précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en
ligne.
Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression
"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à
expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont
autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont
trop souvent difficilement accessibles au public.
Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir
du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains.
Consignes d'utilisation
Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages apparienani au domaine public et de les rendre
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine.
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées.
Nous vous demandons également de:
+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers.
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un
quelconque but commercial.
+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile.
+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en
aucun cas.
+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère.
A propos du service Google Recherche de Livres
En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adressefhttp: //book s .google . coïrïl
les'
A\feANTURES
DE
POMPONIUS
CHEVALIER ROMAIN,
OU
LHISTOIRE
de nôtre Tems.
A ROME,
ChezlesHeritiers dcFERHANTi
Pallavici ni.
M. DCC. XXV.
m
^ urw
i5stP im
OF OXr ORO
A MONSEIGNEUR
LE
» -•
DUC D**N.
MONSEIGNEUR,
La faveur, dont l'Augurte
Prince qui nous gouverne,
vous honore, Icclac de vôcrc
illujdrc Nai{&nce,la proteC'
tion que vous donnez aux
Mufcs, l'élévation devôrrc
jugement engagent P o m-
PONius à (è mettre fous
vôtre proteâ:ion. Vangez-
le Monseigneur, pair
vôtre approbatiqn des Cri-
tiques outrez qui trouvent
E'PITRE.
trevitez tout ce que j'ai diç
en faveur du Prince de Re>
LOSÂN, & qu'on s'imagine-
ra , que plus je le ^effens ,
plus je dois être fufpedï de
critique: Mais j'ofe raâ flac
ter, Mo N s B i g m b u r, que
connoiflànc la droiture de
mes intentions , Votre
Grandeur aura adèz
de gcncrofitc pour en in-
former le Prince. Dans l'ef-
perance de cette grâce, je
luis avec un très- profond
rcfpc<5t. . .
MONiîÉIONEIJR, 1
De Votre Grandeur
Le très- humble & très-
obéïfTant Serviteur.
TA BLE
DES CHAPITRES.
. CHAPITRE I.
NAiflance & éducation de
Pomponius. Ses amours
avec Odavie. i
C H A p. I I.
Portrait a Amife fuivante d'Oc-
tavie. Portrait de Pompo-
nius. Portrait d'Oclavic. j
C H ,A P* I I ï.
Paflîon d*Ô(Stavie. Changement
d'habits.AyaaturedeMucie 8[
C HA p. I V..
Mucie intercepte un Billet de
Pomponius, engage OAavien
i inectre Ta fille aux VeAales*
T A»& L E
Pomponius fe^éguife en fil le^
prend le nom de Lucie, ôcfuic
Oftavie aux Veftalés. 1 3
C H A p. V
Partie de plaifir dans le Jardin.
Hiftoire d'Amifc. Ellefedé-
. couvre à Pomponius. Jalou-
fie d'Odavie. 1 8
C H X p. V I.
Pomponius découvert par Peti-»
^ lia i fort de chez les Veftalés.
Sa Harangue. ix
C H A P,- V I T.
Pomponius va à laCour. Digref-
fion.fur Porigine des Manufl •
crits. Lecti'e de Pomponius
le Pcre. i^. |
Chat. v i j ,i.
Difgracede Séjiah. Pbitijponius ,
prend la fuite aVecquatré aii^ ■
thés Seigneurs Romains.' His-
toire d'Eo-ratius. 29. .
■ C H A p. I X .
Egnatrus rencontre des Feès.
Vers Prophecrques touchant
DES CHAPITRE?,
la Succeflion à i'£mpire. 34
C H A p. X .
Diferend entre Pifpn &c Egna-
tius apaifc par.Prifcus. Hid
toire de Celer, 40
C H A p. XI.'
Hiftoire de Prifcus. 48
C H A p. X I T.
Suite de la Navigation. Chaflfe.
Pomponius conte un trait de
Th iftoire d^Agrippine ,^ ra*
forte un fait qui lui ctoic ar-
rivée j6
' C H A p. XII I.
Hiftoire dePifon. Réflexion de
Celer. Tempête. Deicrîpcioa
de richtyophagie. 61
C H A P ; X KV.
V^agede la Lune. Magafinde
Pucelage. Hiftoire duP.ucelage
d^^ifon. .69
C ri A p. XV.
Magafin d'efprit. Secret delà
Poudre de Projeftion. Mœurs
des HabitansdeFracaftor. 76
TABLE
C H A p. X V !•
Bibliothèque 4uSneIlius. Saints
de la Société. Doctrine de
Pi(on fur la venté. Ce que
c'eft que Pucelage. 8z
G H A p. XVII.
Queftion curieufe , s il y a une
créature nubile qui aie fou
Pucelage. 5) z
Chap. xviti
Suite de ce qui fe paQa dans la
: Bibliothèque. loi
Chap. x i x.
Catalogue de quelques Livres
de la Bibliothèque ds la Lune.
Chap. x x.
HÎftoire daDf uïde Medoc. Or-
dre du Pavillon. Portrait^u
I rince de Relofan. 1 1 8
C H A p. x X I. ^
Eloge Littéraire d'un Sçavant
Homme. Pomponius & Pifon
vont auMénclas, où ils Te ma-
rient pour trois jours. j 27
DES CHAPITRES-
C H A p. XXII*
Manufcrits & Médaille de laBî-^
feliotheque de la Lune. Con-
Verfacion des Romains. 134
C H A p. XXIII.
Jugement deSamar fur les Jour-
naliftes.Traitsd'HÎftoire. 146
C H A p. XXIV.
Hiftoîre du Prince de Relo^
fan. 151
C H A p. XXV.
Suite de THiftoire du Prince de
Relofan. Banque Royale ï6j
C H A p. XXVI.
Suite de PHîftoire du Prince de
Relofan. 171
Chap. xxvii.
Guerre de Jerbie. Sa fin. Entre-
prifes du Sénat reprimées, 181
Chap. xxvm,
Defcriptiondu Château. Por*
traits de quelquesDaraes. 191
Chap. x x i x.
Portraits de quelques "Sei-
gneurs. 197
TABLE Ides chapitres
C H A p. XXX.
Cootinuacion du même fu-
jet. , ^01
Sommaire dçsChapîtres conte-
nus en la Chronique du Che^
vaherSoccrmelec. 108
Remarque fur le Régiment de
la Calotte. m
•
Brevetd'Infpedeurfùr la Mu-
sique & DanfeduRegiment de
' la Calotte. iit
Jugement de la Calotte fur le
Procès de Mr. de Fontenelle^
[ fie d'Arlequin* ^14
Arrêt portant condamnation de
baniâTement, contre certains
déliquans envers la Raifon 6c
[ la Langue- 115
^
LES
IJÎS AVANTURES
De
POMPONIUS
»
CHEVALIER ROMAIN,
OU L'HISTOIRE
de nôtre Temps.
CHAPITRE I.
fi» •
am$urs- svec Oâiavie.
ÏL y iToît dix ans qvt Lucius Quitus
Pùmpênim » ifluftrc Romain a voit
épenfé CilîA FUvia , fans q^il tut
tncore tu paroicr* atcun fruit et ion
fliariagc. ; lor/^ue lUvta fit votu à Jitpiier
Capttolin, de deftiner (bn Fils ou fa FîU« à
llœpîrc ^^, fi cUe ÀQit alTei héurture fo«9
^^jr
(4)
J'habtfler in Tille : Peat-ctre AUro*h]t dl
punir Ton audace i mais \t me fuit conten-
té de le ^ui enlever » & de lui envoïer à
là place un Tableau , où )*écbis repréfen-
té dans meâ véritables habiif. Oâidvien s'i-
magina que Pomponius tvoic quelque m«
cTination pour Oâîavk , ôc qu'il s'ctoîi fer-
vi de ce Stratagitne pour avoir (bn Por-
trait. Il ne lui en témoigna cependaat
rien » pour n*être pai obligé de lui faire
€|uclque réprimande , d'avoir pouffe les
chofes fî loia à fon infçû. Pour décou«
▼rir ce qui eaétoit, il dit à Pomponius c^^
le Peintre n'étoit pat en faute t il kii coata
rhiftoire^ fie l'engagea à aller chez lui » Icàj
fkire porter le Portrait d^Oâîavie , pour 1«
confronter avec le les le avec l'original.
Pomponius y confentit d'autant plus volons-
tiers , qu'il deiîroit ardemment de voir un«
Eirfénne avec laquelle il «voit tant de ref«
mblance. Il fût charmé des attraits d'O^^-
i?t » 6cq«ofqu'ils ne fe fuflVnt jamais vus,
leurs cœurs s'unirent C étroitement dans
cet heureux moment, qu'ils fe déclarèrent,
par les eeillades les plus tendres , qu'ils
lîrûlotent d'un mcme feu. . Le refte des cé-
rémonies de la vifite fe pafla coœm entre
pei (bnncs indiâTeremes : ce qui perfuada à
Oflavten , qu'il n'y avoir aucune liaffoa
entre eux. Il crut en 'être convaincu par
le refus que fit Pomponius , de choifîr c»i
lui des Tableaux qui lui plairoit le plus.
Ce Chevtiier les laifTâ tous chez Oâlavien,
êc envoya le lendemain cet vers pour Ici
accompagner, ...
Homâm
lûmé'n » crois^tîi que^U nature
Puijfe par un de [es efforts ,
Taire un pan âge entre deux corps
l^ts dffflrens attraits qtio^re cette peintHr if
CHAPITRE II.-
Portrait /i'AmiTc futvanto ^*OâaYic» ^#r-
tratt d$ Pomponius. Portrait <^*Oc«
i UVÎf.
Ç I) OâfavUn ne s'appen^ûc pas du fei qui
i^ confutnoit ces deux jeunes perfoiinesr^
CM fiâmes , pour être fecretes , n'en c«
tofent pas moins ardentes. Comme ils a-
Toyenc tous deux autant dVfprit que de
prudence , ils eoncirent facileaient qu'ils
dcvoîent cacher Uur nAîCime pafion,
fous 'c voile oiyfterifix 4*unt indifiTerence
affcéict : que plus ils preadroitnc de pré
caution pour (e donner dti niarques rccî^
proqucs de Uur amour , plus ils en pou-
roient clouter long-tems Ut douceuri. Quel-
que éloquent que foit le langage des ytuit,
P0i»/<7»/»/ appréhendant que l'aimable Oâïs»
<vîe n'eût pas bien compris tout ce qu'il lui
avoit tcfinof^nc de pafîton pour elle » re(b-»
ht de gagner Amlft fa Suivante. Les Suivant
tcf (ont en amour 'le reflbrt de tout lef
intrigues : de quoique les Dames afFe^eoc
de n'en pas prendre de plus belles qu'elles ,
il arrive Touvent que les Dames étant fort
jpellef, legiuiY<mtfs font fort aimablesii Dés
le premier moment , 'qu'Amrfe ttoît ta
Vctnpon'ius , cHe âvoit con^û de l'eftime
pour lui , c*eft à dire , en langage de Shw
vante , beaucoup d*amour Elle avoit re«
f«lu d*en faire h conquctt.
Amife éroîc une belle blonde^ de taille
moïcMne. d*un teint fin , blaac & brillant «
d'un vidage fort régulier , à qui une gorge
naiffamt ^ donnoit beaucoup d'à ppai : Elle
étoit jeune c 5c quoique toutes les Damcf
le foieof , Amife n'avoit que feize ans , ce
qu'elle fentoit pour Pomponiui ne lui laif-
foit aucun repos. Ce jeune Cbevaliev 2?^
mam , qui n'avoit que quinze ans raflem»
bloit en lui tout ce qvCAdoms eut janiars
de charmant de d*aimable. On voi'oit bril-
ler Tes yeux d'un vif qui enchantoit : foo
teint « quoique délicat , avoit quelque ,cho-
fc de fifduifant : (otx air n^ajeAueuic joint
à la douceur ds Ton vifage , infpiroit autant
de refpeâ que fes manières tendres , en-,
jouées & engageantes , donnoient d'amour.
Une grande chevelure blonde , qui âottoit
iîir fts épaules ctoit un agréable orne-*
mcBt qui relevoit tous fes appas .* Il avoit
l'efprit vif , brillant ôc un peu malin , ce
qui rendoit fa coaveriation fort gaie. Ami($
donc , ne pouvant plus fouffrir l'ardeur du
feu qui la confumoit , penfoit aux moïens
de fatitfaire Ton amour , -lorfque l'cioile de
Venus lui livra l'objet de fès tourmcns.
Pompoi'ms s'étant rendu chea 05tavi$nÇat
les (\x houres du foir , pour ailifler à ua
Concert , qui devoir être accompagne d'u-
Ae Comédie, AmiCa le faluë. U lui deman*
de
(7)
de dcf nouvelles de raîmabte Offavie, Elle
feint qu* fa MâitrefTe lui avoir ordonoé
ém le conduire àuks une certaine diambre ,
•ù ils deroient changer d*habits, ôc (t ftv
▼<r de leur reiTèmblance pour en îinipoCt:t
à h compagnie » en la divertiflanr. Cctoic
ponr PomfonÎHs , une faveur extiime que
des avances de cette nature. Il en augura
fore bien, 9c ne s*y trompa point. Amîje,
de (on côté > qui dévoie être la confidente
de ce myftere , avoit irouv^ le moyen de ne
pas perdre Yomponms de vue , putfqu^elle
de voit {^accompagner par tout » tant qu'il
îoûeroit le perfbnnage d*0âidvÎ9,
A peine eût- elle enferme Pompcnius
dans tme chambre . qu'elle court porter à
OHavie la plus agréable nouvelle qu*on
pût lui apprendre. Llle liû fit mille pro»-
tcftatioRs damftié » & les offres de fervU
ce les plus enge^eans de la part de Pom^
fonms^ Elle lui propofe enfuiic le change»
ment diiabits. Ocfavle Taccepîa } mais
£iifant reflexion fur l*empr«{îemcnt qu'^-
x»(/ê temoîgooit dans ceî;e affaire » e!le âpre*
hetsda que (a fiiivante ne fût fa Rivale . Ei-
le lui fit mille queftions fur la manière
dont elle avoît rencontré Pomponîus , U.
fur la converfation qu'ils avoient , eu ei>
femble. Elle lui demanda , s'il ne lui avoit
pas donné quelque baifer pour le lui por«
ter 9 s'il ne lui avoit pas fait quelque pre*
fènt , ou que-que promefTe , s*il ne Ta voit pas
invite \ quelque promenades & lui fit mille
autres demandes importunes de même na-
ture. WÊA\% ce fut inutilement j elle ne
A4 réuffij
ttufTit pas (mîeux àlai demander'» (! elle m%
Taimoit pai. Ami/e lui répondit que quel-
que mérite qu*eût \Pompomus , tlle ne fe
£e mccon noir roi t iamaii» }ulqu*à afpireri U
conquête d'un Chevalier \Romain, OcidvU
fe content! en apparence de cettt réponfe i
Elle croît un peu jaloife , foie que ce fiic
l'effet de la; violence de Ton amour , foft
qu*elle voulut cprouverf fa^ Demoiftlle. Je
fie croiroif[ pes que ce fiit un défaut qui «lui
fut naturel : les Dames en (ont exemptée»
Elle avoît refprit pénétrant <5c enjoué •• Çk
taille ctçit grandes ion tein d*un brun clair
la rendoit une beauté piquante t on vojoft
briller fur fbn vifage & fur fa ^orge des train
de nei^c 5c de vermillon , qui donnoienc
à Ton tein un cclat merveilleux : Us yeux
brilbient 4*un beau feu t fes cheveux natu-
rellement châtains, miis qu'elle avoit rendvt
blonde par art ^ donnoient an nouveau luftre
à Ton vifa^e j elle avoit Tiir maie(\ucux,
èc on voyoït quelqut chofe dc^ grand da^ft
fes^ manières.
CHAPITRE III,
Pâjfton étOàzvte. Changement a*èabitsl
jivantures de Mucie.
*
Oâiavte alla trouver Pompênms dans U
chambre , où Amife\ Ta voit enfermée s
le oubliant fa fierté naturelle , ou pour
SàKuxdire, les bi«a(cto<ei de Ton fe\t, ell*
•^abandaaqi
( 9}\\
4*ibandoiifia ^ la violence de Ton aaowr« f%
jctta a« con de Corn amant , de goûta fur
fet leTres It Kcdar de Vtnus , jftifqu'à C%
pâmer. Rcprenam fès efprits , Ôc fe trou.
▼ant dant une pofture (i tendre , elle ajr-
cepta touf les offres de fervicc que lui fît
Pêmpomius i EHe lui déclara qu'elle tic
▼ovloit pli lui céder en amour , 9l que
qvelque paflîonné qu'il fut pour elle , Oc^
tMvU raimeroJt encore plus qu'elle n'en (è-
loic aimée. Au refte » lui dît*elle ^ je n«
vo«s demande que du fecret & de la tt^
connoiiïance : u jamais vous vous vantez
de la part que je vous accorde dans met
bonnes grâces , *<oii que vous ne répondiez
pat fidèlement à mon anàitié , je vous mé-
priferai autant que je vous aime i quand il
y aura quelqu'un arac nous , i excepté jlmU
/tff^f témoignez- moi plutôt de l'indiiTerenca
que de l'amitié •• Qu'il n'y ait que moi qui
f<|ache que vous m'aimes : le pouiTèz ce-
pendant pas leschofes jufqu'à offrir vos fer-
' vices à un autre ei^nu prefcnce , je vous
' fure par Jufittr le vangeur , que je voua
«rracherois le poignard que vous portes ^
votre ceinture » pour le plonger dans votr«
cœur. Pomponius n'eut pas befoin d*une
pins longue exhortation à la fidélité. Il lui
promit le lui j^ira tout ce qu'elle* voulue ,
•n aprochant les lèvres des Hennés , 3e par*
ugeant l'émail de fes ,dcnts avec fa langue*
Enfuite^ Amife s'aproclia. Elle les dcsha«
^ Ulla tous deux & rendit de trés-bon coeur
ce petit fervicc à Pomponiuf, Pendant cet-
te ccrémonit l'amour eut foin de découvrir
A 5 ctrtaintf
«cttamcs bcatités , qu'on n'Aoft pas fi-
ché qn*oa rit > quoiqu'on affeâât dt lef
cacher,
Kof ieunet amans ayant change d'hat)îts^
fe rendirent à Thcure du Concert dans
la Salle , où ils jouèrent fi bien leur rôle ,
qu'il n'y eut que la Mcre d Ofîavîe & Af«-
€ie qui t^aper^urent du chan^eaaent d'ha-
bité. La Mert fe retira au^tot dans fa
chambre , de entra dans une fureur extrê-
me. Elle envoyé chercher ^mife , Ôc lui
ordonne de déclarer , fi ik Fille n'avoit pat
donné autre chofe que fes habits à Pompû»
nitês. Amîfe foûtint parfaitement bien la ga-
geure. Elle déclara fa Maurefle innocen-
te f 5c dît que c'étoit elle qui avoit fait
ce changement , fans qu^O^avîe ni PcmpO"
nius j cuflent d'autre part , que de s'ctre
habillez avec les habits qu'elle leur avoit
fournis. La Mer* à*Oflavie , à qui la fin-
cerit^ à'Amifê n'étoit pas furpeÔc , là crut,
H rentra dans la Salle » où ctoît la Com-
pagnie , fans rien témoigner de ce qui s'c»
toit pafsé. Mncte Gouvernante à*Ofiavie ,
qui s'étoît auiC'apperçuë du jeu . n'en crût
pas toat-à-fait Amife fur fa parole. Elle
examina dos deux amans .j mais Çt% foins
furent Inutiles : & ce c^u* Amife n'avoîc pu
lui perfuader , elle le crût par les froideuri
êc le^ indifférences qu'elle remarqua que
les jeunes Amans avoient l'un pour l*au»
tre,
Jufqu^à ce moment PomponÎHS powoit (%
dîre heureux ; Mais Cufîdon en bleilànt
HhcU d*uxie fl^échc d*or qui lui infpira un.
amour
âmovr yioleat pour Pomponias , frapa celui*
<i À*un9 flèche de plomb , qui lui donna
«M (ouverain mépris pour Mucit, Cette Gou*
vername avoit plufieurs bclles^alitez. fille
é\6\i (îige , auiant qu*a accoûtum<f à% Tccra
une Dame élevée a la Cour. Elle f^voît
la Mufique en perfeâion. Elle joûoit <ief
inârumens , êc chantoit avec grâce. Elle
avoit beaucoup lu. Elle r4^aToit toua les
Poètes par cœur , fur tout Ovide , dont elle
avoit mis en Mufique VMt d atmer» Elle
^t^îc Pcmme, c^cft a-dire, aimant à plaire,
voulant être aiméa , aimant quelque fols.
Pomfonius lui plût. Elle fut charma de
fe% belks manières , 6c détachant un braflc-
]et , qu^elte avoit au bras « «lie lui en fît
prcfênt. Pompontus , . <|ui jouoit alors le^
perfbnnaged*0^/ft^/>. crût pouvoir recevoir
de fa précendue Gouveraantr un brafTelet,
fans conCcqueac«. Mucîe voyant qu*il avoit
accepté {î|ga!aament fà faveur , non feu-
kment ferma les yeux fur ce qui fc padoit
entre Oflavie Ôc lui , St fàvorifa Amifè dans
tout ce qui regarda l'échange des habits
après le Coi^cert , mais pouflant plus loin
/on amour : elle lai écrivit le lendemain le
fiHlet fuivant.
MUCII à POMPONIUS.
Vous avez feçà trop galamment , mon
petit cœur , . le BraJJeiet que Venus vous
a dvnné p^r mes mains , pour tie pas en
témoigner nître réconnpijjance à cette Deejfe»
iious lui ourlions enfemhle un jacrifice ,p,
comme
f I») ... ,
'êimme je vous eh frie , vous voui irâ^ffik
s fix heurts dt* Jeir dans les jardins de
Lucullc. ' C amour n^a pas befoln de té*
moins, Trouvéx.'VOHS y jtul , comme j*y /#-
rai feule» Adîeu. ' ) ^
' Pompontus fut fart fiirprîs At cette avân«
tvre. D*un coté Oêîavle pofTtcioît fou cœur
tout entier , 5c 0 laîavoît promit une ami-
tié inviolable ; «ais > s'il mcprifoit Mucie,
il t'attireroit une ennemie ,*qui romproic
tomes les mefures qn*il pouvoit prendre
pour Voir OClavle, De p!us *, Mucie étoit
furie retotr : £lle aroit à la vérité beau*
coup d'efprit >maif tlle'avoit partagé fk
beauté entre tant de Courtifane > qu*il ne
lui en reftoît pas aifec pour^ captiver ua
Jeune cœur^ Pomponliis réfblût de lui faire
un refus honnête . 9c lui renvoya fei Tâ«
blettes , en mettant au bal 4a (on Billet»
Pompon lUS à Mucii,
' Vous méritez, mieux que moi , Maial
me. Les jardins de Luculle me J ont fié f^
ftHs. Je ferois fâché que mon imprudence
fut caufe que vos Brajfèlets fuffent défapa*
reillez,. Je vous envoyé celui que Venua
mUvoit donné par vos mains» Confervexy
moi , je V9US prie , autant de part^ dani
vos bennes grâces , que j*ay d'efiimt fonr^
cha:
wo
l
mmm^m
CHAPITRE IV.
Mucîe intercepté un BîlUt de Pompon'tf*
^ Engage Oâîavien de mettre fa Fille aux
^ Vefiales PoMponius fe' déguife en Ville,
p frtnd le mm de Lucie « tîT fmt Oûa-
L VÎîB <!»« Vefiales.
III n*y a per(bnne qui foîc plui (ufcepti^
ble de fiire«ir *qii*une feodine qui fe voit
méptiTée. J^Mc/e entra dans un courroux
terrible , 8c fe vangea fur 0€lavîe da' mé-
prît que Pompomms aVoit pour eVe. (Tn«
Jemme , que la jaloude anime , n*cpargnc
Tien pour fe vaager. Mnae fie tant qu'elle
(ntcrccpta le Billet| fuivatt.
Po>kFONIUf à OCTAYIB.*
•
De quels charmes vous ites vous Jer^
n;fê , mfin Amour , four ridmre tnon
$mur en cendres r je ne fuis plus f enfer
qu*à vous , O* tout ce que je vms ne wn
flatt qu'autant qu'il a de i raport avec
Oftavie. Je brûle , ma petite Ame , d^u^
ne ardeur extrême dans Vîmpatiencê
de vous voir. Ah ! qu^il e(i doux , mom
cher cœur . de receùillir fur vos titres
les douceurs que V amour y a femez, Adofh
ifm 4 dija fenfi quitter mon corps plu^
ï
fêurs fns dans te doux exercice , & jê
ne t*ai retenue , que pour vous la facrî^
for plus fiuvent. Ne - joyez» pas furprife ,
que je vous 4) urit le prefent 'Billet
de mon fropre fang , put/que ]e n*en éj
pas une feule goûte qui ne feit À vitre fervicu
JtdkUp
Mucie fit de ce Bîlltt 1*u(àge qu*en pou«
Tort faire, une femme en fiireur. Elle va
ttourer OÛmvien » à qui elle en fait part.
Elle lui reprefente de quelle confequen-
ce il eft pour (on honneur d*empccher Oc*
tavîe -de voir Pompomus, Pour une plus
grande sûreté , elle lui confeille de renfer-
mer fa Fille che» les V'ergef Veftales^ Oe^
tavien a voit l'honneur en recommendatiou.
Quoiqu'il ne crut pai OHavie capable de
faire une faute ^ il fçavôtt qu'elle étoit
£Ile» c*eft-à-dire^ qu*il ccuit trés»perfuadé,
q*on ne pouvoir -a veiller de trop préf. De
plus p quand Offavie eut été plus fage que
Lucfece , la paffion de Pompomus s^exprimuir
d'une manière trop tendre > pour y pouvoir
léfifter long-temps. Il crût 8c fuivit le coo-
feil d^ Mucîe , Ôc conduifit OHavie awç
Vefiales, fans lui parler ni de Pompomus ^ ui
du Billet. Mais Amife qui a voit découvert
le myftere , 5c qui fe vôyott obligé par
honneur de fuivre fa MsitreiTe , lui révé-
la le fecrct. Oâlame fut fort fenfible à ce
covp^ quoique par grandeur d'ame elle
diffimiilâc , principalement à fa Gouvernan-
te le chagrin qu'elle en avoir. A peine eut-
fUe paiïé quelques jours dans le Palais de ^
Vellé
ytda quMIe écrivit à Pmpcnîus un liK
kt d«s plus paffioonez.
OCTATIB A PoUPOKlUt.
Infortuné Amant , ^«f# je /»/4/»/ /tf n-
^iieMr <i^ ton fort ! Tu es CMuf$ de mes
maux. Mes chaînes créent vangeance con»
tre toi , C7* les murailles df ma frîfon mê
font de fanglans reproches, de t* avoir livré
tncn coeur. Tu nUfi pas digne de le pef'
feder , (i tu ne romfs mes liens , ou fi
tu ne viens partager avec moi les rigueurs
d*une prifin y qui ^ne me parott ajfreuje , que
par-ce quelle me prive du plaifir de te vc$r.
Jidieu,
Pomponius comprît tom le fens de ce
Billet. Il le regarda comme un arrct au*
quel il 'devoît fè (bûmetre. Pour l*cxé«
cucer au plutôt » il feignit d'avoir envie
d*a11er à Athènes , pour fe perfc£Vionoer dans
TEloqUencc Sts Parc ni ravis de trou-
ver en lui de fi nobles inclinations » quide«
Toîent fervir de degré pour le faire parve*
BÎrfaux premières dignitez » louèrent fi>n
^eflèin ^ te lut fournirent abondamment
toutes les chofes necefiaircs pour (on voïa«-
ge. Il prit congé d*cux & aïant gagné
trois Domeftiqves qui Taccomp^nolent > il
rentra jfècretement dans Rome , fe déguifa
en Fille , favorîfc parfon jeune âge , fit
habiller un de fts Efclaves en Seigneur ^o»
maîn, qui fe dîfant fon Père , le conduî*
fit aux Vî«iï«s VefiaUs , pour le confier «
IfOff
t Uvat^ùifift. Ver/nia qui /t^itjjb plcif^ttt?
citune reçâr Pomi>»nms , qui prît le nom
4e Lf^ff aTCC autant de ^ranchiYc que G
c'eût ^îc une Fi'V^ Le Pa'ai5 des VeliéiUs
•ft facrr ; îf n'e^ pax perm s avx Sommes
d'y entrer. Le^ femmes mariées n'y enir^ftt
qu'en cTtains iours • 9c ne vont que daat
les gallcrîes du Te np)e de ^a Grande Déeflè,
à roo'nf qu'elles nt relent inklctf aux
iiyOcrcf.
Aifll-tôt qua le brutt fa fût répandu
dans U maifon qu'il y avoit une nouvelle
venue , toutes les VeflaUi accoururent pour
la voir. OHavU crut d'abord que /«s yeux
lui en impofbient ^ & comme elle penfbic
cORifnuc^Wmem à Pompontus , elle crut
que cVtoit un effet de Ton imagination,
^f fu< faifoit trouver dans Lucie tant dé
re(7êmblance avec Ton cher Amant, uimifi
clle-m^me neTçavoit qu'en croire , iufqu'à
ce que l'amour les cclairant dey Ton flam-
beau , diinpa les ténèbres qui leur offuf-
quoient les yeux. La ioye qu'eut Oâiavît
de voir Vobiet de (on aihoûr (\ proche d'el»'
le , ctoit vivement contrebalauçée par Tap-
prékenfion qu'elle^ avoit , qu'on ne dé"
couvrît la rufe dont il i'écoit fcrvi. Ils
diiÏÏmulerent les premiers Jours autant
que l'amnur le ptit permettre 1^ liat/bo
qu'ils avoient enfemble. Eniuite , comme
û elles eudènt fait înfiinfîblcment connoi(^,
fance , elles fe familiariferenr félon la
coutume des Filles. On les appeltoit les
ileux Contîdemes , les infeparables , les
IMelel 9 \t% deux bounes Amies, On pro^
pofaît
. ï >7 )
pofbi'r même pour modclle tux Mtres Vifi
téUet , Tunîon qui itoxi entre Ofiévii êc
XMcit, Elles n'ayoient pour Confident*
qu« Il fidelle Amije, Il n*j avoit point
^% Mucîê^ dans cette mtifbn ^ & PomfêHm»
ét^nt dégoife en Fille , n*infpiroit d*am«ar
qu*à celles qui le connoifibient. Quelque
b«llc que foit 'une mile , il eft très -rare
qu'elle infptre de l'amour à une autre Fil*
le , parce qu'elles Tt croient toutes pins
belles les unes que les autres • t de qu'elles
n*ont 'fur cet article d'amour que pour eU
les-mcmes. Ce n'cft pas Qu'elles ne lient
Ibuvent enfemble une efpece d'amitié > q«i
aproche fort de l'amour , êc qui va fouvent
plus loin^ quand il fe rencontre de la SinM
pathie dans les efprits. Alors elles ne pe»>
Tenc fe rien refufer. Elles fe font une con«
fîdence mutuelle de leurs penfces les plus
fecretes. Xlles difpoAnt iadifiTéremment
avec une amoureufe in lolence , de toutes
les parties du corps l'une de l'autre. El«
les n'ont rien de cache 5 & ce qu'elles fça-
vent de particulier pour {e rendre aimables^
elles fe le communiquent l'une à l'autre «
0c leurs oâ[îc*eufes mains fe portent par-
tout où la mol'efle les conduit. . Les yeuK
fuirent bien-tot les mains \ H les fuites
d'ifhe telle liatfon font d'une èuaoge cof;
fcqucncc.
fi H AS
CHAPITRE V.'
târtU de Platfir dam h jardin. Hî/lo:ri
d^Amift Elle ft Mcouvre à Fom^
poniuf. Jalonfu <i'Oftavie,
I ES premières parties dt plaîfir de £«fc> 8c
d*Oâléiv$e furent des rendez-vous fc-
creti pendant la nuit dans unt grande aU
I^e de lauriers 5c d'orangers , qui conduit
an Ttire , qui arrolà le Jardin des VeftaUu
A peine la nuit avoît>elle étendu fts voi-
les fombres fur la terre , que ta Lune fc
levant dans fon char d*argcnc • difperçoit de
coté êc d'autre une foible lumière , qui
fervoic de flambeau à nos {euncs Amans t
alors Amjfe , qui fentoît pourl^îe autant
ele paflîon qu'en pouvoit éprouver la char-
mante Oâîavie , indru^te de tous les détours
de la oiaifoa , 6l n'ignorant pas l'art mile
d'ouvrir les portes > qui mettoient un ob«
ftacle à Tes plaifirs , avoit foin de conduire
nos Amans dans le Tardin par dos endroits
écartez. Il f« pafloit dans ces doux mo-
ments mille acciJtns amoureux , dont un
feul eut Tuffit pour faire le bonheur du j>îus
puijffant Monarque. Les diCcours les plus
tendres étoient accompagnez des marques
d'amitié les plus (enfîbles. Hmife feule
fbuffroit un long 5c cruel mariyrc. Tontes
les faveurs que (a Miitreffè prodiguoii à
Lucie étoient pour elle aurant de coups de
foignard } 9ç quel qu'elle s*éuidiât à ca^
cher
- • ( î9 )
Aef ce qui Ce pafloit dans (bt cœttr , elle
Ae fut cependant t*empccher de tcmoignet
à Lucit, combien elle eftimoîtiheureafe une
perfonne quf avoit part dans (et bonoef
grâces Lucie n*étok pai infenfible à la louan-
ge. Elle prêta aifcment Toreille aux difcourt
enchantez que lui tenoit Tamoureufe Amife i
Se quoiqu'elle ne conçût pai d'amour
pour Amife , elle l'écomoit cependant vo-
lontiers y 9l prenoit pltifir aux hiftoiref
qu'elle lui contoir.
Vm )our Amife voulant voir jurqu'oft
Lucie perteroît la complaifance » lut àxt
cette htftoire i „ Thrajêe Reine de Tyr
„ avoit une Fille , dont la beauté naîAàme
^^Infpiroit de l'amour à tous les courtiftnSf
,, qui avoient l'honneur de rapprocher. Uo
^, jour ^ue la jeune Princefle (e promenait
,, lur le bord de la mer avec fes Demoi«
^, Telles y elle vit aberder un vaifleau^ qu'elle
,f fut curieufe de vifiter. Elle monte avec fa
yy fuite dans ce vaifieau. Auffi^tot le Capi*
„ taine remit en mer , & enleva la Prioceflè
,^ dont i\ fît prefent , en qualité d'Efclavc ,
,, à kgrippine Epoufe de GtrmAnicus. Agrîp'
, fine réleva comme fa propre Fille : Maïs
cette Princelle partant pour l'Orient,
^, en fît prefent à nne Dauie Romaine, qui
„ la mit auprès de fa Fille en qualité de
,, Suivante. La jeune Princeâe s'atta-
„ cha fi étroitement à fa MaitrefTe » qu'eU
,, le ne trouvoit de plaifîr que -dans foa
„ bonheur , & qu'elle partage oit avec cl-
„ le toutes fct affilerions. Une inclination
„ leur caufa à toutes deux beaucoup de
„ peine
( 2Ô ) #
p peînc." Un ic«n« Seigneur sVtanf âéi
„ claré trop ouvcrtetticnt pour la Dcmot'- '
p,'feile que fervoîi la Prince^e àtlyr, lut
,f atn'ri la difgrace de ici Partns .* Mais
», Timour eft ingénieux ; il fît trouver \m
94 moyen au jeune Seigneur de reîoindre
,« l'objet de Ton amour. Li Princefle de
„ Tyr qui étoii leur confidente, ne voyoît
,, qu'avec peine entre h$ Vras d'un autre,
y, ce qui ^toit U caufe d'un fecret 8t cruel .
t« martyre qu'elle fbufFroit, fans ofer s*tfA
99 expliquer. Elle tacha cependant par f^
9, dîTcouri 0c ies manières enet!icanres,
90 4'obrenir quelque part t^2ns Tcflime dm
pi jeune Seit^neur. Un jour qu'eMc fe rcn-
0i contra feule avec ^ui t\U lui decott«
9, vrit fa padîon , fe jetta \ fei pieds , lui-
9, demanda le fecret , ^ ^c pria d% con^
t, tenter au moim une feule fois fon amour,
M Q!'^ penfez-votts que f^t !c jeune Seî-«
9^ gneur ^ „ Il dût , répondit Lucie , ré-
pondre à un fi beau feu. A peint cet mOt»
furent-iU prono.icez , Qu'-^w//f fe jctta
à fcs ](eno«Y , lui déclara qu'elle étoît lu
FrincefTe de Tyr -, lui avoiia fa pafCon, âc
le pria d'y Satisfaire. Pompontus fut fort
furpris d'un tel jaccirlcot : Mats plus il rc«
garde Amift , plus il fe conviinfl- qu'ella
ne ^ui en a point impofc. En acceptant
(es faveurs , ils fe promirent un fecret îo-
Tiolable ; mais ils ne purent (i bien 9t
cacher,, (\M*0^aviê ne foupçonnât fofi A«
mint d'infidélité. Dans le moment elle r««
folut de lui joicr un tour , où tl eut be-
Um de toute . ftn edreffe fie de tout fou
efpnt.
r
èTpric. Bile propofa à trois on quâtrt Viâa^
Us de fei coiDjragnei de ftire une partio
de pUUîr , où ii htt réfolu de fe bai|^ner?
<e i|it*elles acceptèrent volontiers , efp^ant
par ce taoyea de voir toutes les beautés,
dont ta nature avoit orne levrs corps. Une
ïefiale dit agréablement à O^dvie ! Ltteiê
ne ferait-elle pas de la partie > 11 hiut bien
qiiMIe en fgii , repondit Oôîavie : On lui
a rcprocÉic l'autre jour ^^M^/Zf h'avoitfoint
de Jein & que Tes jupe;: bouffaient plus que
fon corps ; c'eft le véritable moyen^ de voir
ce qui en eu. E\\ts allèrent de cooipagnie
prôpoier la chofe à LucU qui fît d'abord
la prude , parce qu'elle voyoit les fuites de
cet engagenneat | mais ne pouvant refiflcr
à leurs înftancei , elle y conftntit. A
peine fîprenc-elles à la rivière » qu'0^4x//«
îe deshabilla 3c fe jette la première à l'eas.
Les autret fuivirent bien-tot fon exemple i
nais LH€h jugea à propos de refter fur
le bord de Tihre , fous prete)(te de re-
garder t'il ne viendroit perfonne. Oilavig
fe voyant joùce d'une manière (î peu tt«
ttndeë ne fouffir^ii qu'avec peine d*ctre
TÛë ea cet état Les autres qui ne fçavoieat
pas que'L»r/e fût d'un Sexe différent dil
Uvr , ne fe mirent pas beaucoup en peine
d'être vues. Elles lui permirent même de
tes aider à h r'habiller. Lucie ne fe vangiea
de ce tour , qu'en exigeant d'Oft^We lo
double des faveurs qu'elle avoit accoutume
dtlui accorder.
zfi.iA
( «o
CHAP ITRE Vi;
l^omponlut dicêuvert far Petilîa , fort
de chez, /eiVeftales, Sa Harangue.
IL fe faifoît entre O^iavîe, Ltécte 6c A'»
fnife des parties de plaifir f ou à pein«
les forces de . Lucie pouvoient fufiir. Ces-
trois perfonnes goûtoient en paix les dou-
ceurs les plus tendres dt Tainour , Se ja-
oials Venus ne fè trouva mieux entre les
bras de Mars : Jupîtir ne goûta pas plus de
plaifîr dans la maifbn d*Alcmene, que nos
trois Amans en gomèrcnt dans le Palais de
Vefta. Oâfavie ne le regardoît plus comme
une pri(bn : Tour lui rioit & lui paroifloit
charmant , parccque Lucie i*accompagnoît
par tout ; mais les Dieux irritez > par fa
demeure , que Pomponius eût proèmë fi
longtemps ce facrc féjour , permirent que
Petilia qui a voit l'Intendance des Siains ,
s*appercut de la difFi^rence du fexe qui
ctoit en Lucie, Elle balance d'abord ^ 3c
ne (çait fi elle en doit croire Tes yeux j mai?
le fait étant trop^ évident , elle doiite ^ fi
file doit en avertir fecretemtnt VerftUa ,
ou bien s'écrier. ^ que les Myftcres dei
Dieux font profanez , 3c déclarer le Sacri-
lège, ^Pomponius , qui lifoti dans fes yeux
tput ce qu'elle penfoit , prévint adroite-
ment le fcandale , en donnant à Pétilla p]i»«
fieurs pièces d'Qt » pour l'obliger au fe^
*■*'.> cm
I -
( iî )
cm. Il téûiEt pour le momeit ; mili h
Fille » qui avoît trouve le mctal beau , mm
nm<(oic tous les jours de le frahîr. Pompom
mit^s voyant .qu*tl ne lui, reftoit prefque pluf
d^argenc , prit le parti de faire une retrai«
re honorable. Il fit avertir l'àfclave qui
pafibit pour (on Pcre , ^e venir le re-
demander : ce qu'il exécuta promptcmear.
Verfilla rendit à* Luat des témoignages C
Avaintageux , qu'elle fe crût obligée par xé*
connoitfance de Tcn remercier en prefence
de toutes les Ve/iales Elle pria la grande
Pr êtrefle de les faire aflèmb!er dans la veftî*
bttle du Temple, ou elle leur fit le difcourt
faivânt.
. »» Vierges faîntes ^ fidelles Gardiennes dn
^, feu facre » chaftts Colombes , àj^f^ts
^. Prctrefiès de Vefia . je prends tes Dieux à
,, témoins des obligations que je vous ai.
9, tox fèuls conaoinent les doux t m^omeni
que j'ai paffé dans votre compagnie,
et. les plaifirs charmâns que i*ai goûté
„ dans l'amitié , dont quelques iMiés d'en-^
.. tre vous m'ont honorée. Lucie «'oublie-
,,'ra >amais la ûgcfle , la prudence U la
„ dfTcfction dei^augude Verj$lia. Elle ren-
,*dra toujours un témoignage condanc à
,, la ûinteté ; à la chafteté & à l'innocence
^, àtt illuftres Vierges , qui compofent cet«
te maifon. Soit que les doux liens de
l'Hymen m'attachent quelque jour à un
,, Epouar , ou bien que je perfevere dans
^9 la chafteté , dont vous m'avez donné de
^9 û beaux exemples , je ne ceflerai de re*
^ mercier îiuflur de la faveur . qu'il m'a
»é accoi-déa
99
99
»»
9»
(i4>
îT^accorJ^e de iFÎvre avec vous. Je ywcë pt^
^ le 5/ix mcme inviolable^ aux Dieux que
,, j\ ne dirai à aucuae créature vivante
,y ce que )*ai fait chez vous. Je ne trat»
^ birai point vos divins Myderts $ de je
garderai (bas un (îlence éternel les Cc«
rcmoaies facrWls que je vous ai vu pra«
tiquer. Je me tiendrai la plus heureufe
f, de toutes les Mûmaints , û em confer*
^ vant le feu facré , vous daignez quelque
^ fois prier le Dieu qui eft confié à votre
^ garde , de n*al]umer dans ,mon coeur
^ que des fiâmes pures , qui me faflenc
„ brûler d'un amour ardent ^ pour les pluf
^ fublimes vertus. Le Soleil Diane & f^eâa
„ me feront propices , û vous fécondez
,, mes vœux. Je n*atiend plus , en vous
„ quittant , que cette faveur de votre, gc«
,, ncroficé. •
VerftlÎA rendit à Lucie eiKens pour en*
cens , de toutes les VeftaUs la comblèrent-
dé loiianges. Qiioiqu*0^4w eût confenti
à la fonie de Pomfonius , puîfquViant dé-
couvert » il ne pouvoit plus refter dans I^
ma^Ton , fans un danger extrême , elle no
Înit s*empeefaer de répandre un torrent de^
armes en Iç'voïant fortin kmife étott in«
confolib'es \ elle éclatèrent toutes deux
aflèz pour faire coanoitre à Petilia , que
ce n'etoit que pour l*am«ur d'elles , qu'il
• etoit deguifc^
CBiU
(Ȕ)'
«i
,fî C HA P I T R E VI I.
Fomponio* v* i U Cour. Dignfi*» fur
ftripM du Manmfints. Ltttrt tU Pon».
fotÙMt 1$ Pirt. •
X^F*la...^e »-,/«. I, p,rii ,„.ij „oi,
cour, fe preftKa fi virwnem à fc, -«a.
qa '»«m««ia les Dieux xle |'e„ aroir reti-
re. Il raflêmW* fe, »f,ia,„ , ^ ^„,i„,
•vec eu de ce qu'il devoit dira chez toi,
teignant que le fejow de h Grittéioktot.
»KUre a ik famé. Son Pére le recât awc
pl?tfir . fc lui fit briguer les honneurs .
feloa le génie des Rpmmm> , dont l'ambi.
non n eft pas U moindre défaut. p,m*«.
*M»f crut, félon la p«li,iq„e de ce temt
«I«il ne parriendroit aux dignités, qn'an.
tant qu'il ferait favorifé -de la rëfommao.
dation de StJM auprès de l'Emp«r«ur Tu
*>ert. Sa jeuneflc , | jointe aux attraits char,
«an» de fa beauté, lui donnoit plusd'ac
«s au palais, que foo honneur ne fem.
bioit lui en permettre : Mais , tout cède
« I ambition. Séjan Favori de Tiètrt , à
qui Pomfoniuf fnifoit afiîdûment la cour,fe
fmit adioitcmcm des agrémens de ce \n,
■f .r*""''»" ' PO" '"«"« Xi*»r» dans Ici
plaiCrs de llfle de C»^U, 11 n'y aToic
point de partie {le plaifir , dont ce ieuno
Mmnc ne fût : mais fon Fera , qui avoic
^ icoiiaitnt de probité fort oppofez \ ce
• q«i
^1 le fratîqnoît à la Cour » lut ionni Sxi.
règles excellentes pour (a conduite dant
QBt Lettre qu*il lui écrivît. Jt l4 ^r^r-
terai telle que jt Tai tirce d^un ancien Ma-
Hufciit en écorce d*arbre & «n roule^uit-
.^'une. vénérable antiquité. Comiiie la ^«s
;|raiide partie de mon Hiflotre eft tirc« de
«ette ancienae pièce > je croi que je ferai
fhiCu au Le^^eur fçayanf ^e lui* en fa4re là
géliéalogie , le de iire quelque ' chofe-ett-
paffànt de VOrigine des Uianufarttr.
Aprjéf que N^^'eiit planté la TÎgfH « 0
^marqua que Técorce Ten dtétachoit fa*
«ilcmcjit i ma» qn^elle ne pouvoic ^tre
4l*aucun ufàge. Il a\n que le chêne pou-»
roît produire une éoorce plus folîde de
|>lu5 utile, il eh plante un qii*il appe}la;le
îchêttt de MAtnre , qui en langue SyriaqcM
Véoc dire le Cb^ne dâs Livres , comme 1«
|lroiHre .ayec Ton ^ruJition ordinaire \t
éa^t lUbin Elî-Ben^tii dans fcs Recher*
jrKéf -Cttfîeures fur les premiers Livres du
monde^ Koi ordonna à les Enfans , qu'ed
Tâii B9S4.A de laf création 4u monde ils ém
COrx:haEem le Chêm de Mamré , êi qu*ilf
^crivîiïent (ur Tccorce tout ce qu'ils au-
t^itni a|)pris de la Tradition de leurs Pères i
Ce qu'cjcécutA Moyj£ ^ qui fut le premiejf
iqul mit tti vogue récriture ^ Il «ft vrat^
«qiÉf^avant iut on aveit écrit ^ mais ce n*é«
toit que fur des feicilles d*arbre , fur de là
4j^iré » <ott quelquefois im dt la pierrca
l^puîs -Moyfe on s'eft fervi long-tems d*éi»
^drce d^arbre pour écrire. Ce fut fur d^
élHMras ii'axbre ^ cgx' Jindcréou décrivit fês
Odcâ
t)clét^ que Platon donna Hdée de fa Ré-
oblique, ({u'Homere décrivit !« guerrt de*
Grecs, qut Ménsndn & Ttrenu écrîvircrtc
'leurs Qomtàits ^ <\vC Afîfiott débita Tes fart-
tailles., que Lucien donna fcs Dialogues^
'fc qu'enfin Fabius Celer Sécrfeiaire de Pomm
fonius écrivit la Vie de fon Maître. Ce
Manukrit a ctc long- tems caché (eus Usruï*
•nés du Palais Pemponien à Romt où il fut
trouvé 9 quand le Connétable de Bourbon
pilla cette Ville. Pierre Arenn qui cioit (î
ami de la médifance , qu'il dit du mal de
tout le monde , excepte de Dieu -qu'il ne
connoilloit pas ; celui nreme dont on acrà
'^ire J'cloge .^ en mettant fur fon Ëpitaphe>
■qu'il avott fricafé tous les hommes an gros
Jet , Aretin X dis-jc , dcchifra-ce Manufcrît,
le copia , de en fit prefent à Granvelle
Miniftre de CharUf^int , qui le donna
à l*£le£teur de Saxe , fon bon ami , pouf
k mettr» [dans la Bibliothèque de' Wittem^
herg y dîoù \^ cft paflc à la Bibliothèque
Vattcane , dont 41' fait aujourd'hui un des
principaux Drnemens.
il eft bon de remarquer, que tt que
l'ai dit des Mamifcrits en écorce d*arbre>
ne favorife pas le Syftême du Jefiiite Har^
io'ùîn y , puifqu'aucun de ces Manufcrits ne
porte avec le nom de fort Auteur le titre
de Irere, De plus le Dofte Couîam m'a
afiiirc qu'ils étoient plus anciens que l'Or-
dre Monafttque , •c que par confcquent le
tublrc n'étoit pas redevable aux Moines
de teut ce qui avoit paru fous le nom de
» Vinile^ Tertmt^ Horace'» Cictron , êtc. Ce^
3 2 pendani
l
( *8)
peAdaoi If fçâTant Girmont^iMtt m*apro2
mil ^ m« fitre voûrune Mcdaîllc en grand
bffonze qui rcpréafcme cl*ua côté un M»t«
Ac BénêdiâHn avec cette Legent»s Irsfer
Ttrtntws « ôc de l'autre côté de la MédaiU
le on voit les noms det Comédies de T#«
r#»c#. S'il eût voulu me la communiquer »
1 e me ferois hit un plaifir de la £iire gra*
ver , p«iir la rareté du fait s Biais il en fait
un myderc écrange. Je croi cependant «
qu'à la perfuation de Tes Amis il la donne»
ra dans fa Rcponfe à Cu^dntius, In a^
Cendant » reprenons le fil de notre Hiftoire.
Luc lus JuLius FoMPONiuf à FiAViua
^FOMPONlUf.
ilf#is cher Vils, un$ Unpa txpirîên^
€ê m*é Mfpns , quHl tfi r^n d$ €9nl$r*
mer [on innocence à la Ceur , CT* ejee'on n*y
fait fertune qte*sux défenj de fs probim
té. Etudie Séjan : Tu peux beaucoup
frofiter aufrh de ce Miniftre» Il m un
Maure dent Vejfrit n*efi pas aifi à
manier* Fais attention à toutes fes dêmar*
ches. Quand tu ne rapporterois do Is
Cour que le taUnt de tHnfinuer . dans les
ëfprits , tu n*y aurois pas perdu tom tems»
iSUbufe point de Vactes que tu as am
fres du Prince , pour défervir les au»
très. Ne te mêle d^ aucun intrigue qui
regarde VUtat. Ne fois pas curieux dé
Jf avoir le fectet de Céfar t: cp* sUl te fait
^^utlquê confidence , aprehende » que a
qu'il t'aura confié ne foit^dicoiovert ^ oie
( »9 )
«r# rtùjftfe fat , de peur qu'il m tUteuJi
d'infidélité. Il n*y s qu'un foint entre U
flus grande faveur e?» U dernière dif,
grâce. Ne méfrife perjenne, Dijpmule îef
enauvais offices qu'en te rend. Ne te con»
He M perfonne Obéis au temps. Au
refie n'myes peint d'autre Religion quê cette do
ton Prince. Sois honnête , civil , préve*
nant , officieux, affable er obligeant. Ap*
prouve toutes les aSHons de Cifar. Parla
peu & ne dis jamais tout ce que tu pen»
fes. Mets^toi toujours devant les yeux les
belles avions de nos Ancêtres ^, afin ifue
su ne dégénères jamms du nom Romaio.
Adieu.
CHAPITRE VIII.
Difgrace de Scian. Pomponius prend la péite
avec quatre autres Seigneurs Komxîns.
Hiftoîre ^Egnatius.
POmpon iu$ n'eftt pas fe rems de pro,'
(iter dts inftruâiont de Ton Père. Sejar.m
It flattoît des plus belles efperances qiia
pMÎflè concevoir l'ambition d*un jeune
Courdfân ; Ma^'s un revers de fortune, en
ruinant ce Miniftre « fît évanouir tout Ut
deflems : ^ quoique la faveur ]*eùc pià
exempter de Tage pour être Edile , Pre«
teur II même Conful , \\ vit en un mo«
ment (a fortune difparoitre. Sejan fut ar«
B j rèté
( 30)
?étc dans 1< Scnat par ordre de Tiherel-.
Son procès lui fut fait : il fût tr^iné aux
Gémonies : 6c«tout fembla confpirer dans
'Rome à la perte 5c au icnVerfcGaent des
plus illudres Familles , (bus prétexte de
l'amicic que les principaux Romains a-
Yoient entretenue avec Séjan, On fît un-
crime à Pcmponius Sscundus Conful , Oncle-
de celui dont nous écrivons THiftoire , de-
ce c\i}^Mlius Gallus n*avott pas crû trouver
d'azyle plus fur , pour confervcr fa vi»
après le fuplice de Séjan , que de s*enfuïr
& fe cacher dans les iardins ^ompontens.
A peine fe trouva* t-il nn feul Chevalier
Romain , qui eût la ^eneroHté de reprefca-
ter à r£mpereuirîrrcgulartté d*une conduire
qui mettoit le defofdre de la cofiftifîon
dans la Ville.. Les délateurs continuàns
toujours leur infâme exercice , Pomponius
qui avoit eu trop de part dans les bonner
graresde Séjan, pour n*être pas fufpe£^,
prit la réfohition de s'éloigner avec qua-
ue Seigneurs Romains qui cherchoicnt
leur fureté dans la fuite.. Ces illufti'es fu-
gitifs étoient SutPiTius Piso, Qju i m*
%US £G N AT 1US,?AB lus CeLEU &
Max I MU s Priscus^ Ilsallerem à Na^
fies , ou ils s*embarquerent dans un vaiA
^au qui faifoit voile vers TOrient. ' A
pfine eurent-ils perdu de vue le rivage «
|[uMs firent pluueurs réflexions, 5c s'en-
tretinrent fur la vicifEtu^e des <hofes bur-
inai nés.
. P G M p o )^i u s qui s'étoit vu dans la fa--
l^ur I £iifam les délices de Am Friace , 5c
fenf appuyé de t^ute la proteâlon <fir
Miniûre"^, (e voyolt alors fugitif , cxii^
ié , abandonné , & ne confervoit que If
fouvenir de tous fes plaiiirs , 6c Vidét chi «
merique des boançurs auxquels il aToif
a^irc.
P I s G K qui étoic toute Tefperattcc il'u»
fie illuftre Familie , couroic même hazard
<)ue Pomfonlus avec qui il avoic été clevc.-
Son cfprit vif, enjoiié , malin 3c pénétrant «-
beaucoup d'ouverture pour les Sciences^
une éloquence naturelle » jointe à une il-
luftre Naiiïance , lui avoit donné un heu-
reufe entrée à )a Cour àL quoiqu il n*eût
pas évité les plailirs de Caprée , il ne s*y
ctoit cependant attaché » qu'autant que la^
necsilité 3( le déilr dé plaire à rjjmperciir
Va voient exigé.
QuiH^T as Ec^AXius, qui avoit vieilli
^ans les armea , ^ qui é^it acciblé fous
tes^ lauriers qu*il avoit remportés ,. éprouva
que trop de mérite nuii foMvent » puICque
la di(gracc ne vint que de ce que Tiheré
l'a voit crû capable d'afpirer ^ L'J&tnpjrt^^
parce qu'il en étoit digne.
fABius C^t ]5 a » qui avoit été !r
Gouferneur de Pomponius ^ voulut biea'
être le compagnon de fa fuite', 3c lui oSirir
là plume » pour être fon Secrétaire.
Maximus Pniscus avoh un vice
perfbnnel qui le rendoit digne de tous les
^plices : puifqu*!! avoit toutes les iacli--
iiatioAC0c les mêmes (cntimens q\x*Helvidijis
Prifcuê fiwi' fwe , qui étoit trop u^^l *^
( 3^)
Thréiftâ, fOUT n*€tre pasAilptd iD Couvert
Dtiii«nr
Quoique ce» cinq Perfonnes cyflèfil des
indîMitiont fon ^ifiFcreatcs, leurs iaterêct
qui écoient les mcmcs , les fféunircm en*
fcmbltt, de leur fireac partager mille avaa-
tures diverfei , que 'f de'crirai volontiers »
amant pour iaftruire , que* poiK diyertlr k
Leâcur.
' Pour rendre Wur navigation moins en*
iwieufe , ib convinrent de conter tonr à
tour leurs Avantures, Egnatius , qui étotc
le plus âgé , puirqu*îl fortoit de fon qua*
forziéme luftre , commença le premier.
Mes Enfans , leur dit-il . il n*y a rien de
pkis trompeur que le monde. ]*ai blanchi
fous \ti armes ^ & à la Cour : i*€n puis par-
ler par expe r ence. Né d'une Famille iiluf
cre , à qui Rome tft redevable d'une partie
de {à gloire & de fa fplendeur , i*ai fait
mti premières armes fous Pompée : j'étoit
dans fon camp à PharfdU , le i*y reçus
crois bicflinrts au vifage : je combatis fous
les drapeaux d*Auguftt à Aâlium : Ôc depuis
ces facheufes Epoques , il ne s'eft point fait
de coiips d*armes « où je n*aye fait mordre
la pou(Iiere auy ennemis de TEmpire t i*ai
paâé trente années dans l'Orient» où i*ai
porté les armes Cous les plus habiles €»•
pitaines que Rome ait produit : l'at vu VAr^
menie être le théâtre de la guerre : & afin
que rien n*échapât à ma connoiflance , je
iuivis Vdrrus dans les Qkulis i féchapal
prefque fcul d*Officitrs au carnage au*^r«
mnim fit des Troupes Rçmaimi p ou Tin»
fortuné
L
, * (33)
mtuni y drus perdit U vie U l*honneirt
je me rangeai fous let Aigîes de Druf t%
6c je méritai d*ctre mil à la tétt d'une Le«
gîon (bat Qermamcus ; je fus tëmoia d«
tomes let grandet aftions de ce Prince»'
Cf fut moi qui retint (6a bras , lorsqu'il
voulut fe percer de fon épce à la revol*
te de fei Troupes i je conduffit Agrifpin$
à Cologne : je manquai de peHr dans i'0«
cétn avec Germamcus. Je l'accompagnai
à 2{^>x;^ : je le tuivis en Orient « où il périt
par les embûches de Sojan 3c de Uvte : j*ac«
compagnai fcs cendres , & je fuis rcvenia
à ll090# avec let précieux reftes de ce grand
Homme t i*étois fi las du moade que je
réfolus de mener une vie privée , éloignée
de la Cour & de l*embaras , 5c en même
temps du péril i je me retirai à Fundi dam
J'hefitage de mes Pères » & je remerciai,
les Dieux de trois chofès. La première ^dc
ne m'ctre jamais, marié : La féconde , de
n'avoir jamaisf fervi /but aucun Capitaine
qui ne fut digne de me commander : Latroi«
fiéma , d*étre incooau à Tthere : Mais je
ne f oiiit pat long«te|spt de ce [dernier bon*
heur : je reçut ordre de ce Prince d'aller
à la Cour. Il m'interrogea fur toute ma
vie, m'offrit des honneurs Se me remit en-
tre les inaint de Sejap , à qui il croyoit
que !• pouvois donner quelques lumières
fur le Pays où j*avois été : je m'atta-»
chai ^ ce Miniftre en fuivant les ordres
de mon Prince . & je remarquai en lui
une ambition démeftirée. Quoiqu'il* me ca-
chât fcs intrigues âyec LivU , je les décou-
B' s vria
I
y
Mri 'màh îe fus slScz difcrtt pour fi*éft'
foint parler. Sa difgrice furvint : èc ]m
peu 4* confiance quM avott eu en rooî^.
#ft un crime » qu'il faut que i*expie par Li#
ikite.
C H A P IT R E I X.
VigntLiius rencûntre des T Ses, Virs prùphtiquih
four la fuccejjhn . à VEmfirt,
Ir Lluftrc Guerrier, dît Celer, voi» abre«'
' gcz trop votre Hiftoîre. J'ai remarqué
que Plfon fit PùmPonius ent penf^f vou« in-
terrompre y lorfque vous avez pair<é fous'
iilence ee que vous avcs fait en Orient
pendant les trente années que vous y tvei'
demeuré. Vous êtes homtn^ : N'avez--
vous pas eu la curiofité de confulter lef «
Oracles fur l'avenir .' Cet article eft impor**-
tant , repartit 'E^nailus , 6c demande beau-
coup de dJfcretfon Opcn^ant comme*
aucun de vous ne m'éft fufptft , j« voua»
Tâpcrrerai une avaAtore étrange, qui m'eft-^
arrivée
• T« p^rtagêois- en .Orîcm ir^es trtvait«r
militaires en t#î^c -forte , qu'ail me rcflait'
CDuiojrs quelque »cmp« pour mes p aîHr^,.
C$fhulo%i , PartUz 5f -moi nous fîme« uii^
jour -p^ïrtî'c dç chaC*»- ensemble d^ns une^
lÊpaiflTc foret „ qui cA f\âr les bords iie Vf^u*^
Jjbi:taA. |!lftuf % tofeinart j'elpace de-
ftàh.hiureî , Czns rien trôtiver» ffom
cntcndimcs un bruit fembUble à celui <jut
iont nos troiQpectes \ mais plus plein 9c
plus fbnore. Vio\jis y courûmes « Sf. njus
trouvâmes neuf namei habillées en Amam-
fones avec un équipage de chafle. D*abori
.qu'elles nous virent » «lies prirent la fuite.
iEorbiêloH qui étoit moo^c à l'avantage Jet
pourfuiWt « toute oucraace^ & en attripia
«ine qui difparût aufi-tot qu'il voulue 6*eii
/aiâr. PauUn furvint» à qui îi conra l^ fait;
Kous rcfclumcs de les Ativre à la pifte^.
quelque part qu'elles allaflent. Nous cou-
rûmes tant qu'enfin nous parvinoies à l'eq^-
^v>uchur« d'un antre affreux; Corhtélp^^
defcendit de cheval ; ce que nous fimet
auffi^ Nous entra nties }t pied l'epc» à la
main dans cette caverne. Nous firtâaet
lôn^-teois (ans fcavoir où nous allions >
]$arce qu'une nuit jiftreuiê regnoit par»
tout y éi que iious ne f^avions comment
nouff délivrer de l'épaifc obfcurit^ où nous
^tons Cependant à force d'avancer ngui
aperçûnu:t une foible lueur à laquelle nouf
AÛàmcs. Elle nous cclairji pour defcf adrt
«n efcalier de plus de trois cens 4[|iarch^s^
AU bas duquel nous trouvâmes une faut
§ttmét, Ko*Js fra pâmes i Audu-tot noua
entendîmes une voix qui nous demanda
4|ui nous ciions. Nous répondîmes • Ri^
moins, X^a voix nous dit ^ que il nouf
youlions entrer , il faîloit que jiou^ al'a{^
fions a»paravAnt noas bAigncr trow foi»
dans \*E:4pkratt, ^om fommcs ^'Jrs, è\t
€ùrkib» i ojHTJf» Aufli-ii^^t ûO«s e»i««4-
/
( îO
tnf^ un grané bruît do rambovrs^ de tiom*
rttes & de tinbales > au Ton defquellet
porte 8*oavrit , & une voix affir«u(c fe
fit entendre > difant : Tnmblex, Mortels, t»
' entrant dans us lietix. La première chofe
qui fe prcfcnta à nos yeux > après que les
ténèbres furent diilîpces , te un horrible
dragon » qui )et.toit feu ôl flame par Its
yeux , Lt gueule & les narrines. Corbulo»
s'avança pMir le percer de Ton épce, mais
il ne fraps que du vent. Ce qui fit > que
BOUS pafsflnues outre (ans Papprebender. ^
Kous enfilânoes par un allée étroite^ as
bout de laquelle nous trouvâmes un fort
beau jardin , le leng duquel reguoît ua
Valais magnifique » mais enchanté , ai dont
toutes les parties ëtolent animées. Noua
tntrâmes dans les laies d*en bas ians vois
peribnne. Nous montâmes en haut , ^
jious trouvâmes à ta porte d'une chambre
une Demoiselle qui foiioît de la guitarre*
Elle nous reçût par^itemem bien , & ê*o&
frit de nous faire voir toutes les beauttz dit
Château A peine nous cut»eUe introduit
dans la chambre , qu*elle changea de figu-
ré , 3c prit la reffèmblance de Corbulon » qui
fut fort furpris de voir un autre lui-même
i ht cotez. Il fe fouvint de rHifU>ire
à*Jimfhytrhn^ àc fe tint dans k refpeâyde
peur d'avoir le fort de Safa. Le fauu
Corhuhn nous fit pafièr par trois chambres,
f iperbement meublées , où il a*y àvoit perw
finne. Il nous fit arrêter dans la quèitriémc s
Ùi \\ parut auifi-t>u un repas exquis de ma»
gnifique» Il aoui fit Cgof de nous alcoir
( 37 )
tji de manger : mais les vîafidtt/lespbtf {
h table étoîent impalpables , 6c le vin n'é?
toit que de l'aîr. Aprés un repas fi frugal»
il nous incroduifit dans une très- belle Cliafr«
bre , où il 7 avoit une trentaine de De*
mes ^uî ioiioienc de diâerens ioArumens*
Elles it levèrent » & nous invitèrent à pren-
dre part à leur con^rt. Elles nous donne-
rent à chacun notre partie. Volet celle 4m
V» Chm iêit Tignêr après vttr$ Tiluri^
S^m crud Succêfiur fira mùwrîr fn Mtril
Par Câft^ 3c PoUmx , dît Pifin $ il Aut
que l'Empereur , quoiqu'il Çt mêle de Ma-
gie , ne fçache point cela , mon cher Egm^
tim. Il R*eat pas. eu fujet de vous apre-
hender, puifque n'étant pas marié , il n'f
avoit point de danger que le bois vous vint
à la retc. Par les Dieux » Mûme eft beureufe
eo Maîtres de cette nature. Le bon hom*
ne Aupêfie avoit , dv-on , le chandelier ,
Se tout le monde f^ait de quelle futaye étott
le beis dont ^nliê a lait prefcnt \ TU
htrié Si i*avois été coomie vous , î'aitfoîs
époufé la plus grande Coquette de Rcmê,
pinïque l'Enàpire eft attaché au Cocuage»
En vérité vous avcs jerand tort de ne
m'avoir pas dit cette prédiâion plutc>t«
î*aurois époufé malgré Père de Mère Circi
ou QigartilU. ^
Jeune honune , dit Eptstius, votre bcl«
le humeur me plait $ de à ce que îe pré*
▼oisi yout nous empichercs de. nous en^
B 7 ?"y«!
r-.
^Tos reflexions.
- S^U, trouva une BeéittJ , s*H ItU ionm fê»
cœur ,
• Il doit être Cocu pour mourir Emfertur,
' Parle Dieu Mtrcur^ , ftn fu?s ,dU Pomî
lÊ^utus i i*{l ne tient qu*à cela poar ctrt £oH
pereur . Pifin, i'cpoufcrat ta Sœur ; elle a
lair éveillé 5c atf<a de mcrire pour être Im-
pératrice. Ke te fâche pas t je te fcriiCefar.
Corbiei^, dit Pi/on, jt croi que quand vooi
Icpoufcficz, vous n'en feriez pas pour cela
plus proche du Throne. Etre «wric flccocu,
«ft fujourd'hui la même chofe. Vouscroyc»
^e Gredna ne connoit que fo» Mari, *
que Ci Rame avoit uoe F«mi»e chafte à im-
moler à DJane. elle n'en choiaroit fomt
d autre : Cepenlant ievous ferai confidcocr
«Je Tavinture du monde la pius piaifantc,
qui vous perfua.iera , quM «« f.ut jam^
^mpter ftr la rageffe.d'une Femme.
^ je me bai^nois dans le lihre avec huk
fcnnes Kîens de mon âge . tous aûffi fagel
^ae mol Nous aperçûmes de loin une
Jcmme dans l'eau* Nous Sabordâmes . fc
fcigaant de la prendre pour uneNimphe,.
TOUS lui fimes compliment fur f^s tdeùes
«pp.iî. Nous la conduisîmes infcnfible-
tuent ^ a la petite Ifle.^ Nous la couchi^
mes a la vcrîtc un peu de force fur le
l^îon , xHi n^us lui dcrobâmes qaelquei
iAv.ur^ Apres quoi nous prîmes congé
^«te i*W JPim /ai^ni ïoMcz , die-cile.v
£juifga,r
( Î9 )
fQifqae Ytn ti i\é raflaài^ imt fois cû mi'
tîe , fans Ici avoir otfenfeB.
Cettfi Hiftofre fcandaliTa Pnfcus ^ nais
Us autres n*en fînnc qtit rire. Il fc con»-
tenta de confeiller à Piffin d'avoir plus
de retenue ^^uand il parleroît des Dames «
& furrout de ne pas nommer les narquet*-
^gnatius dît qu'il n'avoir pas encore /ouf
tri fa part'e. Prifcus Ten eut v*lontieci
éifftîïÇé , maif lei; autres le prièrent de
continuer fi>a Hiftoirc. ' VoLcf » dit*ilj mat
yers.
a Viendra itJiîUm4gnt un etUhre tnangemr l
^ g^/ peurtoît ban mâf%gtr V Empiré,
Si VOriint m donne un iUufire vêugêor,
§^i vemlle délivrer- Rwte défi» martyre.
Apres qve 1< Coneert fût fini , uneDam^^
nous frapa d'une baguette. Tout difpa*
fût : 8c nous nous trouvààies à ^a port»*
àt la caverne , où nos chevaux nous at«
teftdoient. ^el4|ue étrange q«e nout pa-
^ tôt ctue Ava^ture , nous fumes céntrtînis
de nous obl'^er au (ècret. Kous eûmes afles
^ peine à nous retirer du boîs. Nous
^ «mî informâmes enfviiie *^e et- que cV'to'k
^ ^De cet antre t mais les Gén< du Pays nous
en parlèrent (î diverfement , (fit nous fâ.
AH contraints de aous -CA tank à ce xjfit
mu javloas ^
î^mf.
(4o;
CHAPITRE X.
D^irenà intn Pt(bn o* Egnitim
afaéfi far Priicns» Hnftêin di CtUr.
JE Ctroîê curieux , dît Pifin , de fçavotr
ce que c*^oit que ce .Château enchao-
té , ce que chimoîem les Dames de vo-
tre Opéra , ce qui étott fur la table « lors
qu*on vous fervic ce repas magnifiqu* ;
dont vous (brtîtes à ieun , ce que devi'ai
Votre partie de Mufique , de û vousi)âtic2
h mefure avec vos ép^es» De par tous lea
diables , vous nous aves croqué cela d'à-
ac manière (t (errée , qu*il fèmble , que
▼ous apprendiez que nous ne fçachîooj
tout. Si Cicêron , que vous avez entenda
|Hirler plufieurs fois , eut été aufC condf
que vous , & qu*il n*eut pas plus détaillé
\ts Avanrures à" Antoine , que vous avez £iic
les vôtres > par Caftor , il ne lui en eût pas
coûté la tête. Pifon , vous êtes jeune > dit
Egnatîus. Quand Marc Tulle n*avoit qu*ua
fait à ra porter il abrégeoit encore plus que
moi: l'éloquence du Bareau eftfortdiferen-
te de celle des converfations. Si je vous di«'
fois tout, votre efprit n*auroit rien \ ima-
giner. Il n*e(l pas que vous n'aïez entcnJ
du parler plufîeurs fois des Châteaux en-
chantez 5 ainfi je ne pourroîs vous apréndre
rien de nouv<-au. Pour ce qui eft du repaa^^
VOUS ffayea THiftoire de TantaU. ^
Preffê
(41)
prtffi de faim , ai foif, Tdntsh fnMmrmn
V0it l*onde dans un fiewvêi diux daindi fê
bouche ,
Et le fruit nageant qu$ la teucbe , j
Sans pouvoir toutefois ffitisfairefes vaeujt.
De ce refas c*efl la peinture:
Nous y faifiom même figure^
Parbleu , dit Pifon » fi vous nous aviez
conté votre Hidoireenvers^elle eut eu tout
«n autre fel Vous avez raiibn , quoique
j'en dife $ vous êtes phis âgé que moi s
vous avez plus d'expérience } mais , pour
Vous dire ce que ftti pcnfe , prenez que et
Toit le jugement d'oîi fou , vous one paroiA»
fez meilleur Pocte qu'Orateur. Vous cu(^
fiez pu vous étendre fur mille chofes^ qui
meritoiect notre attention , Ôc qui eufiTeiif
fait paroiire votre efprit : Au lieu que vo-
tre narré Hinple nous fait connoître , à la
vérité en peu de mots « dequoi il s'agit ,
tnais cela sie chatoiiille pas l'oreille : Je
nt vois dans votre difcours ni ftenrs , ni fi-
gures, Je n'y remarque que delà netretc»
cle la concifion & beaucpup ^e implicite.
Vous excravaguez , dit Prijcus ^ le (î je n*é*
toit perfuadé du refpeA que vous avea
pour Egnatius » je croirois que vous vou«
driez exercer fa patience. A prenez de
nous » que le fel de U converfation doit
conGfter dans la naïveté ^ la iuftelle des
penféest On palTe quelque fois une faillie |
mais un homme qui voudioit déclamer
CQ coaverfàm , aucoic uouvc le moyen de
m'end
in*^enclormîr. Il ne faut Hen de bts> n! de
tampant^ dans le difcours Amilicr t Qc qvtoy
qu'on y fêuffite peu de figure 5 i) ne ItilTr
pas d'avoir Ton fublime. Et pour veus
convaincre par vous même > pendez-vout
iCiceron, quand v«us preflîez Grecina ) Le
peu de mots , que vous Jut faites dire , n'a-
t-il pas un certain je ne-fçai-qaoî dans Cl'
implicite , qui fait plus^ d'impredion fur
refprit que vos fleurs , & vos figures î Je
•roi que vous avezraifon, dit Pifcrf. Xl^
y a {faifîr à fréquenter des pcrfonnes dof-
prit & de bon goût} on profite toujours
avec eux, Je me referve à dire mon Hif-^
taire le dernier ^ afin de remarquer de
quel air vous direz la votre. Avoiicz cf^
pendant, que , û Pomponius 6t moi nous
n'euflions pas cgayé la converfation , Egnâ»
ttus , avec tout fon talent pour le difcourr
ftmflier , n*em fait que nous ennuyer.
Vous, lui en voulez , dit Celer 6c vous nour
direz préfentement \t fujet de votre ani^
mofitez, Vous ^tes trop pénétrant , xéw
partit PifoH\ C'eft une vieille querelle; ne
fa reveillez pas« Vous badinez , dit Ponh
ffomus, A peine, avez-vous vingt ans, de
vous avez déjà de vieilles querelles Je ne
badine pat , dit Pifbn. Je ne f^ai , repartît
Egnatius , ce que vous voulez dire j je
remets mes intérêts à la Compagnie, Pre^
nez la , je vous prie, pour arbitre, êc ejr«
pofez dequot il s'agit : je n'ai que fujet àr
me loiier de voire prudence, dit Pif<m,r
Q^and .vous avez raconté votre Hifloire $<
9^ que vont ayez ptrlc de la moit de^ G#/v.
f4?)
mâmcMs y TOUS avez épii-gnc ]a mcmofiré
àt mon Oncle : Mais vous avez été dans
un Parti , qui a ruiné ma Emilie s c*eft le
Aijec de mon animoiité •* i*aîmt la can*
dcur , fur tout dans les jeunes gens > dit
Prifcus, Egnattus n'étoit pas du nombre
des accufateurs de voire Onde^ Von*
driez-vous auiourd*hui lui faire un crime
"d'avoir ctc attaché à' un Prince qui éioît
l'èfptrance Ôc les délices d^ Romains , auffi
bien que Tàdmiration de tout 1*0 ni vers î A
un Princes qui Ta comblé d'honneur, &
qui Ta honoré defa confiance >• Voasavc*'
trop d'efprit pour vous ficher contre un
homme', qui n'a eu eucune part à la ruine
de votre Famille . 6c qui devoir, par re*
connoidànce ,. avoir pour là mémoire de
Germankus tous les égards poflfïbles. Puîf^
que Jt même fort vous raflemble aujour-
d'hui, je TOUS demande tm grâce, au nom^
de la Compagnie, de- vous défaire de toute-
haine 6c de vivre enfembîc en paix & en
concorde. Embraflcz-vous ; 8c que votre
amiiiez dure autant que votre vie. Pîfim^
& rendit 6c donnant la main à Egnatius,
il facrifia Tes différends particuliers au bieo
de la Société.
Pour moi , dit Cf/«r, il n'y a rien dans
mon Hiftoire , qui mérite votre attention j
fi ce n'cft pcut-csre , ce qui m'eft arrivé à
ÎHafle : je rcvenois , lur les fept heures
du foir au mois de Septembre des Bains
publics ; je me vis enlevé par fix hommes
nafqucz , qui trt'ènvironnerent les yeUK
de mon écharge , sue firent monter danr
(44 )
9l ipm iliffiiii foors
Je Vîf ,
^ditfpe de
» dont
Il y «▼«Mt des
;,dcs dnacBeres, de»
€inrcr(cs Ibitoës
Ifrrcs qpi étoteni
piooiii d*sii pcB de
ksHrc J*7
cbo^es honibkjL Ils contenoîent
, qu'il fane
prédire Tavenir
i^Sci des bonmccs »
fc de ks cou*
en pièces. Après
ietooibaî for an Lt«
hrmMSmrd, Voici
U y s deux fortes
Le premier toache
les perfc— ej ^ c'cft ce qa^oii appelle pro-
ffffi PUrre. Le fecood ne le toache
psis; c*cft ceqB*Oft sppe!k Emthsmtement,
Le Pimkn qei tOMcfae b peribnne en*
tre dans le co^ , oo n>f entre pas. S'H
y entre, S cA conpofé diierlies on autres
cho(ès. Void ks ^os comanns : Frênes
nue lÎTre oa ose poignée de Venreîne ,
écrases b <laiu on mortier de aurbre lefow
con(âcré à Vtmm , voos en mettrez le fuc
dans le potage de la Perfonne dont vous
Tovdres exciter la paffion ; quand elle Vzvh
ra mangé , prefcntcz-voos dsvanc elle , Ôc
tenes quelques dîTcoorf ioïtux « y ous ver-
tes
rtiltf effets .<ie votre phtltre. On bien ^
frenez de l'armoiTe » du feBeei), de Torî-
gan, autant de l'un que de l'autre > ks pl«.
met d*UA moineau 9 reduifte le tout en cen-
dres fur une aflîefte de terre , faites pren»
4re ces cendres , dans le potage ou quelque
antre mets , aux perfonnes dont vous vou*
lez être aimé , vous admirerez les effets
de ce Philtre, Ou bien prenez quelque
chofe que ce puiiè être , qui ait apartenu
à la pcrfonnc que vous aimés » faites le
tremper dans de Teau , ou du vin , où vous
aarez vcrfé dix-fept ou dix- neuf de vos
hrmes | fur tout , foïez (bîgneux d*obfer«
Ter le nombre impair : Ce Breuvage a ihg
effets merveillieux , 6c eff (buverain pour
W Colique. Si le Philtre n*entrepasdansle
corps , oh peut le fitire ainfî : Lavez vos
Biains dans Teau de Verveine , ôc avant
qu'elles (oient feches > touchez la-peau de
là perfoime , dont vous voulez être aimés
Ou bien , faites lui prefent d'un colier ou
d'un ruban « que vous aurez- porté fur vous
trois Vendredis de fuite : Ou bien prenez
«ne Tourterelle , la plumez , Ôc la pilez
dans un mortier , iufqu'a ce qu'elle vien»
ne en bouillie $ Caiites-en de la pomadeavec
dcThuile viei^e» ou quelque autre gtaiflè
pomadique ^ faites prefent de cette poma-
de à la perfonne aimée. Voici encore deux
Enchantemens des plus faciles. Il faur a*
voir dûs cheveux» du fil, ou de h (byede
la Perfonne aimée } mêlés dt ce que vous en
aurés avec deux fois autant de fil , dt che-
veux, OU de foye de diferemes^ couleurs §
faite!
(46)
falres <I« tout<elâ une ficjclle , ou «n'^rtfll
felet pour la Perfonn» aimée s t chaque
nœgd prpnoncez cts onotj ; Vfneris ^n^ula
fliHo : avec intemion d'infpiKr de l'amour
a la Ferfonne à qui vous ave? d<4\ui de
plaire', ce qui eft immanquable : Ou bîen^
prenez une Bague , & Tentourez d'uTnée,
«a prononçant trois fois le nom de la Fer*
fonne aimée»
I -le n*ai jamais étudié en Magie^ditPi/ff»?
cependant je f^ai des fecrets meilleurs 9c
plus cfHcaces que ceux dont vous venez de
nous parler : je vous en dirai un tort racîle
•^ immanquable : je le içai pour Tavoûr
éprouvé pluneurs fois. Si je vous parle
Pherbus , excufez-moi s on me f^alt comment
s'exprimer fur cette matière : j^aprcKende
la délicateffe des oreilles de Prîjcus f mais
)*env«loperai du mieux que je^ pourrai ce
^ue j*ai à vous dire. Le (uc Ik la quin»
tedence des biens confacrez à Cer^s & Bâ*
4hm philtrez dans un corps bran compofi^
^ transférez par le canal dont on pare le
.pieu de', jardins dans le récipient , où la
aiature fe plaît à former les Kofs âo£
bien qae les Bergers, eft de tous les PhiU
très amourenx le plus efficace ^ puifqu^oi
«e fçauroit le compofer , qu'on ne joûiâê
4cs plaifirs de (irez..
Votre ftcret eft exceîleat | dît Ctltr,
Peut-ctre l*aurois-je trouvé , Çi l'euiTe co»!
tinué la lc£Vure de mon Livre : Mais j'ca
fus détourne par les hommes du monde
les plus importuns. Quatre grands Diables»
^ue vous cufUez pris pour Gardes du corps
A . de
r
I
ik PÎ$ào9V m'^empoigncrent tt mê itA^
^'lièrent fort incivrltmeac ÙMS faÎTe ré-»
iieiioif que les nuits tcoicnt alort %fftz
Sioiéts. Ils me mrrcnt nod côouae la ^aim>
£n(iiite entra une Vieille cdenté*, donc
le corps faifoit pre^uVn cercle. £ik (e
foûtenoir fur une vieille bcqulUe > à pea
pés de même Age qu'elle. De plua; ell«*
«voit for le nec ttois rangs de lunettes^
qui faifoicilt uii afpeû fort )oli.. Quoique'
)e fîifle dans- une €cuation , ou naturel^
ment parlant^ ie devois avoir firoid /k peur, *
|Hiifqu*on me tenoit lié par les pieds de par
les mains , ^ je ne pus m'erapÂchcr de rire,
quand je la vis approcher (es officieufei
siatns de la floche de Cufidàn» Enfin elle
trouva par bonheur pour moi , que j'a«
vois le fécond doigt du pied gauche cr<H
«li«U Ah? dn*elhî« en to«flà«tv<*«ft bien
dommage qu'il ait ce défaut : il ne nous
p«ut fcrvir : renvoytz-le. Mes Valets de
«liambre m'habillèrent , prefqu'tn aullî
peu de temps qu'^s m'avoient déshabille?
^Vec cette honnêteté , qu'ils* partagèrent ^
<ncs habits avec moi > ôc qu'ils « gardèrent
«non argent, de peur qu'on ne mêle volât.
Ils me remirent , avec les mêmes cerf ma*
fiies , où ils m*avoient pris : ie me trouvai
*u bain tout prêt à j entrer i fctois à
^^itté aud « & •je mourois de faim ? je
<ot\tai nnon htftolre à mesj^mis qui me
trouvèrent fort heureux d*en avoir, été
^uite à (t bon marche ^ di(ànt« que i'ctoii
^'t redevable à mon doigt , puifquM m'««
V^ épargivé k pl«f aiiel de tous les fu«
plices
y
( 4.» >
pli'ccf s iyant fans douce ixé àttdni. à Itre
ÎBitnolc au Dieu des Enfers.
}e vous Ai entendu dire phifieurs fois
cette ftiftoire, die Pomponius : Mais je vous
avoiie , que i*ai peine à la croire. En bonne
foi , ^u*eft-ce que Plut on feroit de vous l
fe crois qu*il a d'autres morceaux plus
firlands. A peine ave2-vous une once de
craifle par tout le cerps « le vous vous
imaginez que Projerfitu vouait de vous.
Il fiiudroit être ^mf^ut le croire. Bi oo
avoît envie de traiter aux Enfers» on devroic
choifir quelques unes de ces Dames ^ qui
vont prêter ferment devant le Prcteun Ce
gibier eu vaudroit b peine t Mais vous ! xi
fiiudroit avoir faim ea Diable , pour vous
croqutr.
CHAPITRE XI.
Ittficin de Frifcus.
IE. croîs» dit Prtfcus , que dler dît vrai.
Il m*cft arriva une Hiftoire prefque ièni«
blablc , où il y avoit plus d*amo«r que de
diablerie. Ihquoi, dit Pifon^ vous vousites
doiKaudl mêlé de galanterie l
Je meurs d*envie , mon cher P^ifcm, d*efi*
tendre le récit de votre Hiftoire t je ferai
ravi d'apprendre de votre bouche , que les
plus fages facrifie%t quelquefois à Venus^
}eune homme « dir Prifcus , vous êtes vif r
îe vous ai laiflé jetter votre feu» Ecoutes
ino(i
mon Hîffoîre tvant que d'en rîcn wncîu^
re. Le Deftiiv m'jvyoic fait rencontrer
'^^ludcuri fois vne d« nos p us belles <l<7«
maines avant quelle fe mariai Nous nous
trouvions à !a mène heare au Templt , à
la promenade , ou chez jiH^fte. Elle crût
i|ae ]*âaiour me porioit fur its pas , 3c
qti'afsurement j*ctoi8 dans Tes chaîner. El-
le avoit l^ame tendre > & me faifoit mille
care^^es pour foulager les maux qu'elle
CToyoit que J'cndurois. Je rrpondois a ^ts
honnctttcz» quoiqu*a/ec aflcz d'rndiffcren-
ce. Elle cruyoit que c'ctoii pai rcienu'c j3c
prenoit mes froideurs p^r des marques de
mon lyfpe^ l tant lé fcxe' eft ingenie^JX à
s'abufer fur cet article. On la rechercha
en mariage, 6c elle refufa d^ trcs-bons par«
tis , me faifant dire fecretement qu'elle
m*immoloit ce que Rome avoit de plus grand
0c de p'us riche , qu^elle me peraiettai t de
la rechercher , que )*avois àStz langui pour
qu'elle fe rendit. Ce difcours me flata , Sl
me furprit. Nous étions à la vérité de
même qualitif , maii elle ctoh beaucoup
phis riche que moi. Je remerciai la per«
fonne qui me parla de fa p^rt , 5c je de-
mandai huit jours pour répondre à Tes of-
fres* J'en parlai à mon Perc qui vivoic
encore. Il me traita d'enfant : ie n'avoîs
que virigf-deux ans Ma mcre ccoiita
plus favorablement ce que je lui dis. El-
le y donnoit mcme allez volontiers les
mains i mais mon Père qui avoit cû' de
longs démêlez tvec le Père de la Demoi-
fçllc, n'y voulut jamais confemir. Ain(î
■ ■ C i«
(îo)
}e fus obKgé de la remercier de fef bonnet
intentions. Elle 'ne voulut pas acceptermes
excuie^i 5c s* imagina que ]t la tncprifois :
cependant elle (e rendit aax infbnces d«
Tes Parens» de époufa un jeune Seigneur
des plus accoinplis. : je fus invité aux Ko*
ces^ ôc je m'y trouvai. Le lendemain dtt
la cérémonie nous allâmes à Fundi > où !•
nouveau Marié voulant confbmmer Ton
mariage, nt fit que des vains & inutiles ef-
forts. Il crut qu*un facrifice à Priape lui
rendroit Gs forces. Il fut aflèz bon pour
nous dire Ton infortune, ôc nous propofer
le facrifice. ^our |^oi , qui ne crois pas
plus que de raifon en nos Dieux , je me
mocquai du mal 6c du remède : je fus ce«
penviant de la c^mp^gnie; ôc nous allâmes
cnfemble au jardin dtSorténus, où il y avoit
utl Autel dédié à Priape, Nous fîmes ve-
nir la Prêtfefle qui immola , avec les cé«
rémonies accoutumées un bouc , un be«
lier> un porc 0i un agneau. Pendant qu*eU
le fiîfoit les Libations avec le fang de ces
animaux ^ un Chœur de Mudque chantoic
gnclodieufement VHymne de Priape , que
tout le monde fixait. Ëxcepte7.moi , sMvous
plaii » du nombre, dit Pifin, Non feule-
xnem je ne la f^ai pas , mais même je ne
Tai jamais entendu chanter : Vous eue fe«
tiez plaifir de me la dire. Voloniiets , ré-
partit Prijcus. Les MuGciens parlent tu
nom de la Peribnae qui fuplie, ic chaaienç
ainfî» . "
Mf$rntt
r
r
( î' )
Eternel atAt de Bacchus,
tn qm dois la naîgance a la Mie Venus,
Dieu que dans le climaf de la nattante aurorg
Le peuple Lydien adore :
Dteu refreâH des Vierges ^ des Puceaux ,
Des de voies ct* des dévots :
frote^eur des jardins , Dieu chéri jies Naïades
Hamadryades C7* Dryades:
Vien me Prêter un prompt fecours ,
"Ecoiéte ma pri^e , c/ prens fotn de mes jours»
Je ne fuis point couvert du fang d* un homicide,
Jen*ai point en impie , ahatu Us Autels ,
Ni violé des lieux, facrex, aux immortels :
S'e parois devant toi comme un Pauvre invalidé.
Dénué de vigeur O' de ces grands ihréjors
Dont on voit enrichi ton corps»
Mas / le mien h* a fait que la moitié du crime 5
S*iln'apu par foihtejfe immoler la vlciime^
il n'a point péché tout entier,
Gluandonpechepar inHgence, {fence.
On eft moins criminel, er bien moindre efi Vofm
Priape fais mcd dinc quartier j
'^erdonnt' moi ma faute ^^ me rend lapuifance»
Apres que I'H> mne fut chanté , la Pic^rcfle
lava les mains dti Paralytique dans le fang des
animaux immolez. Ënfuite elle lui mit ea
ouin une coupe pleine de ce mcme fang.fc
nous en donna a tous une remplie de vin.
Elle Ce mit à notre c:e , & nous dit de It
fuivre. N «s fîmej trois fo'$ le toiir du jar-
^in pendant que l- Muiîque chanoit pluiîeur
Odes à l'honneu • Je Priupe & des Amourf
Hr.ri:rc nous no\is raprochâmes dé l'aivcl , fur
lequel noMS répandioies no re viiw 4in^^ii^^
C » Û
(51)
h ccrémonie. Kous ramenâmes nôtre Iti^
Jade, qui fecroïoir plus fon qu*if<rei»/é)ina2s
les Dieux lui furent fi contraires^ qu'il' ne put
)Ouïr des doux plaifirs de l'Hymen. Il pro>
pofa a fta nouvelle Epoufe de faire rœu à Diam
ne de garder une chafteté continuelLe. Certe
propoution acheva de la dégoûter d'«n Mari
pour q ji elle n*aToit pas trop d'eftime. I^Ue
crût pouvoir chercher fortune ailleurs. Com-
me elle étoit belle, jeune & riche,elle ne man-
qua pat de Galant. Mais ie ne fçai par quel-
le bi2arrerie, elle fc mit en tcte de me aire
pjrtei Tes chaînes. Elle n'oublia, pour en
venir a bout, ni prefcns, ni billets , ni ac-
cueils favorables pctQis le confident de /es
plus fccretes penfées, J e la confolois même
dans le dégoût qu'elle avoit de fou infortune
Mari. £lle me temoignoit qu'elle auroit
été heureufe> fi elle eût parcage fcsiouri avec
moi; Ac déploroit amèrement la malheu-
reufe fubje^ion oà font les enf|ins de n«
pouvoir honctemen: fe marier (ans le con-
ientetnentde leurs parens. Enfin elle alla juA
qu'à me faire pvcfeot de fon Portrait. Mais tou-
tes (es confid races , fes preiens de (es aniîliez
ne purent me détacher de mon devoir. Elle
me furprit un jour au fond d'une des allées
du jardin de Mecsnas 9où]t dormoisGir^ legs*
2on, Elle m'éveilla de la manière du mon^
delà plus tendre ^ Malt fes caredes excitèrent
ma fureur $ 9c dans le feu d'une furprife , ou
f'avois ctéprefque immolé à fes défi rs,, il m'é-
chapa quelques paroles qui la piquèrent vive-
ment. Elle eût recours à la vangeance , 5c
engagea quelques uns dts courtiians qui 1^
fer-
ièrvoîetit à mt faire pièce. Je fut fort /î/r-
prisdé me voir enlevé au milieu de Kome par
des Efclaves inconnus , qui me conduinreac
dans uo char couvert en je ne fçai quelle mai-
fon » où des geiis mafquez me déshabillèrent s
unFeintre, qui étoit toutdifporç, me tira
en totitesles poftorcsque vous péuveX vous
imaginer. Après cette cérémonie , on me lia
avec de cordons de foie fur un lit de pour-
pre relevé d*qr. ^ur le milieu de la hait on
in*offrit ma liberté , fî )(* vouloisconfentiraux
defirs d*ane < > ame qui avoit delà bonté pour
moi. Sur mon refus > on me de^habillia eri'-
core , on me conduisit dans une chambre ob(^
cure où il n'y avoit point d'autre lumière ,
que celle qtii venoit î'une petite lampe qu2
n*cn donnoit qu'au au qu'il en faltoit pour-
remarquer que j'c:ois entre quatre murailles
teintcf de noir. On me donna une cruche
d*eau& un pain 5 & l'on fut^utam q*e je pus
coi\je£turer , trois loursfans me renvlrc vîiie.'
Au bouf de ce terme un homme habillé d'une
nianiere à faire peur. me vint avertir de me dif-
pofer à la mort,que ie n'avois p^us que trois
jours à vivre. Il me laifla du pain5c de l'eau pour
ce temps ; Mais il revenoit à chaque veille m'a-
vcriir de penfer à la murt. Te vous ai déjà
dit quej'ctois tout nui} 5c ie vous avoue que
j'aurois préféré mille fois la mort aux tViftes
vifites de cet importun , dont la- vue m'ctoit
un fuplice. Au bout dc^ trois jours , (ept
femmes entrèrent dans m^ chambre en pleu-
ï^ï^t. Se difam d'une voix lamentable : i^ *^
^ort. Ce qu'elles répétèrent tant de fors
qu'elles pcnlerent prcfque me ie perfuader
Pc»'
Pendant leur lugubre fymphonie > elles lu^ém^
mâiiloterent* malgré moi de bandes Ôc de
linges, comme* vous fçavez qu'ont accoutu-
me d'cnfevelii lt« 3«//i. £n vain je me d^-
fendois,3c les arsûiois que i*ctois vivant:
yc ne pus me délivrer de leurs mains. Après
ii)*avoir âinH accommode > e les me nnirent
entre trois planches, qui faifoient comme une
cfpec* de coffe de ma longeur, mais G fer-
re , que je oe pouvoisme retourner i i*avoi$
par bonheur le vifage découvert. Quand |c
fus dans cet équipnge, (Ix Hommes mafc)ue2
entrèrent dans la chambre, chacun avec un
Dambeacrde cire no're alîumc. IV ptflerent des
cordes par deflousle coffre , oùj ctoisempri-
ibnné , Ôc me portèrent très-doucement dans
un vieux tombeau à moitié ruiné, lis me mi«
rent avec toutes les cérémonltsy udaïqttes dans
cethrone dtmort; 6c malgré toute mon élo-
quence, ils m'y laiflerent. Par bonheur
le tombeau n'étoit pas clogné dugrand che-
min I je criai tant que des paflfàns vinrent à
monfecours. ils furent fort furpr' s d'enten-
dre parler un mort. Mais je les Tafsùrai, âc
leur proteftant que fétois bien vivant , ils cou-
pèrent lous les bandes dont j^étois lié, de me
iaiHerent^ en liberté : je revins à la maiion fur
les deux heure s de nuit. Htlviâ'ms qui étotc
embaraiTé, ôcne f^avoit ce que j'étois deve-
nu, fut bien furpris de ihe voir encetétar.
11 me demanda mon hiftoire : je remisa un
autre tems à lui conter ce quim'étoit arrivé:
je le priai de me faire réchauffer & de me fai-
re donner à manger : je fus quelque tems à .
rétablir mes forces, U )*eûs la fiéyre quarte
p«tt:
( ïï )
pendant fept mois. Sunus m*cn guerîr^eo
mt mettant l'efpacc de vingt quatre heures
fur le poignet gauche de t'a racine de langue
de Chien, qu*il avoit broïc dai.s un mortier
avec du fel^ du poivre 5c du vinaigre : je ne
fçavois à qui fctois redevable de cette faveur.
Après un (î long intervalle « je reparus a la
Cour , où je retKomrai la perionne dont je
vous ai parlé. Auflî-tot qu'elle me vît , elle
• tomba en foiblcff: i3c eût un évanouiffemenc
de trois quarts d heure. Je la feccAirus afl'ez
volbniiers. A peine fut-elle revenue , qu'elle
me demanda fî i*étoîs b'en vivant. Cela ra-
pella mes idées, & je la prcflë (î vivement
qu'elle m'avoita que c'cioit un tour de fa façon.
Que penfez- vous, P//3», de cetie hiftoire >
je pcnft, repartit P//^», que vous ne m'avez
pas ennuie en la contant : j'aurois éic fort
embarafTé à votre place : cependant je ne
vous plains pas.- Vous n'avez eii que cecjue
vous méritez. Une Dame s'abaiflam jurqu'à
vous faire îa cour , vous deviez , toure Philofo-
phie^part, la traiter plus honnêtement ; je
ne fçai f\ les Dieux , pour vous punir, n'ont
pas permis que vous ayez conçii de l'amour
pour quelque Dame qui aura mcprifc vos
de(îrs : Mais ce que je fçai , c'eft qi^M n'y a
rien de plus rare que l'occaHon. Quand on
la trouve, il en faut profiter. Venus eftbien
aife qu'on lui dérobe fes faveurs i mais quand
• elie ùii tant que de prévenir : il faut être Prifi
eus pour n'en pas profiter. Chacun parle fé-
lon fes inclinations , repartit Prifcns : jo ne
me fuis jamais repenti d'avoir fçû modérer
mes paffioos. -
, C 4 CHA-
( 56)
CHAPITREXII.
Suite di U Navigâtiên, Chaffe. Pcinponîus
fcnu un trait de VHiftoire ii'Agrip*
pine «^ TAfortt »n fait qtti lui èteit
arrivée
A Peine Prifcus cnt-il conte fon H'iftoire»
qu'on aTerrit la Compagnie , que le r^-
pas étoit prêt, lis fe mirent à cable , elle étoit
couverte ci*uae bifque àt moules, qui fiic re-
levv^c par un cochon de lait, qu*oii avoii fait
tren.per vîngt-quatre heures dans>de l'eau -de
vie, avant que de le ro-ir. Cela croit accompa-
gne de jambons, iàuci (Tes, cervelatsôc autres
viandej», dont on a accoûiomc de faire pro-
vi(it>n dans les vaifTeaux. Ctler n>it Air Cc%
tablettes, qu'eiure autres par^îcularitez ou leur
avoit fsrvi une falade d« corail, ils badinè-
rent pcndan: le repas fur les Hidoiresdef'///^
eus , de Celtr & d'Egnaiius, ht fenJemaiii
ils (e mêlèrent parmi Tcquipage pour prendre
lep'aifir de la Marine, Juîques-làiisavoient
cû un vent fort propice & beau tea^s i mais
le troifîcme jour , ils furent furpris d*uncal«
me qui dura deux jours, pendant lefquels
nos Romains, a la faveur de Tefquif , gagnè-
rent terre , 6c chaflerent pour le dcJafltr
des fatigue? de h mer. Pifûn qui s'ctoit
ccartc des autres , ne rencontra rien. Voiant
le jour manquer, il acheta q^elque> becaf-
ff 5, que des Fayfaas avoicnt priics au £l«t.
Il
( ^7 ) . .,
Il les perça de Tes flèches , & 1esap3rtt com*
tne s'il les avoit tuées: mais on s*aperçû: paf
ma heUr pour lui X qu'elles avoienil^'cte cn«
foncée. Alors pn lui fit compliment fur Ton
adreffè* Les autres avoient tué pluHeurs pièces
de gibier qu'ils raporttrcnt^dans leur bord.*
un vem favorable s*ccantclevc«ilscoatiaue«
rcnt leur route.
La Compagnie engagea Potnponius a con-
ter fon Hiftoire ; mais il n'eût garde de rien
dire d'0^<it;/V , ni de laPrincelTc de Ty, Il
parla de chofes plus ferieufes , & aprii aux
autres une circonftance delà vit i^ A grippine,
• qu'ils ne fçavoicnt pas:c'ctoit le fait de Ca^
ftton, Séjan , dit-il, t qui ce Seigneur s'ctoît
dévoilé, fe^fervit dt lui pour gagner les bon-
nes grâces à^Agrifpine, Il feignit , félon ht
ordres^ d'être entièrement dans (es intérêts^
& le lui perfuada. Quand j'eus, me dit- il,
gagné (a confiance , j'en avertis Se)An , qui me
donna une inftruâion fjec«ete,pourpei'fufldcr
à cette Dame, que fon véritable intérêt con-
fiftoit à avoir de l'eftime pour lui. j*infinuat
ma propofition4e plus délicatement que \t pus
& je dorai la pillule : mais je ne faiiois que
l'irriter. Vous penfez donc , me dit-elle , que
je puîlfe i «garder de bon œil l'-àfliflîn de mon'
Mari r Non content d'avoir ruiné ma Famil-
le , il me fufcfte tous les jours de mauraifct
affaires à la Cour j ^ quelque animpiité qut
libère ait contre moi, je (uis très perruadé,
qu*il en reviendroit facilement, fi Stjan ne
ranimoît pas à ma prrte : j*ai bien comprrs
îufqu'où a^loii votre difcours. Croïez-vous
que quand ce MiniftLC m'aaroit fait autant de
bien
( 5« )
bien qa*\\ m*a (àît de mal^ croiez-TOUt qut
Tihere pût (c rcfoudre a me voir un fécond
Mari \ Vous connoîlTez peu le gcnte de
r Empereur ; je ne p*ii$ pas m'exptivvjcr
davantage : Mais Ci séjan veut voir cchciicr (a
faveur, qu'il propofc ce'a à Ti^^rr^ 5c je re-
ports de fa dilgrace. Ce Prince po. nique ap«
prehen Jcroit que Ton M niftre ne voulut s'allier
m la Maifon à*Augufte , pour monter fur
fon throne. Puis me ferrant la main , Capîton ,
me dit-elle, les grandes \rcs de Sêjaf7 nit
vangeronide lui , fans que icm'eniiic'c. Il t
afifaire à un Prince , qui voit clair pour fes
intérêts. Au premier foupçon qu'il aura . de
fa fidélité , vous , verrez difparoître le faux
celai de fa faveur , & fa tcie rcpondra.de
tout ce qui s*«ft paffe d*injufte pcn ant fon
Mî'niftere. llaimelfw ; pourquoi penle-t-il
à moi, puifqu'elle ne le hait pas \ Elle me
die enfuite, que fi j'avois envie de corfciver
ùs bennes grâces , je ne lui parla flc plus
d'un homme qu't lui ferott toûiours en hor-
teuf. Comme ie n'avoispasde bonne rcpon-
fe à rendre à Scjatt , je m'abfcniii de la
Cour pendant quelque temps. Mais enfin
mes inclinations m'y rapclerent. Séjan ne
manqua p^s de me mander cù '•en étois,
& G. ma ncgocianon avo't réiifli : "»e lui dis
que !a chofe croit délicate , & ..'u'eltc dcman-
dott du fciu» : tnaiv je lui dit; ce^a d*un certain
air qui Ijî fitconn* irre, qu'il n'y avoi' rien
a faire. Il oua ma difcreiion 6c m'ibligea
de lui avouer, quejcm'éroiserr ploicin tile-
menr rmaij. iî cnirodars une co!cie,quî me
lilipiit d*auum flus> queccMinifttectort fort
. mai*
r
r ^
( ^9)
inâitrc de Ces {raflions. (1 jurt en ma prém
fencc la pt ne ie cette infortunée PrincelTe ,
Se me commanda de me trouver le londcn^aîa
au dîner de Tibère. Un tel oràv^ me furprir.
3e lui demandai (î nia prcTence pourroit lui
être uiiie. Non, me diril, mais vous ver-
rez que ie ne fuis pas le ftul qu'elle mépri-
(è, 3c qu'elle nt traite pasmteuxl'Eiyjpercur
que moi. EfFedjvoment je m*y trouvai «&
)e fus témoin du refus qu'elle fit de man«
ger le fruit que Tibère lui prdenta , 8c de ce
que Tibère dit à Julie , qu'il voïoit bien qu*^-
grtfpine le preiioit pour un empoîibnnettr. Je
içûs peudetems aprèi, que Séjan avoii cor-
rompu quelques Domeftiquesde cette Princef^
fe , qui Tavoient avertie de ne pas manger tes
fruits que l'Empereur lui prcfcnteroic , parce
qu'ils feroîent empoifonnez ^ & qued'uR au^
tre coié il avoît dit à Tibère qu'il avoir re-
marqué plufieurs fois (\cC Agrippine ne man-
geoit jamais dfls fruits qu'il lui préfenioit; que
fans doute elle le (oupçonnoi*. C'ed ainfi
que ce fourbe tendit le piège, où il iit tom-
ber lamalheureure-<^^f;^/)i;7tf.
flusje fais réflexion fur les fîftf s effets de
la jaloufîe&de l'ambition, fie fur lesreffbrts
fecrcts qui -font joiièr cette grande Comcclie ,
qu'on appelle le monde, plus je fui<ru''prif
comment il peut fubfifter. Ce n'cft par tout
que fourberie, duplicité, trahifon tk mauvaife
fois. J 'a vois quelque inclination à la Cour
qui mcritoît le fecrer. " La fuiyante de la Da-
me que je fervois étoit la feule qui eut
connaiflancede nos amours. Je neHçaifi elle
avoil Tefprit fcapc aa m^mecoin que Séjan ,
. luais
( «o )
mâts élit tre kiia un tour des p^us éouUefT
El'e avertit le Mari de U. Dame de l'heure
que i'avoÎ5 accoutumé de voir Ton Epoufe.
11 feignit de fortir àccttcmcme heure Ye^ûs
introduit par l'cfcalfer fecrer. Aptineitoif-ft
dans la chambre , que nous entendîmes It
ir.ari monter. La fuivame ota un Tableau,
C)ui rcpréftntois le ugemen' de Paris , & qui
éioit à l'embouchure de la cheminée. Nous
étions alors en été. En un mot , jr me mets
dans la cheminée derrière le Tableau. Lt
mari entré de demande à fa Femme à quoi
elle paHo t e tems! Te mange^ lui dit-elle»
des orange*, il en prit deux .qu'il mangea,
en faifant cinquante toursdans la chambre g
èc regardant de tousco ez. fans voir ce qu'il
cherchait. Apres avoir mange les oranges,
il b^'da un peu le Table tu qui étoit devant
la cheminre , pour y jetter les écorces.
A. ili-tot la uivante sVcria : Hc ' Monfieui j
ne faites pas cela ; Il n*y a qu'un moment
qurj'ai ba'aïéla ch^mbrt Mettez vosécor-
ces i'or^n-^es Hans mon tabliez C'eft ce qu'il fît
par bonheui pour moi. îev>»us laiflTcà pco«
fer fi a fiii vainc ex gea fa rccompenfe d'un
fervjceauflfî imp irtant : |e la facisFs an pctt
troptot. Leiourfuivantle Marimedenian«
da, s'il étoitvTai, comme unettile, en mt
nommant la fuivame, lui avoit dit que j'ai*
lafle tous les foîrs à C'nq heures chez 'u' j qu'«l
me prJpii de l'en ave tir afin qu'il pû« »*y
trouver , ^ que nous paflaiTorslctrms ca-
fembU; je lui dis, queiufqu'aKirj jen'avnis
pBsms V pied chez lui j ma s qu'il m'enprioit
de trop bonne grâce • puur que je ne répon
diSt
i
(61)
dîffé pas a (on Honêtetc , que le lenJtmaîfl
f»n> faut c , rauroif Thonneùr dt m'y trou^ cf
à cinq heures. Il mcreçûtirè$-bien. Noui
îoùames quelques parties i'cchets. Enfuite
nous mangeâmes lies confitures, de nous nous
fejTaramcs fans que (on Epouse parût. F ïrt
ben, je vousleconfciKe, ànPîJon. N'au-
riez-vovs pas voulu ^ qu*il cù' été témoin du
bois que vous lui faideZ porter \ Prijcus , i*c^
reviens toûjoms à votre Hiftoire ; elle m'a
t>1ù: Mais elle ma laiffé certaines d'fficultez
que ievous prie dVclaicir Cet Dames qui
Vousfcrvirem de Femmes de Chambre & qui
vous emmtillotcrent fi bien, ne vous d'crenc-
elles pas votre b^gue > Ne roubaitcrent-eI!es
pas q»e Id terre vomfut légère l Ne vous ont-
elles pai donné de Teau fraîche ? Par Cafior^
quelle figure eufîiez vous fait ^ H quelque pa(^
fant eùr enlevé votre corps Tous prctcx'e de
dcbtcsî jeune homme ^ dit PriicHS^conitZ,
)c vous prie, votre Hiftoire.
CHAPITRE XIII.
.Bftotre de Viron Kéfiexion àe Ct'ff. Tm\
fête. Dtfif'ifftion de l^Ichyiffhape.
IE ne '^a* par oà m'y prtn(tre * répondît Pi^
m i «e VOU5 en ai ir jp dit, pout qii«
vous mefafllfz quartier] 0r quand vou* m'é-
pargneriez > ^e ne fçai fi Celer me pafl^roil
C 7 touiea
•1
toutes les piaîfanteries que i'aî taites fur la Dm^
hlttit : Mais puiTque je ne puis reculer , >e
TOUS dirai le plus ferieufement que je pour-
rai , des folies ind^nes de votre attention**
mâts que vous in*obligerez de dire pour vous
mocquerdemoi.
Des mon plus ieune âge je n^ valoîs pas
grand'chofe.Me^PrccepteurijHonimes (avant
dan^ J'Hiftoire & dans la Fable , prenoicnt
un(î grand foin de mon éduca ion, qu'ils me
faifoient remarquer avec une attention extré*
me, tout ce qui (c prcfentoit dans aie& leçons «
pour me former , difiiicnt-ils , fur les Grands
Hommes, dont je lifois les Vies. C«mme
ils croient Gens refonnables^ilsmelaiffoient
une honiie liberté fur le choix de mes plaiHrs ,
parce qu*ils étoient bien aifes de voir où fe
porteroienr mesinclinan'ons. Tagis àlall0'«
mainei ne trouvant rien auiedus de moi, je
rcfblus d'imiter Jupittr, Je pris avec ma focur
quelques libertez^donton ne me retira qu'a-
Vecles verges ; j'avois beau dire, quej'imî-
toî$ Jupiter, on ne juge'a pac à propos de me
laiâer aller plus loin : j'a mai de tous cotez,
femmes, files, efclaves , &c. tout m'ctoit
bon. Entre autres belles aûions , j'enle-
Vai le jeune Veturins, Mais il n'y î» que les
Dieujc qui fçivent combien je fus fouetté »
/talTe r ie'demanda» âmes Précepteurs un mo-
dèle, ils me ^i^o^*xtr\i Jules Cejéir. Com-
meje n'^ivois pas cnyîc de porter lt$ armes,
je rcfolu d'imiter de lui ce que mes incli na-
tions
( Ô3 )
tîons m'en permtttoicnt. Aïant tû ce qu'il
aToftfaitenfî«^>»;V, ic crus en pouvoir faire
autant : Mais on m'examinoit de trop piès
pour pouvoir mVchapcrimpuncitient : je fus
encore fouette d*impcrtancc ; EfVoïant,qut
je ne rciàlîîflois pas mieui à imiter les Hcroi
que fci Dieux, je pris réfolution de vivreà
ma fantaifie : j*aiinois, ôc j'étois aimé* Va
jour que nouF nous divertiiïîons fepr ou huit
à peu près de mon âge chez Annulin tvec
fesenfans^ i! me fouvîendra toufours , qut
lorfque nous badinions à la Rotraine derrière
la ta^iOerie. ce fou de Af^/^^itf nous apporta
un flambeau pour nous éclairer. Un autre
jour il fut ctufe , qixePeiretus fut châtié pour
aroir tropcrrcilela petite chienne de Meffalt»
ne. Vous Tçavcz tous que McJJaline cft une
jolie perfonot. Ses bonnes grâces fln*om pen«
fc coûter la V c £l!e m*avoit fait préfent de
fon manchon , Ôc je Tavois attaché au chevet
du h't, BuJUs tne vint voir. Il le reconnut
d'autant plus facilement qu*il lui en avoitfait
prcfcni : je gage, me dit-il, que voilà une fa-
veur de Mtjfaline. Etc.''-vôus bien auprès d'eU
le /N'avez vous pas de Rival \ Depuis quand
la voïez-îous \ Où Vous renwontrezvous f
_Cc8 demandes ire firent fobçonner qu'il ne
la haidoit pas : je lui en dis mon feniimcnt.
11 s'imagina que Al/Jfulhem*^vo\t tout dit 5
& ne pouvan' nier ni avc<iier (anscnnfufion
ce qu'il avoi ùit pour elle , il ni'ob'igr a de
mettre l'épéc à la main pou- difputer cette
charmante pfrfonnetje ne m'en fis pas prier
deux foii Nets nou? baumes unt demie
heure ians avantage. Enfio il me bleii4 au
bras
(«4)
bras droit. Tt redoubla foncoup» 8c meper»
ça la cui^e. En fe Ttlevar>t ie lui pafic mon
épce au travers du corps Tout ce maneg«
{c fit dans ma chambre. Les Efclaves qui
avoient cmendu !e bruit, croient venus au fe«
cours 3 mais nous avions barricadé la perre«
Enfin ils l'enfoncèrent , ôc nous trouver eût
tous deux dans l*crat i|ue je vous ai dit .* Iqî
renver(c par terre avec une feule blefTure, mais
fans épét : il me Tavoit rendue : 8c moi cou-
ché fur mon lit avec deux bleflarcs qui me
fa i fuient perdre beaucoup de fang. On nous
panfi au plutôt: & pour furcroit de douleur,
on n<tus laifla dam la même chambre : Mais
à peine cnt-il un pc;^ repris fes forces « qu'il
fe fit tranf porter ail'turt. V pen^a mourir de
fa bleffure : 8c le fang que i'i vois perdu me
réduifi dans une (i grande foib^efTc, que fe
fus fix mois hors d*état de rendre fervice à
Mtjfilîne. Cette rftion eft fans contredit la ,
plus belle de ma vie. Auflî ne vous en dirat-
jr pas davantage .* \t ne fçar fi PrifcMs fcroit
d*bumeur d'écouter mes amours : j'ai re«
marque qu*il a changé de couleur cinq ou fix
fois au commencement de mon Htllotre : |e
ne veux pas le gcnér davantage. A ^uot
penfc^.vous CeUr \ vous êtes toui rêveur. A*
préhenlcz vous de fervir de déjeuner à P/«i/#»?
îe penfe . dit Celtr , à quelque chofe de plus
férieux : ie fais ont réflexion fur les Hi(loi«
fes que iious avORS di'es } vous en pc>ur«
rez profiter 11 eft rare que les Hommes
parlent de ce qu'ils fçavent le mieux , fie île
ce qui regarde leur état ; j'ai remarqué cent
fpii que nos Sacâficaieurs s'eairetenoienc de
^ ^ la
( «o
la guerre & du commerce , que nos Officiers
ne parloieiit que des cciémonics ^e differcn-
tes Religions, que les Pédans fcmcloièntde
reformer )*£car, Se qu*à la Cour on fe mcloit
du pcdantifme. La »énie chofe eft à peu-
prés arrivée dans nos converfatiops. Pri/^
€us qui fe pique de fagcfîe, noust entretenus
d*amour èc d*intrigue. Vous qui ne fçaviez
que la Philofophie de Cupidon, vous nous
avez parle d*armes & defang répandu. Pom*
fonius qui a eu plus d'une bonne fortune^ nous
a entretenus des fccreis du Pr'nce Egnatiui
Homme de guerre, a étr a TOpcra : Et moi
qui ne fuis pas des plus trjdes, je vous au par*
lé de Diable- ic. Voilà une (agefle bien à con-
tre-itms, iit Ptfon 5 je penfc qu'avec vos rc-
flcxtuns vous deviendrez fou. C'cft une agrra*
blc folie, dh Egnatius , que cc^equt procède
d'iin excès, de fagefl'e. Ceier pcnfe fort jufte |
mais il nt s'explique pas af!ez. Taiies nous
quartier , dit Ptfon , fur les expl'caiions : nous
noUs con «ntons du texte : Ou bien , fi vous
voijlcz philofopher , débitez vos comeg
s Prifcus 5c a Celer^ Pour moi , jt vais
joiier une partie d'Ekheis avec Pomponius, Que
vous avez de feu î dit Pri eus. Ne devien-
drez vous jamais fage \ Ne reflechirez-¥OU$
jamais fur vous-même ^ii la difj;racene peut
Vou> former le jugement , je vous plains i vous
aurez beaucoup à (oufFrir; mais quand vous
aurez refprîi plus mûr , vous reconnoîtrez
que vous n*ctcs redevable qu'à vous-même de
Vos propres .Tfialheurs Vous êtes jeune. PuiG»
quiune m me foaunp nous raflemble ici . étu«
4iéa-aoyf» pour former vôtre conduite fur la
notre
( <5« )
notre .* i*y conftns, dit Piron : mais à troii
conditions. La première, que vous nt pren-
drez iamait parti contre moi la féconde , qui
cft une jfiiite de U première > que vous in*a-
plaudirez en tout ce que je ferai 5c dirai ^ fc
la troifiéme, qui eft unecoBfeî]uence de la
féconde , que quelque chofe que je dil« oa
fade l'aurai toujours raifoa. Vous badinez
dit Prifcus,
Pendant ce difcours la mers^nfla^ & des
nuages répandus de tous cotez, obfcûrci-
rem le jour. Des Matelots courent aulC- tôt
à leurs manœuvres. On abaide les voiles ^
on avenir les Romains^ du péril. Pludeurs
coups de vent redoubUx firent perdre au Pî-
lot fa route > Se enlevèrent le vaifleau avec
une rapidité furprenantc LVpailTtur des te»
nebres cachoit au Pilote la pfouè , de l'inéga-
lité des vents ne îui perniettoitpasdec#nnot-
ire où la tempête le portoît. Les éclairs , la
foudrt^ letonnere remplirent Pair de bruit
êc de feu: & les values élevant le vaîfleau
jufqu'jux nues, Icslaifljir retomber dans les
' plus profonds abymes; puis le jettant décote
& d'autre elles entîrent leur joiiet Tefpace de
trois jours & trois nuits, au bout defquels
la tempête celTà. Mais le vaifTeau qui fài-
foFt eau de tous cotez, 8c qui avoit perdu foii
mats&fon gouvernail, commençoit às'ea-
foncer , lorfquc les Matelots apar^urent terre :
tout le monde s'y fauva à la faveur de
refquif.
Nos Romains furent fort furpris de ne (ça-
voir où ils ^loienr. Ils avancèrent dans I«
Pais , l'informèrent du nom de la Nation
de
<^7 }
Je (es Prînces Se (es coûtumei. On leof
dit que le Pais s*appelloi( IchtyophagiB|
que chaque ViDc avoit fonAoïj qu'ancien-
nemem elles étoient compofces d'Honimes5c
de Femmes, mais qu*alurs les Femmes ctoiéûC
feparées des Hommes^ qu^elIes dominoienc
fuï' leurs terres , comme les Hommes Air les
leurs;qu*ily avoii plusd'efpeccs à* 'chtyopha*
ges femelles que ue mâles 5 que les Ifhtyofhages
femelles étoiem toutes laides, boueufcs. boA
fucs» déferrées de quelque œil , ou eftropi^cs
de quelque membre ^ qu'il était très ra-
re d*cn trouver de belles & qui euflent de l'eA
prit 5 qu'il s*y en trouvoit cependant, mais
que ctlles-làfoufTroiem infiniment dcsaufre.f;^
que leur tegime écoic ordinairement dépendant
àts uhtyofhagei mâles, quoiqu'il fe rencop-
trât un Païsoii les Femel'cs commandoient
aux Maies ; qu*au refte , quoiqu'elles ne puf^
feat pas vivre en paix entre elles^cependant au
dehors^elles éioicnt polies,civiles,honctes,gra«
cieufes, bienfaifantes & fort commodes : Qu'à
l'égard des Ichiyophagesstï3k\ts 5 tous leurs Roif
s'aflembloient de trente-(ix lunes en trente ûx
]unes,( £n ce Païs-là on ne compte ni par jours»
niparmois^nipar années, mais par lunes.)
qu'étant aflemblez ils élifoient chacun pour
leur efpeceun Souverain Monarque. Il y a
des Ichtyophages blancs & noirs 5 il y en a de
toutt:oir, d'autres blancs, d'autres bruns ;
il s'y en trouve de gi'is, d'enfumez , 6c^edî«
ferentes couleurs :Tousindcpendans les uns
des autres^ excepté que les gris vivent Air
}e commun» htsUhtyophages font des animauic
t/fcccsd'hoounesraifonnables. On y en trou*
( 6« y
T6 «neÎDfiMtêJcbruttf : Mats il t*y €iiré£
cofttrc aaâî » qui ont auunt H'cfpf it que le plus i
rafînc Carthapnm, Il y en a qui n*ont que
du venire , d*autres qui ont des qualités par
lefqueUes ils deviennent chers au beau (exe »
d*au- res qui n*ont qii*une bouche 5c des oreil-
les. d*auires qui écoutent tout ic ne àiftùt
mot , d'aunes qui n*écoiirem rien 5c chantent
prefque touiours,d*aurrcs qui ne (brtcnr ja-
mais de leur parc, i'au'res qui n*y fontprcf*
que jamais Ils s'entreçoivent fatis fe roA-
nojirei ils vivent cnfemble (ans s*aiixier, 5c
me. rent fans s*cntre^retter II y en a beau*
coup qui nefonthabiltez que de' peaux de Re«
nard d*au rts de pe lux de Loup : Mais quand
cette peiu leur manque à quelque eniroit , ils
y mettent auiC 'ô des pièces de peau de Re-
nard* 4ls ont dans )»:ur tcre pour cervelle»
des limes fîiurdes. Ilsonr pour armrs défcti'
fîvesôc ffcnfivesdcs plu-ncs bien taillées, &'
de bon papier avec dt l'encre double. ll«
ne cr ï nt point qu'il y ait de Dieu. -Ils s'i-
maginent que les âmes meurent avec les corps.
Ils croient out permis, 5c qu'il n'y a que te
fcan Uîe de défendu, ils adorent leurs Rois:
5c comme ces dignitezfont élcft^ives, ils les
briguent avec grand foin 5c beaucoup depo
litique. Us boivent 5c mangent en commun,
5c fo nt fort bien nourris. Le p us grand nom-
bre ne mange que du poilTon. Les aunes
mAnfijent ce qu'on leur préfeme. IS boivent
tous du vin j 5c on n'a paj^éncor*^ pu venir •
bout de leur perfuader de s'en abiîenir^ex*
cepré quand ils font fous j alors i's vont à un
parc particulier , où ils ne boivent que de l'eau,
5c
ec meurent dans une ^ouce foVit^
Enfin nos Romafm arrivertncàlcKÀTiA^
MOPLm . premîtrc Ville du côte dunv^gc. A
pti/ieFaitnt ils entrezdansla Ville , que <îettx
Ich.yi/phagti vinrent !es(aluer de )a part du
Roi , & les prier jPallei' à la Cou. . lis la
trouvèrent fort nooibreufcôt fort polie. Le
Prince Us reçut partàitemeni bien. C'en it hq
Ichtyophagt d'cfprit & de grande probité, ce
qui eft race dans le Pais, il avoitdc^inanic-
les fbithonêtes & toct douces. li re^ui les
Etrangers à fa tible le leur fii tan^de carcf^
{^, qu'il Içs obrligea a faire quelque (rjour à
ià Cour. llsypaiTeiem quelques lunes fort
^grcablemeni îc dans toutes fortes de p!ai(irs :
Sur tout, ils cioent charmez de la politique
an Païs , f refq^ie tous les Uhtyophngts d* ignam
tianojfU naiflàtis Miniftres d'ttai & conlom*
9^czdans les droits de toutes les PuifianctlT
CHAPITRE XIV.
Voyage di U Lune, Mâgafm de Pu2
ceUges» Hifiotre dté Pucelage de fC
fon.
A Près que les Romains curent prîi eongé
du Koy d* IgnattanofU , ilsalltrent à plu--
ficurs autres Villes de Vlchtyofhape , où ils fu-
rent très bien reçu». On les d^f raïa pat tout,
& on iiMrfaifoît les mêmes honneurs qu'au .
Prince. Etant à Pftraal, ils apprirent que la
ïloitc
^ 70 )
flotte devoît partir à la pleine Lune. Ilscrfl^*
renc avoir trouvé une occadon favorabk
pour continuer leur voyage Dans ledefTcin
d*en profiter 4 ils prièrent qu*on lesmeoac à
la flotte. On les con^uifit fur une haute
mont ^ne entourée d^Jne vafte campagne. Ils
virent (ur la montagne vingt-fept vaiâeauxde
ligne d*un équipage tout particulier* Au lieu
de rames, cto*étoitpartoutquedes ailes de .
des voiles de tomes les façons. Ils demander
rem à quoi on dedinoit ces va^fTeaux. On
a*attend , leur dit-on , quclcvent pour aller à
la Lune. Pîfonit mit a lire^ Croyant que
c*étoit une exuravagance : Mais Pymfoniui en
jugea autrement , & pria les Matelots de lui
aprendre comment fefaifsit ce Voyage. Tous
les ans » Mondeur, lui dit un Matelot de haut
bord^ il s'elcve ici pendant deux Lunes des
vents furieux , à la faveur dcfqucls la Tlotte
que vous voye« sVlcvevcrsla Lune. L'expe-
rienee , TinJudrie ôt- l*intcrèt nous ont ^pril
cette manCEuvre. Les Gens de ce Pays trafi-
quent avec les H «bilans dt la Lune. Quoi \ Il
y a du monde dans la Lune ) dit Pomponlus,
Oiii , Mondeur , lui répondit le Matelot*
C'eft une tcrr» comme celle ci, où il y a des.
kommes, àt% femme«, djes villes , des riviè-
res, comme e»ce pays. ^A\%à\xPomponiuSp
ce n*eft pas le tout que d*.»llcr, comment
revenir , s'rl vous^ plaii ? Monfieur , reprit
le Matelot aptes que letc^eux Lunesdegrand
vent font pa(Tecs:il s'élève d*auire$ ventsqai •
ne font pas (1 forts , Ôc qui chaflênt de la
Lune \c\. ' -^
.Kos Romains firent partie de faire le voya|;^«
11$
( 71 )
:lll s*embtrquerent avec plus de deux nîlti
rferfonnes qui albient trafiquer a !a Lune.
pie vent tut û fmpe(ueux;qu*après une heure
tde route, ilf perdirent de vue la Terre. Puis
lavan^AQi toujours dans les airs > le quatriè-
me our ils découvrirent deux Lunes, donc
^ Tune etoit fous leurs pieds , 5c Taurrt fur
leur :ête. iU demandèrent au Pilote à laquelle
des Lunes il les conduifoit. Vous êtes boni»
leur dît- il : Ne voye^-yous pas bien , que
et qui vous parok être une Lune au-dtâbus
de nous» c*eft ta Terre d*<»ù nous venons,
8c qu*tlJc cft la Lune du Païs où nous allons.
Âpres cette inâru£kion ils furent un pen plus
retenus dans leurs deaian<les. Le ^pticme
)our ils ne virent pW la Lune, que comme
■n Monde & une Terre Le huitième i s y
aliorderent , Ôc defeendircnt au AieJfaU,
qui eft un petit Pa) s fort joli. A peine Pifon
cât-il apris le nom du lieu où il ètoit , qu'il
demanda des nouvelles de Mejjaline * Mais
perfonne ne lui en put dire> âc il n'e« tprîc
que huit jours après.
Nos Voyageurs étant un peu repofez $ 5c
dèfîrant avancer dans le Pays , allèrent au
PoJJidome , où ik s*embarquertnt fur la Mer
dtSércmté , 5t firent voile au Mmelas , ou ils
firent quelque fcjôur. Pomponius y \it une
belle Lunoije, qui lui livra de fi rudes ailaurs,
qu'il fe rendit, fon Elclayc, 3c la pria de per*
mettre qu'il portât fes chaînes. La Demoi*
felle charmée de (4 conquête y conicntii. Pi-
y«ï ayant fait luffi quelque connoilTince, ils
engagèrent la compa^nieà paflei quelque icms
ZVLMemUs, pour s'informer des paniculari-
- tcz
tes du Païf , afin de ne pas errer de cote
cTautre & de pouvoir prendre une route
£mre aurcs pariicular tez, on leur di qu*il
y avuit un Vallon, où l'on trouvoic tout ce
qui fe pcrdoit fur ia Terre j que ce Vallon etof c
fituc entre le Vtcnyltuiôc ItCtnjllus^ qucd^
la . en coto'iant la Mer de Nt^ar , ils paflc»
roient parle Fracdji^r ,d*où ils iroiem au Sftrl»
IfUii que le «.heminctoit un peu 1ong& dif-
ficile . parceque c'étoii un Païs de inoniagneSy
mais qu*i1s (crtMeni dcdonamagez de leurs pei*
nés par a ue de la plus rares Bibliothcqiae
qu*on pi. ff imaginer i puifqu on y voit tous
les Livrer qui «'m été 0c qui (erum faits for
la Terre, avec les noms Jclfu s véritables Âii«
teuis. IU|>rtTenr unGuide,dc allèrent au'i>i#-
nyj$us , qui eft wne pede Ville marchande.que
lave la Merde Ne^/^r. Ils n*y firent pas lui
lon^ rejour , à caufe de Tardeur qu*avo t Fi»
fin dtvt^ir le fameux Vallon. Ils y allèrent
atec leur Guide qui s*appeiloit AUnds, & qui
leur fcrvoitd'incetpr te.
[La première chofe qui frapat les yeux de
Pompon'iHs, fut un grand Se vafle hiagafin di
Pucelages très-bien ^a;ai fie (î plein ^ qu*à
peine pouvoit-on marcher dedans. Nos Ko*
mawi nt f^avoient ce que cVtoir. llsvoïoicnC
certaines chofef, faites d'une certaine façon,
qu'il eft plas facile d*imaginer que d'ccri-
T*. Al y en avoitde «ubans, de dragées , de
confitMrcf, d*or, d'argent, de pain, de bled,
de toile, de pois, dcfcves, ci'efperance, de
bleus , de verJ.s de rouges . de gris , de blancs,
de noirs , d'amarillis, de fatin, de dantelle,
de collation, de vin, de fruits, de pocile, de
jnufi^uci
. ( 73 (
imufique , de peinture , de belles parolcf , <!•
bonne mine» &c. il yenavoitqui ponoient
cinq , (îx ou frpt crans , de quelque fois davan-
tage, LU avoient tous une étiquette, où étoit
le nom des perfonnes à qui ils apartcnoicnt.
l.e hazard voulut que Pomponias combat fur
le fîen , qui étoit double Ôc de peinture. Il
trouva' fur leBillet :Pompokius £t Octa-
viB. Cela le dt rougir. Pijon qui s'eaa^er-
ÇMi, !c prefla d'en dire lacaule. L'interpic-
te pour lui en épargner la peine , dit , qu'appa-
re minent Mondeur avoii retrouvé ton Puce-
lage. Pifon fe mit à rire , ôc demanda fi c'c-
loii-la des Pucelages. Menas lui dit quViit.
Cotb^eu, continua Pijcn ,. je ne Taurois |a»
mais deviné: Mais, puirquecelaeftainfi , il
faut que ie cherche le mien : je m*aper^ois
que Vomfonius a m' s le fien dans fa ^oche$
î*en pourrai bien faire autant : il cil permis à
tout le monde de ^fendre fon bien où on lo
trouve. A force de chercher il trouva celui de
Prifcus. Bonne découverte! s'écria- t-il. Com-
bien m'en donnerez-vous, Prijcus .' Celui-ci
qui croïoit que c'éioit une plaifanteriede Pi*
Jon , lui dit qu'il ^r lui donhoit. Pifon le mit
dans fa poche ; <k nous verrons tantôt rufage
qu'il en fîr. CeUr trouva celui d*/!^r4/;«y,
qui étoit plein de r&ùille. Cétoit un vieux
Pucelage de fer » qui paroifioit avoir eU là
lame fine & de bonne iren*.pe. Il l'attacha au
cafque d*E^natius » fans qu'il s*en aperçût.
Prijcus trouva celui de Mejjalîne, Ôc dcman*
da à Pifoh combien il lui en donneroit. Gardez*
le , lui dit Pifon : je vous l'achèterai pll»^
cher q|ie vous ne penfe z s ic vous le paiera
J> bien-
( 74 ) ^ .
bien. Mais ce qui me tavhe , je ne i^auroii
trouver le iniea : je f^^i cependant qu'a iret«
zt ans \c Pavois place à fond perdu. ]^*eft«
il pas, dit PompQmui , avec celui de votr«
foeur \ Non, dit Pijon : je n'ai pas ctc jf«/>J-
Ur jufqu'a ce po»nt. N'eft^il pas , dit Prt/cus,
jivec celui de Grecina f 11 y avoir long-tcxns»
rapanit Pi/ê»»» que nous ne Tavions plus^ ni
Vun ni l'autre. Egnaiius s*écria qu'il avoît
trouvé celui de Celer lur une botte de foin*
Tout le monde jetta lesyeu&fur lui , 3c fe mit
àrire,non pastamdecequ'iïg»4/itfidifbir^qa«
devoir (ba Pucelage faire le pennache furCon
cafque. Pomfomus lui demanda celui de OeUr ,
pour voir s*il ctoii feul 5 6c i*ayant trouve de
bon alloi , il le rendit à -qui il aparcenoit.
Il n'-y avoit plus que Pifon qui ne pouyoîf
retrouve! Ton Puctlage. Monfîcur , lui dit Me"
nas , fi vous voulez me dire votre nom > \^
vous aiderai à le chercher. En vérité, dit-i'i
je m'a pelle Pifon, Moniteur , continua Menas,
il y a ici bien des Pucelages de ce nom. Lu
mien , dit Plfin , eft un jeune Pucelage , qui
ne peut pas avoir plus de cinq ans, de treize
à dix. huit , je ne me trompe pas Voyez un
peu, je vous prie, 11 vous ne lereconnojtrcz
point à la dent- Il doit encore maïqiicr. Il
faut que vous fçachiez, Monfitur,dit Af#»4/,
qu'il n'y a point icy de vieux Pucelages, ils y
viennent tous jcanes , ou bien ils n'y viennent
pas di| tout; Mais par hazardne voiisapelle-
riez vous pas Sulfitius Pifo .* Vous l'avez dir,
repart t Pifon, Si vous fçavez de mes nou-
velles, ne me faites pas languir pour me Ic^
aprtnd;c. Monfieur , , lui dit Mtnas ^ je fç-û
ttt
(75^
©îi cft votre Pucelage. On l'a (ait voîr aux
Etats de notre Pays, comme une pièce rare.
EfFe£tivemenf vous l'ave/ mis cent foisal*c«
preuve » c*e't 2*dire , que toutes les perfbnnes
qui vous ont accorde quelque ^avêur> feront
imaginé Pavair^ Se vous n*avez pas été fâ-
ché qu'elles l*ayent crû. Il cft , Monfieur,
de plus décent crans de toutes les couleurs 5c
de toutes les efpeces iniaginablc5« Ccll tn
vericé quelque chofe de Fort cuiieux. Les
Adminiftratêursrom fait mettre dans une bo<^«
tede coton pour le confcrver , & ils l'unt de-
pofé dans le cabinet fecret ,oii Ton garde les
Pucelages dts Rois , Reines » Princes & Prin-
€e0€s, Atteniez moi ici un moment^ je vais
chercher celui qui en a la^ardc ; il fera ravi de
vous voir. Plfon ne f^avoit que pcnfer de
cette harangue : Mais agi^'ant en homme d*c(^
prit^ il commença à en t ire le premier j 5c pour
iie pas perdce de tems , ils ft mirent a vifîter
tous les autres Pucelages. Ils en trouvèrent
d'une infinité de gens de leur connoiflance. M c-
mt Pifon y trouva celui de fa Soeur, qui étoit
noué avec un beau rilban bleuaceluidu jeu-
ne V$tturms, Il ftjt d'avis de le prendre : maii
auffi-iot changeant de Icntiment , ma foi , dit-
il, qu'elle le cherche, (i elle en a affaire. En-
fin le Cudode des Pucelages Royaux arriva ,
5c après les premières civilîtez, il introduifit
les Rom.û/is dans îe Cabinet (ecre». Il étoit
fort propre 5c bien garni. Pifon lui deman«»
^a Ton Pucelage. Pendant que le Cuftodc ou-
Vroit U bi- c e 5t devclopoif le Pucelage , E^na»
fîusàh à U compagnie. (i Pctnfontus avoit vo'ia-
gc, je croiiois avoir trouvé quelque chofe qui
r> i Tin-
( 70
Vîntereflc -, voîcî un Pucelage întîfulc : Amtsb
PaïKCissBDlTyR & Pompon i us.
Celui-ci fut curieux de voir la pièce, Topt
le monSe Tad^fiira , parce qu'elle avoit bonne
mine &cioitci*une beauté cxquifc. Pomponms
qui fcavoit de quoi il s'agiffoîr , pria 4e Cuftodt
de luien faire prefent : Ce qu'il ht > moïennant
un rccjpîflc en bonne forme pour fa décharge.
Enfin parûile Pucelage de Pijon, qlii alla de
lui*mcaie (e mettre fur les plumes de cafqu©
de (on'makrc, où il fit une infinité de jolis
tours de paffc-pffe.en éparpillant une centaine
d'étiquettes , dont il étoit environné. Celef
en fil la lefturc. Il y eût quelques noms qui
firent rÔugirtantot Jf^xn de tantôt l'autre , feloa
l'inicrct que chacun y prcnoir. Après s'ctrc
divertis quelque tems autour de cette rare piè-
ce , Pif on en fie prefent au Cuftode , à condi-
tion qu'il mctiroit dans Çts Archives , qn'il
étoit venu à la Lune , qu'il avoit vu fon Pu-
• celage, & qu'il l'y avoit lai (Te. Auffibicn,
ajoûia-t-il, je ne le portcrois pas loin: J'ai a
Mtmlas trertaine inclin«tion qui vaut bien ut
Pucelage.
CHAPITRE XY.
Magàfm d'Effnt. Setref de la Poudre àt
Projenion, Mxurs des Hahttans de ïta^
caftor.
L
A Compagnie remercia le Cuftode, efl
(ortant* du Ma^afin aux Pucelage , U
- ^, Menas
C 77*^
Idenas la fît paffer j,ar un enJroît du'Valfon
tout plein de bouteilles âc Jde Phiolct. Vom.
■ tonms et vtciutc^ctoit PApoticairerieduPaïs.
11 cndit fa pcnfce au Gui^c, qui lui Jïf que
CCS Bouteilles contenoieni l'cfpnt dt^ctuxdc
i^l^r? ^«» i'^voient perdu, ou quiravoient
Jailic évaporer. P//a« rencontra entre autres
bouteilles un Hannap de criftal Fermé hermetî-
quement avec une infcrîpiion : Sui^jcB
^ I s o N. K'ed.ce pas là mon cfprit, diV-il à
f^eTfasr Oui , Mon£eur , lui repondit le
Guide. La Bouteille eft fi pleine , qu^i! n>
en peut plus entrer. Il vous ertcepcndam libre
de le prendre. Je ne vous le confeille pas,
dit Celer, Je jure Mercnn que vous ne le
garderiez pas plus long-tems que vôtre
Pucelage. Je crois qu'il vaut mieux le perdre
^T r^*\^"«^«"^- n eft bien ici. La boureilfe
«ft b!en rerrace.Laiflrçzle,(î vousm*en croies
■Du moins, quand on vousdcmandera , où cft
votre efprit, vous pourrez dire, qu'il eft dans
la Lune au quatrième ran^'dels Flacons de
^«•îltal , numéro fept p'us cinq ; tu lieu que
JJ vous le prenez , vous ne fçaurez plus au
bout d'une heure ce qu'il feradevenu- Voilà,
Mon , de^quoî voiis vanger', dit Prîfcus,
Voiez-Tous auprès de cette cruche une bou.
««'Ile quarrèe ? Que- diVelle > reprit ?îfon,
ÎABTus Cfler. Voilà une Julie petite bou-
««'11e, qui eontient une certaine liqueur claire
comme de l'eau d'i roche. Elle fent la diaWc- •
'»• de Naples \ pleine bouche. El'en'cft pas
tout a fait pleine j mais il s'en faut peu. V^us
nie paroîfTez altéré j buvez un coup de votre
Ciprit, & vous nous direz s'il ne /cm pas. urt
(78)
peu '€ brûlé. Bidîn , dit Cthr » donncz*mc^
cela. Il prit la bouteille, but la liqueur , ôc
s*en prouva fort bien. Pi fin caHâ Cn Han<^
nap, & but ce qui ctoit dedans à la {antc de
la Compagnie. Pcmponms trouva un petit fil*
conqui porroit fen nom : Il le mit à (à poche^
& refolut de n>n boire la liqaeur que quand
ia fortune l*auroit reoonduit à Kome. Il fc
trouva prefque une coque pleine de Pefprît
à^Egnaù'n : Il avoir un petit goutd*arineseci
haut qui n'ctoftpasdcfagrrable , à la barre il
étoit un peu plat f mais trois doigrs aude(fbt7i
il croit fort (St vigoureux comme du \^ de
fdltrne. Prifcus trouva lui*mème (à bouteillif
& la but , fans attendre qu'on fe aiequât de
lui. Mais ayant trouvé lâ bouteille de C4/(7;yf
il- n*en piH Jamais boire un goutte , tant fa
liqueur cioit acre & mordante j de plus elle
avoit un goiit de defcfperc, qui.étoit de fort
mauvaifc- odevr. Il chercha pac tout la bou-
teille de Platcn fans la pouvoir trouver. Menas,
à qui il s*en éio'n expliqué, luiditquc cePhi-
lofophe l*avoit repriie. Il e{ld«ocau(n venu
à la Lune /dit Prîjcus, Oiii , MonGeur , la/
répartit le Guide. Il s'y eft même Ci bien trou-
vé, qu'il s*y tft établi , 6c a forme une Réj>fh
blique , que les Curieux qui viennent en ce
Pays , ne manquent pas d'aller voir^ Où eft-
elle> àhPrtfcks. Elle cft, Monfieur, repartit
Menss , entre VArifioteÔi YHelicon (ur le bord
delà Mtr pluvtetéfi. Comme vous retourne-
rez fans doute vous rembarquer au Mejfalip
vous poui-rez prendre quelques jours d^av^nce.
Du MtJfjU vous irez à VHermh,de VHermh
kVAnfiou, tnCommdtVjn(i0fi\ou$ trmi-
vetc*
/( 79 )
Veres df ux chemins , donc ctlut qui va \ gao^
che conduit à VEudoxt, vous lelaifferfS, de
vous prenderez cehiiquîva à droke. llvooi
conduira au Platon.
Continuant leur chemin dans l'agrcableVaU
Ion 9 ils trouvèrent un vieux Manufcric qui
avoit apartenu kNuma Pûmfilms^ quiconie«
fioit la manière d*cxciter les tempêtes, de fai-
re tonner 5c dtfctndre la foudre fur la terre,
lis trouvèrent un autre gros Manufcrit en vc»
Irn bleu à lettres d'or, intitulé iChuisolts
Clavicula SaLomomi s scontenaat
trente-trois mille manières différentes de faire
de Tor. Fomfênms en lui quelques pages.
Comme il vit que le Livre croit enchaîné à un
gros marbre , & que leur Guide eût déclaré
. qu'il n*étoit pas permis de Tenlever > il fe con-
tenta de copier fur fes tablettes la manière fa
plas facile de faire la Poudré de Projt^hon, El-
le étoit conduis en ctt termes ; Sur a qui
mangea Saturne , croyant dévorer Jupiter.
Id bille cf charmante Aurore k la blonda
chtvtUte voit des ferles d'une excellente
beauté , qu*elle raréfie , éfaijjtt , enlevé , purge ,
détruit, La Mère du Monde nait dans 4$
leu'ja tête eft verte $ fes cheveux font droits ,
menus , ty portent des fleurs rouges nue les
bons ytux dtfcerneront bien. Ces fleurs
fréfaries par Vulcain , renfermées dans U
ventre d^un cheval, reffu/cite?it aux yeux
de Phœbus naijfknt cr s*éleveni vers lui pour
lui rendre hommage, il les tient quelque
ttms dans un humide fraîcheur que le voU
tigeaut 'V\:Ac^^ti doit dîljtper, Remettesi4es
dans le ventre d*une brebis : expoJeK,4es mu
D 4 hrA*
hruUnt Phcebus , juj^u^k te qu*tl Us ait
entièrement de(fechéês. La Poudre tni/k
fur Saturne fait lever U Lune, Si en e»
foudre Venus , Muffi-tot U Soleil parait,
tet , Aftre fi eh armant V tant defiré.
Mais fi la Nature avait formé Jur la^
tête é^un animal ratfonnahU le Pourpre,
dont j*ai parlé , de tout çeU tu tirereîs le
Soleil.
A peine Pifon eut il emendu la l«^ur«
de cm «ndroit , qu*il fe mit à plaifaoter,
difant qu*il avotc la Clrf de cet Enigme ^
& que s*il nt tenoit qu'à 1a Pourpre qui
croît fur la tête, ils ferôient riches avant
qu'il fût peu, parce qu*il a voit trois Efclaves,
dont les ch.eveux ctoiem plus rouges que.
du faog Sz faillie fit rire s & on continua
le chemin. E^^pi^/iMi vit une grande FaRcarte
attachée à nn Poteau , dont il fe contenta
de lire le titre quiporcoit : Loi Salk^^E.
Celer deiiianda au Guide ce que c*ctoii que
certains Oy féaux qui fe chaufFoieni au Soleil
Menas lui dit que c*étoient des Phœmx, Ils
firent une infinité d'autres queftions fur ce
qu'ils rencontrèrent, de leur garde les facisfic
amplement,
Enfin ils arrivèrent au Iracaflor , qui «ft
une grande Ville, fituéeau pied.d*une hau-
te montagne, que la Merde Neâiar arrofe.
Lcf Habitaiis de Fracaftcr font grands, H
portent de longs cheveux. Us ont les yeux
bleus 6c bien fendus , le teint blanc , le
parler fort , gracieux. Les Garçons y dif-
putem de la beauté avec des Filles , qui
îom les mieux faites dtUX^ioe. Elles font
t \
un peu lu jettes aux pâles couVuf«. Maïs
Is compagnte des Hortmes tes guérit cie ccc
accident. Les Lunoïfis p en gênerai , ou
l*erprit fort b'cn fait. Leurs Contrats de
Xiariage font fort (împ'es & fort commo-
des ; Elles donnent leur foi aux Hommes 5c
reçoivent la leur , à condition qu'ils joui-
ront enfemble des plaifirs du Mariage au-
tant de ttms qu'ils 5'aîmeront que (i "un
vient à fe dcgoûrer de l*-iutrf , il lui Yen
pernaîs de chercher fortune ailleurs . fans
que l'autre ^y puiffe trouver à redire , fauf
à fe réunir enfemble , fi la fantaifie leur en
vient. Quelquefois ils ne fe marient que
pour huit jours , un mois , plus ou moins.
Pour ce qui eft des Enfans nez dans ces
Wariages, ''Etat y a pourvu. On les cîe-
Te en commun ; les Gatçon% fcpacment
^ans de fort belles Acadeuties , où on leur
«prend tout ce qui peut former rerj5yit 3c
Je corps ; les filles (ont fous la coniui'e
»de Dames fages 5c de vertu , qui pr^îoent
foin de leur cducaiion. .Elles ont ceU de
commode, que fi elles accordent quelques
faveurs à ceux qui font afl'ez heureux que
de mériter leurs bonnes grâces , c'ics en
tont quittes pour renvoyer chercher leurs-
P«cel?,ges au Magafin. E les font d'une
difcretion ^tonname. On ne peut jamais
rien pénétrer dans Icuts. intrigues En-
fin elles font d'ivn fecret imjUbeirabh } Se
ont une iofinifé de belle? qualiiez On
a compofé a leur loiiangc urHymreq. 'elles
chantent adez volontiers, ôi doiA le rtfiein
eft.
D 5 * I^
( »» )
Ld ftmmt ijtVîmage des Dkuxi
On l*aimê , om i*ad0re en tous lieux ^
^mm
C H A PITRE XV r.
Bibliothèque du SneHinsL Séetnts A U
Soéeté. Doâlmne de Pifon fur U Vérités
Ce que c*eft que le PuceUge.
LEs ^omMtns alfertnt du Tracdfior an
Snellius > qui eft une Ville fort bien po-
licée. Lft Habittos y parlent naturtlle«
ment toutes, fortes de langues. CVft ait
Fa^xbo^rg de cette Ville qu*e(l (îtuée It
fameuse Bibliothèque , qui contient tous les
Livres qui ot« ctc faics 6c qui fe feront en.
corefur la ferre. Les Romains allèrent falutt
le Bibliothécaire nommé Sdmar, homme
d'ef^ritSc nniverfel,& quiconnoit parfaite*
ment les Livres qui (ont confiez à fa garde.
11 reçût fort bien les Romains, & leur fit
voir la Bibliothèque ^ qui a <^arame mille
de long fur cinq* mille de large. , Les Ta-
blettes en font magnifiques , ^ toutes rsm*
plies. Les' Livres y font diftribuez félon
le tems quift doivent paroitrc. Le pre-
mier qui frapa Egnatias , fut un gros in fp*
lio qui doit être imprimé en l*an du Mon-
de 9999» intitulé; ViB$ DBS SainTS
Dl LA SOCl£Tfi* pi JbsUS Lsu-
' tfur
tcttr ob(crvc dans la Préface ', quVncort
].<que tous ceux qvi. compofent cette Cotn-
gnie foïcnt -Maints « il a cependant jugé à
f»ropos d*écrire la vîe de ceux qui fe font
c plus dîftinguez dans la Société. Il re-
marque de plus , qu*on doit prendre le cooa-
xnencement de l*établi(Iènient de la Socié-
té en Tan du monde 4000. quand ^i/ui
ion fondatevr dit au premier Profès de cet*
te Compagnie : Tu ftras aujourd'hui en Para*
dis Mvec moi. Celui à qui Je/us dit ces pa«
roîes, fût pendant la rie un module de cha-
rité Jefmtique. Il n*avoit jannais rien tant
aimé que le bien de fon prochain. Com-
me il feroit trop long de £iire Tanalyfe de
ce pieux Ouvrage , )e me contenterai dt
citer que^ues Saints , dont les noms (bat
écrits en rouge.
On Y voit entre autres Ifait Evêque de
Jihodts ic jilixandre Evêque de Difpolis en
Thraci» Dans la Perfecucion que Thodors
£pou(ê de JuftinitnfufchsLzux Phitofophes,
(il edbonde remarquer avec T Auteur, que
It Compagnie de ^efuszdeê Sujets dans tous
les Etats) ces deux Prélats qui étoient initiez
aux Myfteres facre;s de TAmour Philofophi-
^ue, répandirent généreu/ement leur fâng
pour ThonnAir de la Phïlofophie. Enfuite
on voit les noms de Theodpfe V^^tà^jintonme
femme de Bellifaire , ôc de Bafien Page de
Thtodora , tous deux Martyrs de la Société.
'^mà^de leur eft >«int comme Confe fleur.
Onh'c ^fuite les noms d^une infîhtîé de
Pontifes Bomains » le dernier de ces Pcmtî-
fts cctit en lettres rouges eft Jta» XXIII.
D 6 dont
(16)
fépondît Sâmâr , je fçaî ce qtie vous vonlea
» dîrt. N*cft-ce pai un TrAtti d$ la Confij*^^
fion Auricmlairt iontrt U Minifirt I>MtlUf
Oui dit Ptfrn » U t^ imprima comme cc« '
la \ mifs le Titre ëcrit à la main contient :
TrMduâiïon Irawfoife di Pajfégts Latins , qui
•n$ quelque raport à U Cênfejftên, Qu^efi-ce
que c*e(l» Monfieur, que ctixt Confef^n f
SI vous le fçaviez , dit Samar , 9c que tous
Toulufliez roublier, vous n'auriez qu*i ff«
rt le livre dont vous avez lu le Titre. Je
pots vous aflûrer que la Conftjpon Auricu^
hùn n*eùt iamais de plus pitoïable dcfea-
feur que ce Tradu^eur. S*il n*eft pas
plus éclairé fiir les autres Articles de fa Ère"
Jigion que fur celui-là , il pourra faire 0H«
Yenemem profeflion d'ignorance , fans apré«
hender de fe trop humilier. Au rcfte^ îl
eft' mutile queje vousdife ce que c'eft, parce
^^ que cela me conduiroit d»is un détail, qtti
Imie pdurroit que vous «nnuyer.
Moniteur dit Pri/cus , voi^à bien des
livres. Vn Homme qui fçauroit tout ce
qui eft là-dédans , n'ignoreroit rien. Quedi-
tes-vous, Moniîeur > reprit Samar, J'ai
lu une infinité de ces Livres; i*en fais lire
Un grand nombre par des gens qui m*en
font î'analyfe j 8c cependant je vous jure
que )*i;{nore encore bien dt$ chofes > mê-
me «(lemiellfs à l'honnête homme. Par
exemple je ne fçaî pas en quoi confîfte la
Veritt* ; 3c «tous autres Gens de l'autre
Monde , (ï vous le fçavez ,Ôc que vous vou-
liez m'en inftruire , vous m'obligerez fenfi-
hlement.
(«7)
, Byarfft Celer ^ plufiturs forte« ê^tf entent
'.fcoiquc la Vertti foii unt , cll« a pluficurs
^ ncbes. Il y a des VtrtteK iterneUis, Jt
expliquerai, dit Egnatius, Il y a des
ntex^ Phyfiques , continua Celer, Bon ,
fft pour moi , dit Pifon 5 c'eft juftenicnt
i de mon gibier : mais n'y luruit-il pa#
es Veriftz, pdffageres pour Pompenius > Vouf
e taillez bien dt l'ouvrage , dit Sêtnan
mment pourrai- je retenir tant de chofes
4 la fois > que cela ne vous cmbarraffe pas»
pMonficur ^ dit Egnatms : Pifon âura foia ^
d*cgaycr la converfation.
Les VeritesL éiermlles font celles qui exif-
tem indepcndcmmcnt de nous, ôç qui mê-
me font malgré les Dieux , de malgré nouf.
Les Dieux peuvent- ils faire un bacon Çznê
deux bouts , une triangle fans trois angles \
Pi/en ircme avec tout fon fçavoir faire ,
peut il empêcher que le tout ne foit plut
grand que fa partiel Voilà, dit PiJom,d%
ylaîfantes Vtrttez. étemelles , que vous nous
détaillez. Que vous ai-jc fait , pour me
mettre en ieuî Morbleu, ne me prenez pas
pour garand d'une fauffetc- ytnx9i%et »
quand l'cntens faire des fuppofitions fcm-
blablts aux vôtres. Il n'arrive que trop
A>uvent que la partie eu plus grande que
le tour. Quand }e penfe à Jupiter, que je
m'en forme une idée comme d'une être in-
fini, cette penfce n*cft qu'un mode , une
modification, ou (î vous voulez* une
nouvelle entité de mon ame. Ce mode,
cette modification , cette entité n'eft pas
mgo ame. Si c'ctoit mon ame » faurols
bica
bf«fi pfuf plutôt fait de le coRccv#tr ti
égard à mon ame» qu'à fes difcreni acci*'
dcn^s. Comme i\ arrive fouvcnt , qu'en-
penfant à cela, ie petife aufll àautrechofè»^
on De peut pas dire , que Tidre que j'ai de'
l'inre infini eft mon ame en tant qu'elle
penfe à l'Etre infini; puifqu'en penfani ea
mcmetems à Efnatius, quoiqu'il loit renfer-
mé dans l'idée de l'Etre infini* qui contient
tous les autres Etres, ce font cependant deux
differens rapofts , que mon ame ne peut
avoir qu'aui^nt qu'eUc cft modfîée ài^
verfement. Je pen(e à l'Infini . qui tft l'E-
tre îouvetaîn , voila un des modes demoit
amr } je penfe en mcme tems à Egnatius ,
qui fft fini , voi à r>n autre mode. Mais,
ces deux mod*»»- ne conftituent pas toute
«non ame , pHifqu'elle peut en aVoir en mc-
me tenos une infinité d*aurres. Or cette
pcrO^c par laquel'e ie réfléchis fur l'Etre
în^nî, n>{V, pour ainfi dire , qu'une par-
ti*^ ( paiîîy moi ce mot ) Je mon ame ^ mais
Uîf partie, qui f'étend à Vit^fini , puif-
q /e]le Te porte <V fe mcfure à l'Etre infini»
Sx "'*me ^ft ce qu'ele penfe ♦ la prnfée doit
c re ce qu'elle reprcfente. Ergo par con-
lè-:uent , mon cbet E^riMîtus , mon ame
et nt un Erre créé, fini, borné, n'a pas
lan: d'étendue que fon tnode . fa nio^ff^ca-
|i n, fou ^mhé qui fopr infitie* , parct
qu'ils ^e portent à un objet infini. Vous
raifonncz, dit Pci^pnnÎHS, à que ques prin-
cipes ^'rcs , !\(ltz jiiftes, iufqu'n la confe-
^uenci^ mais, pour vous en faire fentirl'ab-
Ùxdut, dites- oioi ce que c'cil que et mode,
' cette
N.
. ( «9 ) . . _ .
^m€ modification, cettt tnnti , <\vA tient l
qui procède ,' qui eft uit .accident de votr«
auie, fans ccperûiant ccrc votre ame«
Vou» lui en demandez trop, dit Prifcus.
Je ne croyois pasmcmc, qu'il en fçûttant.
Je vois bien, dit Pifcn , qu'on ne vous a
point donne d*eau fraîche en vous mettant
au tombeau. Si , comme moi , vous n'a-
viez fait votre Metaphv;fique qu'après être
paflc Maître en Fhyfîque , vous n'auriex
pas de peine à* concevoir, que la partie
peuç être plus grande que tout. Je m*hu-
manifera^ jufqu'a vous tendre cette vérité
fendble par une Expérience Phyfiquew
Un One* d'Encens eft plus qu'un Grain j
par confcquent, G je vous démontre , qua
ce Grain eft , phyfiquemcnt parlant, pkf
que rOnce , j'aurai gagné. Je le^rouve.
L'EflTcncc du corps confifte dans l^phdu'é»
Ulargûenr, la longueur & la profondeur. .De
l'Once d'Encens dciachezen un Grain de
le reduiffez en fumce, il s'étend dans toute
la fallç , au lieu que 'l'Once n'en occupe
qu'une très-petite place. Ce qui f?ape
vos narines eft un corps, fcnfible , qui fait
imprcdion fur vous, 3c qui affede yotre
odorat. Ce corps eft étendu, puifqu'il
agit fuV toutes les perfonnes qui font dans
la Salle; or il remplit la Salle, ce n'eft
cependant qu'une partie de l'once qui n'en
occupe qu'une tres-pcite place ; Ergo-, par
. confeqiïent la partie eft plus grande que le
tout, fc le tout eft plus petit que fa part^ie.
Vous êtes , dit Cr/<rr, aufti fçavant en Phy-
qiie qu'cjtt Methaphyque. Si oa bcûloii
f Once comme le Grain , |qut itvxtnivok
votre Sophilme \ Il i*en iroit en fumée, dit
Pûwponiuy. Corblcu , répartît Pi/on , à
quoi Diable , Egnatius a-t^il penfô de me
faire débiter cet fàdaifes } Si i*ai mal dît »
prenez tous en à lui ; qu*il continue (a tbe«
fe , il y fera plus embaraifë que moi. J'en
ai afièz dit , pour me faire entendre des Per«
Tonnes dVfprit , répondit Egnatim, Quand
on a une fois un Principe , on va loin»
principalement quand on à refprit auf& vif
que Pifon.
Je vous jure Rollux & fcs autels ^ dit PU
fên , que je ne vous en dirai pas davaAtage
fur les Veritez, Phyfiqtas que vous en avea
débité (ur les éternelles. De toutes les Ve»
rinz il n*y en a point de plus fenfible que
la Verhe Phyfique, Tout ce qui eft réel,
qui 4|^ & qui 't(k oppofé au néant , eft
identifié dans une Verùé d'Etre fort phyfi-
que ; j'explique ma penfée. Je vois Grf
€ina dans Teau : je l'engage à gagner terre:
)€ la renverfe fur le gazon j je fais avec
elle ce que Jupiter a fait avec Danaé , Aie-
mené Ênrofe , Semelé , & une infîniié d'au-
tres, avec lefquelles il ne s'ennuyoit pas.
Voilà ce qu'on apfitle une Vérité Phyfique,
Deux corps joints enfcmble , Ôc doiiez de
la venu procréative , ont alTcz d'efficace
pour en faire un troificme. Y a-t-il rien
de plus Phyfique l je fuis Pifon 5 Rome la
Capitale du Monde exifle s ^lous femmes *
dans la Lune : toutes Veritez Phyfiques : j'en
ai dit aflcz pour des Pcffonncs 'd'efpnfi
Vous me raillez , reprit Egnatius.
'Pour
( 51 )
?our moi t continua Pomponiuff vous né
me raillez pas. Je vous abandonne les Vi^
rit ex, pajfagérts. Ceft, repartir Pifon, ce
qu'il y a de plus beau a traiter' fur ceft#
Queftion. Concevez une chofc réelle > de
qui cependant ne' fubfide pas ^ vous aurtx
une Vérité faffagire. Ma propofition vous
fait rire j elle quadre cependant prfalte«
ment DÎen avec le bon-fens. Le Putelagi ,
en gênerai, c'eft un chofe réelle, êc qui
cependant ne fubilde pas ; ce qu*il m*eft
facile de vous démontrer. Pour cefler d'ê-
tre, bI faut qu'une chofe foit. Or un Fu^
ttlagt peut ceflcr d'ctre t Par ccnfeqaenr ,
tl faut- qu'il foit , & qu*il exifle. Item : On
ne perd que ce qu'on a , Se on ne- peut pas
perdre ce qu'on a pas } niais il n'y a pref-
que perfonne qui n'ait perdu Ton Pucelage ^
témoin le Magafln que nous avons vu l'iti-
tre jour , aind le Pucelage f ft quelque chofe de
réel , puifqu'on peut l'avoir 5c le perdre .*
Par confequent, il y a des Pucelages -, mais
ces Pucelages ne font ni corps , ni cfprit }
tout corps eft étendu en longcur , lar*
geur & profondeur j ot le Pucelage, n'eft
rien de tout cela ; par confequent il n'eft
pas corps. Tout ce qui eft efprit , penfe^
mais un Pucelage ne penfe pas } ainfil'on ne
peut pas dire qu'il foit efprit. On ne
conçoit rien qui fubfifte, ^ qui ne foit ou
corps, ou tfprit,ou l'un & l'autre) mais
le Pucelage n'eft ni l'un ni l'autre $ ainfî
il n'cxifte pas. Il y a des Pucelages , je
veus Tay prouve. Il n'y en a pas, je votis
Tai démontrée Voilà un plaifant Sophif^
... ( 90
U, âtt CiUr. Je fuis répondît Ptfen, âêa$,
nr belle humeur , & )e me fens en ciatdft
Youi donner dcsprcuvesdeU folidûc de moft
îu^emeat.
<«.'•«>.« *b
fCHA P IT RE XVII.
fluèffton curUufe , 5V/ y a uni CrÉatan
nubtU qui au fon Pucelagt. \
PRcfez-mo' , fe vous prie , continua PU
fon, unr arfcntîon ^avorab'c. Ce que
j'iî à vous propofer i m ère (Te tout lemonHe.
Croyez- vous au*iî y ait ^ur terre uneCréa*
ture nubtlt ouï ait f$n Pucelage } Oièi ,ie le
croîs, d't Prîfcus, Le Sage, doit fe meitre
au>de<ru5 ^^9 plaîfirs des ^ens. La raifoa
do • le <^omîrer. La chair doit lui obfïr .•
Et fupofé que le Saste ne veuille ^ts fc
marier , il peut & doit £>arder fon Pucelage.
Il 'e peur , parce qu'il eO maître de (es paf-
fî#"s. Il le doî^ : la Virginité fût toûjouri
un bel ornement. Je ne connois pas de ver-
tu qui d'ftingue p^us l'homme des betès»
que la continence. Moins on s*adonne aux
plaifîrs des fers, plus on a ÎVCprii libre &
dégagé des objets , qui l^cmpcchtnt de con-
templer la figeffe. Plus une Conquête a
de charmes èc d'appas « plus elle eft proora
à troubler !e coeur. Je ne reconnoii p'us
1t Sage dans €ts émon'ons volontaires , ou
U chair domine fur i'efprit^Ccs fcrviccsain-
( 93 )
S » qui nous attachtnt à robjet Je nos
rs » fcmcnt rfifdavige. L'amour & la
erté {ont deux chofet diametralemeac
ppoCccs.
JuU^u'a prcfent^ ditSdmdrp j*aToîs crA
«.•■^^uc la chafteté nVtoit pas une Venu RO"
fnaint s Mais vous en parlez en terme* fi
«na^aîfiqqet » qu*il pai'v^it bien que vous
Cfes pcnciré de ce que vous di^es : Tat
teà jours eu , dit EgnattHs , une eftime par«
ciculierc pour les Perfonnes chaftes ; ic
Tcfpeéte ii rcvere la chafteté \ mais fe ne
f uts la pratiquer t fai cru que c^ctoit la
saarque d'un efprtt bien fait » que d*aimcr
ce qui eft aimable. Nous eftimons d*an
prix infini les Statues « qui font TOuvra^e
des Maires de TArt : cependant les mieux
laites n*ont n'en qui aproche d*un corpi
bien forme: Qe plus elles (ont deftitucef
de vie Ôc de mouvement 3 tinfi elles ne peo-
Tenc répondre à notre eftime : Au liea
qu'une jeune Perfonne belle & bien faito
à cous les avantage dt la Statue la plus
parfaite , Se outre cela répond à notre
ampur , Ôc nous aime autant , de quelque
** fois plus que nous ne l'aimons. Pour-
quoi les Dieux ont-ils fait la Beauté, (î ce
n'eft pour tracer un crayon dç leur image >
Plus ane chufe aproche de la Divinité , plus
elle eft digne de nocre refpcé^ 5c de notre
amour. C'eft aimer les Pieux, que d'aî-
mer ce qui 'eur rtîTemble. Il fuàît d*c«
coûter la Nature 3t de la laiflf r agir. Cet-
te excellente Maxcrcfle captive d'elle- m^-
(94)
mm mot ccrors ^s i'a^cablc joag dts pTi
tendres pUifîrs dt Tamour.
Vous partez ivftc , dii /'i/^. Les D^
•ot aime 5c aimem toMt lei fOurs. Pour^^
qoot n*aijiitnoBS noas pas l Ne voiu loo^
Tcnez-^otts pîus » die Pemponius , combiea
il vous en a corné ,* pour avoir voulu les
inuter ! Jt penfe qn*il y paroi( encore. Je
nie Aûs&ieo dcdommagé depuis ce teins* là»
reparut Pijor.^ Après avoir iettc mon pre*
mier feu » j'ai hur choix de deux Maîtref^
Tes y dont l'une m'accorde tout ce que je
Teux , celle-là eft pour mon corps : L'au-
tre me refuie tout esccpféf qu^elle me per«
met de fut éciire quelque fois, & qu'elle
me fait volontiers rcponfe: Nous avons cer«
tains tems » où nous nous parlons % maif
fc n*ai pu encore obtenir d'elle qu'un baî-
fer fiu- les aimables lèvres, encore fùi- il par
manière de carême accompagne de la moi'«
tic d'un fouâct. Je crois qu'elle n'en fît
la grimace , que peur me faire valoir la fa*
veur que ie lui tvois extorquée.. Sansdou«
te y dit PrifcMS , que (î elle vous eût donné
le fouâet p vous l'en eudiez remercie } Il
faut tout fûutfrir des Dames , repartit Pi-
fon. Que U iage dit Prtfcus , cft éloigné
d'avoir de telles pcnfées ! je fuis charme ,
dit C^Ur , d9S Icntimens de Prifcus, Son
amhoriîe eft d'un grand poids , puifqu'il
ne d t rien^qu'il ne pratique ; je crois a u(^
fi bien que vous , dit Pomponius , que Pr//-
€us a Ton Pucelage : Mais » combien lui a-
tvil coulé à lé garder: j'aime une Vertu fa-
cile: je dois, repartit Egnafius , ttndielfrfi
m
( 9H)
ce témoignage , qui c*eft le plus hooi*
hoimne que je connoifle-: ie Tai vûcle*
^ de }e fuis tcmoin de rinnoceficcdefef
urs s je ne l'aï jamais vu fréquenter les
aines 5 5c je rcpondrois fur ma icte ,
*il a encor (on Pucelage. Morbleu^ dtl
i/on , vous la perderie2 , Croïez-voHs que
fm Jaat que vous étiez à Tannée a faire
ordrt Ia foujfiert aux Enntmts du Nom Rom
Ain: croïezvous,dis-je, que Pri/cHs , qui
i-f inter«ile d fort à la confer Atidn du Genre
■&u(uaia ,,fàt le voir détruire fans s*yop-
foicr } Peut-être a»t»il donne autant de Ci-
loïens SL Rome f que vous avez tué d*en*
j nemis à U guerre. Q^i'ea peniez-vous «
PriCcus \ La Philofophie con(iile*t-eileàre«
cevoir de tous coiez un enccas qu*on n*a
pas mérité f (Jn * peu de grandeur d'ame (
5c avouez que -vous ne f^avez ce qu*e(t
devenu votre Pucelage. Vous êtes Hjin*
me^ & de plus Romain j c^en eft aflez pour
▼oui excufer. Prifcus ne répondit rien \
niais rougit en fouriant. Poir moi, dit
Celer , je fiiis du fentimenl d'E^natitéSi 3c
je mettrois ma icte que Prifcus eft encore
Vierge. Kc voulez. vous pas , dit Pifon à
Pom^tnius , y mettcc aaili la votre ^ je ne
répons de peiTonne, dit Pamponîits* Vous
faites bien , dit Pifon, Au rcfte . dixfrifcHf,
Voire (îknce fait que je voo& épargne.
Bites tout ce que vous vouJrez , répon-
dit Prîjms : c'eft fans confequence. Vous
Oïe le payerez , \i réprit Plfon i Recon.
noûfcz vous , dit.il , en tirant de fa po.
che le Pucelage ,dc Prijct^si de qui ^^ re
Bijou
(96)
3\\on f Oh ! qu*ll cft jolî ! Oh ! qo^îl eit
aimable ! il dl tout confît dans la plus
fublime Philofophie. Le Jage peut i-r d4nt
^Arderjen Puulagt. Je ne cênnoispas dez/er*
tu qui difiirégue plus P homme des bêtes, qne
la continence. Vous c es mordant , du
EgnMtïus j ie fuis pcrfuaae que c*e(l un tour
de votre fa^on Vous avez pris ce Puce-
lage dans le Magâfin, 0c vous avez chan-
ge l'ctiquetfc.^ Lifez , repartit Pîfon .-Cor-
bleu « ce n*eft pas là de «mon écriture. U
se vous en impofe pas , dit Prijcus : Ccft
une toli de ma jeuneÛè. L'Hommeleplus
fage eft celui qui paroi t le moin s fou : j.*ai »
comme vous , aime la Beauté avant qu«
d'aimer la iagefle : Mais ie me luis fî bien
retire de ce penchant , que je ne crois pas
avoir fait de folie depuis rage de vingt-cinq
ans. Bon , dit Pifon ; >*ai encote ftpi aas à
me divertir ; après lefquels je pourrai pen-
' fer à la (àgeife. Pour peu que je f^ache garder
]fis dehors , jt uedcférpere pas de trouver
à cinquante ans des Egnatius &. des Celer ,
qui jureront (ur leur tête que \t fuis plus
chafte que jD/4»/, Vous prouvez aflez bien ,
dit Celer , que Pri/cus a aimé , mais vous
n'en pouvez rien conclure pour la théfe gé-
nérale. En railonnant fdon ma Logique, ré-
partit Pî/t»,lafhefe générale eft drmontrée;
it fans trop philofopher, l'Homme du mon-
de , dont la venu eft la moins fii(pefte , celui
pour le Pucelage duquel dtui iJluftrcs Ro'
Plains expofcnt leur tcte , un philofophc
qui eft l'exemple de la Ville éc de la Cour,
doit avoir fon Pucelage , ou perfonne ne
r
I
{97)
fhi il ne !*a pair j ainfi qui ofc fc vanter <?•
Tavoir^ Dt plus^ fai lù de bons fli de fçi-
vans Auteurs d'une cruditi«n confoia»
mce , qui répondent caihégoriquement à )a
f' Queftion propofce , & décident qwV/ n*y
ajur la titre aucune Créa lur 9 nubile , qui me'4*
re avec j on Pucelage. Jevouslos citerai vo-
lontiers « de quoique tes PaOagcs v«us paroi(«
femun peu tirez de loin^ je vqus prit -de
ne les pas rejeitcr , parce que \t fuis fonde
en bons & anciens Mannfcrits qui con«
tiennent de» vcri^ezinterc fiantes. Pour com-
mencer par les Poètes » vous f^avez cet
Ycrs d*^H0rMce*
Audtet CîViS dcufjfe ferrum ,
g«<? graves Perft tneUus périrent /
. Kara Jwventus,
t-edode Btquetîus dans /on Comnien-
ttire fur Horace , explique ainfi ce Paflàge l
il efi rare de trouver des jeunes Gens qui
n'ayent aigutjé leur lame pour percer ce qu'il y
* de meilleur dans la Ville. Cela ne prouve
rien, dit Celer. CorbUu , dit Plfon , voui
êtes aufii vif que moi*, Da moram. J ai rra«
dition. fecoûtcz-moi feulement en patience.
L*amottrcux Ovide étoit du nnème fentimcnt
\v: Horace, il s'exprime en ces termes;
Cur ego pop negem mtnuî mihi C^farîs ird ,
Cum vîdeammites hoftibusejjè Deos.
Ce que le favant Trr//«; tra^^it fort bien ,
f n proum le fens de l'Auteur à la volée ;
^ T & §ludnd
(9*)
fludnd^e vpisâk^û, ^mUs Dieux me trattiHâ
$m emmemifji mfmsfas mtr, qtie UcoUre da
Ceié^rne m'éMchssri, Ce paflàgceft expliqué
phis clairement par no autre , où le mêm»
Auteur dit t
An ntfcis Ungês Kephus tjfk manms ?
Ce qui dgaifie : hle ffavez»vêus fas qui
Us Rêh l'ont fins long que le bras r Par
Mifcure , dît Celer ^ cela, ne prouve cacorc
n'en. Donnez-^voes patience » dit Pifon»
Vtrple , le chaftc Virgile cft clair fur Tar-
tide t
Psnditnr interiê *!•»/ emmfotentis Olympia
Ce que Aidrcns Yehrianus traduit : je donné
Ufouns, »... Ah > s*ccria Prifcus,
faites-nous quartier fur cet article » ou du
moins dites quelque chofe de fenfé. J*y fuis,
dit Pifin^ Il faut vous contenter. Je m'en
tiens à Horace. Vous f^avez ce qu'il reu
dire par ct$ mots :
JEqti^ loge necejfttas
Sortïtur inpgnes er tmos ?
Omne eafa» movet urna nomenl
Ttxierus leur donne ce fens ; C*efl une \uf*
$$ Loi que Uneeejfité a établie, que les grands,
^ les petits doivent remuer dans fume eiè
touffe fait. Comment, dit Pemponius\votr9
Coramootateur interprète- t-il ce paffage
é*HorêCê i ♦
mrâi
< 9^ I
Karâi far vus Ontx Mllcîtty Cadum,
^i nunc Sulpicijs accubat homis^
Autant que je m'«n puis (buir#nîr , ré-
>arnt Pifen , il l'explique ainû : U icrafer€
yNard/és , ^i#i V oblige par un fufliu hcrnhU
. ^^y^ coutiotr fans remuer Us fetits va/es qui
I ^ntientunt une ligueur prêcieufe. y^voh biea
j prévu dit Prijcus , qu*iî faudroii capituler
\ avec vouç. Non je me rends, reprit P'tfors,
*uai$ a condition que nous ne t'etiendronc
pas plus long tenas ici Monûeur le Biblio»
*hc aire. J^aime micui îaiflfer la Qucftion
^«Jecife, que de me brouiller avec vous.
Nos Rornains , en continuant ce difcours»
fonircnt de ia Bibliothèque , & prieicnt
Sàmar de vouloir bien leur accorder la gra-
^« <it Us y accompagner les jours fuivans :
^* qu'il leur promit d'autant plus volon-
tiers , qu'il avoit prit beaucoup de plaidr
^ )'ur converfation. B dit à Prifius , en
W ferrant la main :
§lB*une fiame mal êtetnf$
^^ facile à rallumer/
Zt qu\aves peu de comtraîntê
Cn recommence d^ aimer !
Vous ctesde nôtre fcntiment , dît Pôm^
pônius icela me fait plaifir. Vous nous obli-
Jerez de nous faire part de vos lumîtres.
lleuez*moi , je vous prie , de côté pour
demain quelque livre d'cfprît , qui en vail-
k la peine. £t moi^ Monfieur , dit Pi fin»
}e vous pne ie m>n choifîr qu«lqu*an tfal
mê diverttfle. Je fuit tout mciancoliqu*
<i*avoir parle des chofes férieufes. Il n'y a^
dit Samar , aucun livic qui ne tous p«i(Ic
fournir matière de rire , de la manière dont
Votu interpt'etcz les Auteurs. Pour vous
occuper jufqu^à demain , void un petit Li-
tre que je vous confie, qui vous divertira $
il tft tout plein d'erprîr. Comment F«pel*
Uzvous , Moniteur l dit Pi/on, Ce fomT^
die Sdmar , quatre petites lettres écrites À
,. un Abbe de la Trapi, eût à la bonne foi 5c
au jugement prés, il y a beaucoup d*erpric«
On y raifonne peu ^ ^uflî n*eft*ce pas !•
fort de TAuteur, Entre les Pcrfon&agcs
de cette Comédie, jl y a un Chevalier , qu»
îe crois de vos Parens» Je pourrai peut*
être demain vous montrer , Meflleurs , vôtre
HiAoire écrite par un de vous. La choff
en vaudra bien la peine , dit Fomponim. Oa
lui a donné votre nom , repartit Samar^
C*eft une Pièce aifez cuiieufe : Mais je croif
que la prudence m'obligera de ne vow b
pas communiquer. La Compagnie (e fé^ri
jufqu'au jour (ttivant*
c»»
(lOl)
CHAPITRE XXVIil.
'SmIu de Ci qui fe pafa dfns la Biffliotheque,
L* Aurore avoit dcja répandu fes rayoni
d^rez fur les campagnes , fie le» ^^c*
taux lumineux du bîond Phœhus commen-
^oient leur rapide courfe , quand les Romains
^ rendirent chez Samar , pour coatinuer
la rifite de le Biblioiheqtie. Pendant 1» nuit
lis avoient eu le tems de faire Tcflcxion
fur le peu d'ordre qu*lU avoient obfcrvc 1#
jOwr prcccàem ; & jugeant bi^n qu'ils nt
pourroîent jamais voir toutes les beautea
que renferinoicnt ce grand Vai fléau , t'il*^
continuoient de la forte, PrifcUs propofil
à la Compagnie de prier Samar , de Ituf
faire voir & de leHr expliquer ce qu'il y
ivoit de plus confîderable , fans faire dt<
queftions inutiles. On y confeniit facilement,
excepte Pifon qui avoit peine à faire trèvt
de railleries. Il fe rendit enfin par complaî-
fance. Ils trouvèrent Samar \ qui les at-
tendoit, & qui les conduiiit à la Bibliothè-
que. Ils \\x{ firent part du traité qu'ils avoient
feit avec Piforip 6l le prièrent de contenter
leur curiofiié.
Ce Vaifleau , leur dît Samar , dont la
vafte étendue a de quoi vous furprendrc,
cft l'Ouvrage de la Nature. Un Génie y pré*
(îde , ôc je ne fuis ici que l'Exécuteur d«
fts Qxiït%. Il JOa'cft iiDgoffible de vous di«
E 3 re
te comactt , ai par qad acdJent icf II*
▼»» <pe votts Toicz fbm Tenos ici.
Qod^ies locfeooes qoe foiem !«$ Annales
de ce Pais , cHes n'en foiuaiinBieineixnon$.
Se fc crois , pour toos itrc en confidence
Bu>Q fentimem, qae le Gcnie , qui prcfide
id , en eft rAotciir/ Il fê maaifefte quel-
qoc ^Ns par la paro!e , tftànd '}« fuis feulf
Mais , ^ ni moi , ni aucun antre ne l*a ja-
maif vu. l! a difpofc les Livres dasàsunor*
dre affez Sicile. Sur la droice vous voici
tout et qui regarde la FdhU , U Poèjte &
Vwfl^irt. Dej^au're côic, tout ce qui nat-
te àt% Arts , an Scitnus de la fkUofophie ,
de la Mytholêgû fit de la Tbeolope. De plut,
il 7 a des quaniers des Tablettes affcfte»
à certsÎDS Auteurs. Tout ce qui regardé
Epicurt tSi fotis Ton titre , aind des autres,
Une grande leûiirein*aapris, que les honW
fiaes font tefs aujourd'hui qu*ils ont toû-
^urs ctc , & qu'ils feront toujours ce qu*iJi
font aujourd'hui. Ils parohront changer
de Police & de Religion , mais ce feront
toujours mêmes mœurs 3c mêmes inclÎBSN
tions. Les noms des (êé^cs f<n'ont difer^s , .
nais ce feront les mêmes femimens» L^
Monde* par exemple ^ aujourd'hui cft cli-
vifc en deux fenrimens : La Morale à'Ejà-
ture eft la Pbilofophie des Gens de Qualité
fie Zenon n*^a que peu dc5c£^ateurs; encore
ae doit il pis les choifîr dan» le grand moJ»-
de. Vous avez vit , forts douie, Egnaths t
fdfqu*à quel poi^t Mecemts a ponc le luxCr
Difciple Met d*Epicure ^ il ne s'atach©it «
2a volupié fie n'aimoit la vie^ qu*cii fuivaot
tel
h
rJés Maximes et ce philofophtf. Dans a«tfx
I règnes Pifon pourra voir à la Cour un Phi-
[iorophe dans la ^urpre , qui prêchera lâ
f dodrine de Zenon , en fuivant la Morak
I é*Epicuri^ Seneque,ct fera fonnom^don-
f nera un grand lu{lV« à la Philoniphîe dei
* Stoïciens x mais , comme la Morale à*Epicu^
re flate beaucoup plus Us fens ^ elle aura
toujours Ve defllis Dans mille ans » dans
deux mille ans, on ne parlera prefque plus
à* Epicuriens , ni de Stoïciens. Ce n'cft pas
qu'il doive arriver pendant ce tems une (â
grande révolution dans la nature , qu'elle
deviennent enntmie des plaifirsdesfens, ou
qu'il ne fe trouve encore des efprits fuptr-
\|es, qui ne fe faflcnt un plaifîr d'adopter
Ene Morale (cvcre , pourvu qu'on ne les
oblige pas à la pratiquer t Mais d'autres
Hommes • en changeant quelque choft
dans \tt Maximes de ces Philofophes , de
les couvrant du manteau de la Religion ^
qui fera alors dominante , s'en emparéronfC
fi bien , qu'on les croira Auteurs dHini
nouvelle Sageffe , & ils donneront leurs
uoms à leurs Sénateurs* Ceux qu'on apcl-
Ic aujourd'hui E/>iV«r/>wi feront appeliez alors
Moliniftes , ôc on appellera Janftnîftes ccujc
qu'on non^me prcfenicment S/oïc/V»/
Quelle relation , dit Pifon^ y aura*t-il tni
tre les Molimftis & les EpicurUns? Ce fera
repondit Samar, la même chofe fous deux
noms diferens j 8c le peu de difercnce
qu'il y auia , confîftera en ce que les Ai#-
Ùniftis augmenteront la licence que les E»
(icHriens ÀonncnK^AX^ hommes.' Ce feront
( '04 )
it$ trêmes Principes» maïs. les eoii(<Equen<*
ces des AI<?/;»/y/« , feront plus outrées. De
plus, ils adopteront le Principe des Sfat*
€iens , qui donne tout au Libre «Arbitre :
Ainfî rendant I*hommc maître de (on boa«
lieur ou de Ton malheur » il ne faudra pas
être furpris» &*ils lui permettent dans leur
Morale relâchée, tout ce qui peut le ren-
dre heureux ^ pourvu qui*il n*ait point d*aii«
tre intention que le plaifîr , & que par un«
criminelle audace, il ne prétende pas par
fa conduite oflfcnfer les Dieux, Et les Jaft'
ftnifîes \ dit Plf^n. Ils abandonneront , d/i
Samar, le Principe des Stoïciens fur la for-
ce imaginaire du Libre Arbitre ^ mais i/i
ne.s*en écarteront pas beaucoup, puifqu'ik
admettront une volonté Viéborieufe dans
les Dieux pour les déterminer à fuivrc le
bien & à éviter le mal ; ce qui leur tiea*
dra lieu de Libre- Arbitre , puitque le Icif
ne fera plus qu'un inftrument . qui fc cyr«
tentera d'avoir Thonneur de concourir arec
la volonté Divine , qui ^u1 fera faite le bien.
Ils s*im;»gineront, qus THomnie étant en*
touré de miferes, de peines , de maladies^
€c de plus obli^^é de fuoir la rigourcufe loi
de ta mort, i\ taut qu'il' (e foit attire ces
dif^raccs par <]uc'que infndion 3es or^rci
du Souverain Et e quM Ta créé; que de là
eA venue la foib'eflc de (a volonté pour Itt
bien , de fjn penchant pour le mal \ qu'enfui-
te fon Créateur voulant le remettre dam
Ton prem'cr état , aura (uivant eux envoyé
la S.igeflefur la terre pourdiminuer le. ptids
de la colicupiicence , X ^u*eu é^^ard à cet^
te
iàgeu<6 , \é Libre- Arbitre de" rKdfinmé
ctevra des nouvelles forets j que les mérîtei
Me la Sagefle détermineront le Créateur \
faite âans la Créature le bien qu^il en ext-
^e. AUTéftc ils feront grtnds Prêcheurs de
3eunet de Pénitences , «le Retraites, dt
Mortî^cationl , d*amour de la pauvreté ,
en un mot de toutes les peines imagina*
blés qui peuvent mortifier la chair j En
quoi ils «différeront des Molhîfies , qui étant
|>1us annis dVùx-mcmes , dcjie voulant pas
détruire en eux l'image de la. ■Divinité , ne
demàndtsront , pour expiition des plut
grands crimes^ que le (impie aveu de fes
defordrts -, mo'iennant quoi jls prétendront ,
que les Dieux feront obligez de les o««
'bH«r , ou ils les y contraindront par Brefr^
Bulles 5c Conftitutiôns venant de Rûtm,
Je ne f^ai , dît Pomfonîus , fî des Gens^
qui doivent agir fi cavalièrement avec les
Dieux ^ feront bien perfuadez de leur exif^
ttnce^ Oiii , répartit Sdmar , ils croiront
aux Dieux en leur manière. Mais , vous
autres Rôftiains > vous êtes des pauvres Gens
en matière de Religion. Les (îccles pofte*
tîcurs* rafîneront b&n fur vous. Que ne
Couvriez vous du nom de, myilcrc l'Ênle-
Vemcnt à'Euroft > ou la érofTeffc de D4» .
HÂé \ On-fç^ît bie n que les Dieux ne haïf*
fent pas le Sexe 3 il ne s*agii que d'envclo-
(1er leurs adions de termes myftiques j
pour les rendrt liînies Se facrées, Ac fur
tout d*exiger du Peuple de croire ce qu'il
At tomrfvcnd point. AmfhjtrUn rtmcr de
te Dieux de^ Tavoir fait cocu , mais on
n'a
/
* f TOé >
ft*jsi pas crû que Jupiter en fut momsr adâG
lett pour avoir foaiUc le lie ^Aicment ^
de cela parccqu*on s*y eft malpris pour an-
noncer cette nouvelle au Feupre. Lea
Dieux raiToooent aotremeac que les Hoin«
nés.
Je n'ai encore rencontré perfon ne ^ àxt
Pifon , qui raifonnât conxne vous. Maïs ,
dites-moi , je vous prie^ quels Livres (ont
dans cette Tablette ^ Volontiers» dit Samar,
Tous les Livres que vous voyez fous le
nom d*Epiciére contiennent (a Morale , ov
y ont un raport eftentîel > comme font.Ef-
€ébart , Céiramutl , Soto, AMi , Se une infi»
nitc d*autres • qu*il feroit trop long de vout
détailler. Il n*en eft pas tout fait de mt*
me des Livres, qui font fous le titre deZr**-
710H f parce que comme on a mis dans uit
même endroit tous les Ouvrages de la 0»«
gregAtion de Saint Maur, il ne laiilcpasque
de 8*7 en trouver quelques» uns , qui apir*
tienncarà Ja Tablettes à^Epicure. Quoique
ces Auteurs doivent entreprendre la défon-
ce de la Morale de Zenon & du Suiùjmi Ir
plus ferere» & que pour cet effets ils
doivent mettre au jour les Ouvrages dç tour
lès PhfMophes, qui les ont précédez dntfr
leurs fcntimens/ fur tout d*AHguftm Bhilo»
fo]p\\e Africain , il fe trouvera cependant
parmi eux des Epicuriens cachez, comme
Martianai & Aîorjfaucon ,. qui donneront des»
Editions de Jérôme & de Chr'jfpftome ^ donr
lie premier aura de grandes quereîles avec
k Vùxiaio^iit Africain ,,S^ l'autre f^radans-
j
1
[ ( '07 )
11^ Princit>es Anti-Janfêmftêi fiir le Libre!
- Arbitre.
*■ Par Mercure ^i\i Pîfon , ^TikmWtiitïiVLtk
l'I^ivre qui avoit tiré des Tablettes de la
' Congrégation de Saint Maur , Ces Auteurs
traiteront de tout autre chofe que de la Mo»
yale. Je n'aîiamaîs tant vu dcNudicez, que
€!epui«un moment , que je feiiillette ce Li'«
Trc. N'cft-cc pas , dit Samar . V Antiquité ex*
flitjuée , Ouvrage Latin François, avec det
figures > jufte , dit Pijon. C*e(V dommagt ,
que les ligures enfoient Ci mal gravées ^ il y
auroit du plaidr à les voir. Aptochez , Pom*
fonius ; que penfez vous de ce Sacrifice de
Prt4/>e ^ Puis prenant tantôt un Tome^ tan-
tôt l'autre > il difoit félonies rencontres s
Corbleu , Grecina éioit aufli belles que cet-
te Ventés : Voila un triomphe marin , dont
la Venus à tous les traits dt Me ffaline : Ahï
Pomponius • voilà un Adonis , qui vous re(^
femble en perfeflion s Ces Grâces doivent
avoir froid $ mais les divinitez font impaH*
£btes: Corbleu (bit dé l*âne de Graveur i
ua Menufier avec fon rabot en feroit au-
tant g voila des traits affreux 0c groiftcrs.
ï>ites-moi , Mondeur le Bibliothécaire, ce
téVtvt traite-til de jeunes / de pénitences
& de mortifications f L'Auteur fera trop
fage répartit Samar , pour prêcher ce qu'il
n*aura jamais pratique ; Non , Mondeur ^
ce Livre ne tra'te que des Dieux , des guer-
res, des cdiRces , des fépulcres 8( des ha-
billemens dci Anciens j ou plutôt , c'cft
une Compilations de Figures prifes de cote
^ d'auu't 5 & mifes ji peu près (elon l'or-
£ 6 dre
( ,08 )
if ats tetns. Ne demandez ï v\uitat
txi critiqiK, ni explication des' images : il
ne vous éprendra que ce que vos yeux' peu*
tcut voir , excepte > s'il l'encontre dts Pic-»
cet qui aient ctë expliquées par quelque
Savaac t alors il vous les peinturera fîdele^
ftient» en copiant avec exaditude l*Âuteur^
qui lui aura devclopc des Myfteies iâCoimus»
Si quelque fois il perfonnîfie à tort ou à tra«
vers quelque nom , c*e(l moins par malice qutt
pav défaut àt jvigement. Par une fuite du
it)ème défaut «il mettra (t>Ti Latin txéff to*
chf de fon François \ ce qui y ferareconnoî*
tte ^\MCit\irsGallîciftnes, Quelques lambeaux
pris décote Se d*autre relèveront Ton Ouvra*
ge, mais ils feront tort à fon ftile , domiltf
feront piro5t« le foibîc. Pour fepicquerd*^-
audition, n fe fera honneur de< penfcesdel
lipicuritns\cs plus fcelerats. Un infâme Pe^
trpne, qui fera pendant fa Vie Tlntendanf
6ts plaifirs de Néron » fera fon Auteur fa'
milier. Les Hiftôires de &^artilla ^ dt là
Matrone d*h''f>hefe , Ôt le repas de TrimaU
ciun feront des preuves auténtiques des fâtti
^uMl avancera. Je fuis même furpris com«
jljfm lln'Bura pas fait entrer dan« fon Ou^'
Vragc l'HiftoiN d^Cirté ^ dt' Pêlienos $ non
plus que les Oies CsiCtéts , quoi qu'il ait
10 4 hé cette matière* Sofi Ouvrage fe-l*
d'abord aflcz bien reçu, 5c pourra tiirithif
Ifts L'braires &c, l'Auteur, mais enfin il tom«
i>era (t bas , qu'il fera mepHfé de toui Vt mon*
4c, parce qu'on fe convaincra, qu'il aura
ctc mil exécuté. Le^^cflcin éioit bon*niaIi
au dc^usde la ponce de TAuitur,
' CHA.
f
l
CHAPITRE XIX.
^ CatédogH€ de quelqutslÀVrtideU ÈiUio*^
the^Mw de la Lunt*
PËnciant que Samâr (i\Co\t \t pànegyrl*
que du Livre àtV Anitqmti expliquée ôc té*
pre(cat^ «& %urcs | C^/er donna à Pomfâ*
Hius un Manufcrit » <]u*il tvoît trouva fiK
k tacMe av«t c« Titre .* CatâUft^e des iji
wrgs d€ Ix Bihlhthiqttê di ià Lutn X Tome cln^
uns\ article dix- neuf t l^vns de la CùmpA^
gmê dé Jifus. Pomponms lût quelques Tl^
tîts » entre autrifiteui-c{«
La vie dé Mfmfiêur CoUiert ArthiviqUê di
•Rouen» pdtU Pir4i\x&tt, ^ Qyiim
^ V«îcî ù A autre CAtatogtte qui coum iitlê
Ttàité (k r Amour du bîenPtiWîc , par Kl»'
le Duc d' Antin , dcàié a M. le ftuc de NoaîUc^»!
Réflexion fur lâ Vie des-Percs du DePert, p34
M. I* Archevêque deCambray>'dcdiié l M. \t
Cardinal de Rohan.
Traîu'du rti^prisdesUicaféâncèSipar Ma»
dïittie (a Duchedè de Saim-Aignail , dedic à
Madame ia Ducheilê la Mère»
Ancien Traite du mérite dti bons AutetiTij
Itm de la Comédie que de ropera i par Ma*
ckime la Duthede de Oefvres » dedi^ à Madame
^ Maréchale de VUlars.
E f Traite
EU^is dis Cianctiiirs de France ; par Sfi
gauU s dédie à, Af. de Pomchanralm
Vu de Monfietér U Cardinal de Koaille , JÎr^
% chevêque de ^hn%,parfiic\ithomtg.
Problèmes politiques^ ecclefiafliques tsf" jefui^
tiques, far Daaiei , dédié à Mtfsefors
du Parlement,
Traité der droits des Parlement par lauyenci^
commenté far de Laïtre j à Komc,detêX
J^mes' in folio.
Tiê de Philippe Duc d*Or\tzns , Régent ié
France jufquUn t; 17. par Tellicr j k
La Flccfae.
Traité des Intriguas par Caaffin* revn par
Gallois X. tomes in 4,
^ Direction definterejjée des Sutifantesg^far
^ Pi la Rue ^ à f «moik.
Traité
t Taîtc de Textrëine emiuydcl*în<ïiffcrcnce
torcét, par Madame de Rupermondt ^ dcdié
à la Maréchale d*£ftrées.
Traite dct agrcmens & de« charmci de
tinconftance, par Madame d'Evicux*, dedic
à Madame de M^iUebois.
k^ Trahé du rcfpc^ qu'on doit aax Princes du
^ng* P«r M. le Chevalier deRohin, dedié
à M. de Richelieu.
" Traite des avantages qu'on tire en •'élevant
au-deflus de fa condition par le Commerce du
grand monde ^ niis «n lumière ptrRouiTeau ^
dédié à Nointel,
^ Traité des compigntes& des SocîetcîdesDi-
snes>parM.de la Tremoille>dedié à M.de Mont-
bafon;
Traite
AWtfH de V Emulation tntre les Profeffturs iê
\ Bih€t^ii{m ,■ far Force.
\Traifé de rjiumiltté , par L^czs y commtnti
\ pdr d'AiMbonne,
Za Direflion d'Intention pour Us AâUûns ini
différente^ , par Martincau.
JDc l^Abftinence du l^n par Lt F«rtc.
JD^ PEdHcation des Enfam , far Saoadon^
J>f^ dûâies Amufetmns , far Teurnemme,
Fendant qu« Pompomut IiToit*ce Cacalo^
gue ^ Pijon rimerromptc, pour lui faire 1*
leé^urc de quelques -Livres de la Congrega*
tiott de S. Maur , dont Egnatim lui a? oit
donné le Catalogue. Il lut z
Trmté de ^importance de vivre en Con^rega^
tion r fof^t^ fe fouflraire À la JuridiHiof^
Epifc^alt r far ^'Yfard v^Andoufiaf.
Traita méthodique de U Rat/on ^ de Vufagê
du Bon^Stns , far %zmit'}Azxxh% f Ain*
uur de la Rapfodie , intiadie , Trait t
de la Confeffwn auriculaire ^ contre kf
( Miniftre Daillé..
I>eir
Yraîtcdc la fine Goqncteric pratiquée dans
lies Provinces, par Madame de Vrillac» dédié*
à Madame de Braban *
Traite de la Vérité , par M. le Comte d*0f«2 î
dédié à M. le Duc d*£lbeof.
Traité des plaifirs dt Vamour , par M. leMar»
qnisdcGervresjdediéà M. le Duc de S.Sinnoitk
Traité de lia fureté du Commerce, parM«
de Coiigny ^dédié à M. TAbW de Buflv. ,
Traite
(iti)
pif drvoin de V Amitié , de la RetêHHâij^ag^rà
V di la Bonnp-Fâi , far Richard Bri^
dct , dédié à Monfieur Rampûoux ^ ^
Lagny » chez, Ckarles Mercier.
Dé VUttlué dti Penfiom Momajiiques , fûu^
$cnfervertg/prîf de Pauvreté, far Mont*
^acoQ , didié à la Famille d*Èi\ré^s.
Opmmentaire fur le Traité de iXftilhé
Penffûtts Memaftiques , far Martin
quet ,^ dédié au Prepdent Lambert.
Traité du Mérite far Marcland , re^upar H-
fan , augmenté far Haudard , mis en Itt»
mierefar Ma-Qloire-Lo< » dit Ruftao. ]
'^IfoUpe four^ Us Frères ConiJièrs , far Thr*
b^QJd / dédié à Monfieur Roger <]#
Cbàuuforc
^ ZH
T^ait<? dé l'Adu!tci-e , ^ar le Cardihal d#
^oligàac» dedicàMad la DuchefTe du Maiaèi'
|Traî(c dés mauvaifes Paroles êc des Diftours
tmpertinetis, f>arM. le Codaté de Chifoloft^
4cdic à Mad. la Princtfïe de Comy la Mcre.
Traite de rimpuifTancè, par M.Danfecune^
Itvii ôc corrigé par M. de la Rochcpot.
Triité de l*Àmbyr du Prochain, nouvelle
panière de cacher Tes défauts^ par Madame de
Beaufremont « dédié à Madame de Chacillon 3^
THôtel de Conty.
Traité de rihipértînthce , par M. le bue d^
Louvigny , de lie à Madame de Montbafon.
Traité <\ts Pofturfcs de 1* Aretih, par la Fillon,
^dié à Madame la DûcheCTe de Luynts.
Traité dc^ Douceurs du Cocuâge , par Mad.
de Kionafteroles^ dédié à Madainft d( ^eile. '
Tr4i;é
Dr t*t7fa^elqu*on doit fdire du RevinudesBim
neficêl , par La Prade ,' dédié k Mr de
Befons , Archevêque de Roiien/ .
Tra^ifé de l* Agiotage isr fa pratique , à Vufagê
des Officiers de laCongregation deS. Maar«
par Bonnecafe, dédié à Mr Law.
Z,a vit du Commandeur <^*AIigre } avec un Ca*
talogue des bons Livres qui peuvent fof»
mer une Bibliothèque , far Brainmeiet.
Pendant tette lefture, Prifcus avoit mî|
la main Air un autre Catalogue, qu'il donna
à lire à Pifon^ Voici quelques uns des Livres^
dont il faifoit menLJoii.
X« Vte^ la Mort du Comte de Horn , par U
Secrétaire de la Compagnie des Indes,
'/ivan^tures du Cardinal Âlberojai , par le
. Marquis de Giiinaido.
Hiftoirê
Traita 4e la Méthode d'accorder pludeurs
amies , k les faire vivre enlemble avec cordia-
iftc , par Madame de Maifons > dedic à M. d«
Wonthafon.
Traite du plus fin purai^ne.parlaPrefidemé
^ ïillon , dedic à Madamfde Boyer.
Traite de la moderatian des DefîrS, flc de la
parfaite continence, par Madame Defeffàrts,
Atèi\t à Madame la Duchelfe de Boiiillon.
Difpute rédigée en forme de difcours fkmi*
liers fur laNoblcffe&l'Extradion, par Mad.
de Jonfac, dedic à Mademoifelle Maran,
Averiiiremchr pour la Jeaneiîedela maniera
dont on enut ckez Caûcl , par J4. le Ehic de U
Trcm^iUc,
du)
iBiftoirt ii U Naifanci du Prînu de GaBci
f Koine^ didiè à la Prince fi 5obieskî.
ta Vie de U Ducheffè de Berry , par Mr
Madîllon^ tMêque de Cltrmont.
Manière d'af rendre à parler aux Perroquets,
par la Duchejfe i^Vamadour ^fe débité
r chet, U Villcford.
fiiftoiredu iA\S\{S\^\ ,parleJ>uc de\A VoTCt§
dédiée à Mejpeun du Parlement.
TrcmoîlIe,dcdicà M. le Prîncc de Monibazofl#
La troiCéme édition eft fous la Prcffc.
Réflexions fur la honte où jette la bairefTed'uil
choix indigne, avec une petite Nouvelle écrite
à la main^ venant agréablement au fujet par
M ad. de Lomaria, dédiées à Mad.de la V^erne.
Traité des devoirs de Phonncte-homme , par
M. le Duc du Maine ^ dediét à M. le Premin
Prefident,
Tableau de l'amour ^ con(îderé dans l'etal
du Mariage > par Mademoifelle de Duras } de*
dté à Mademoifelle de ChoileôU.
Le parfait Négociant, traduction nouvelle,
par M. le Duc de la Force.
Traité des avantag^du Commerce , îhïàem*
Hiftoire Generalemla Folice& de fcs Pro-
grez , par M. d*Argenfon le fils , dédié à M, If
Carde des Sceaux.
Didertation Hiftorique fur lesRichcfTesde
la Compagnie des Indes, & de (on Commerce
floridam dans les quatre Parties du Monde,
avec le dénombrement de Tes Comptoirs le
long du Fleuve Mifllfïïpi , par M. Crozat, di*
àié à M. le Maréchal d^Ëttrées.
Vejtrtpttan àé la Magdelaîne de Tralfnrfil
far ^'Argenfon , dédit à Monfigur Da«
gucfleau Chancelier, «)
JSigtraitê de la Qomteffe ^'Armagnac aux Fti
les de Sainte Marie , far Charles de
I.^rratnc^ dédié au Duc de Nbailles.
JJs S^ualitez requifes dans un Evêque , par
Du Bois, Archevêque de Cambrai , dédié
à Mr l*Evêquf (/fiantes.
^talfé du Cocuage c?' de fes avantages, fûf,
le Maréchal de Villars.
J^s ^^alitex, requifes dans un Souflei peur
(treinjurieu^ ,par le Duc 4*Eftréc8, dedii
au Prince ciiÇtr\ts,GrandEcuyer.
Syftemepbur réduire les Moines rentex, à Pen»
[ton congrue , aiîn de faire part de leuf$
grands biens aux pauvres Gentilshommes,
quifef&nt ruinez. à l* armée, par Va»»
nier, dédié au Cardinal Du Ihis^
Que Diable , Monfîeur le BibUothecatf
re , continua Pifon, qu'eft-ce que tout ccl»
veut dire .' Ma foi , je n*y connois tiertw
IF y a bien des Hiftoires attachées , dit 54-
^ar y à tout ce que vous avez lu. Les mvh
railles ont des orciiles. Je ne puis pas biew
^* vous dire ici de quoi il s'agit 5 mais peut*
être qut nous aurons occafîon d'en parlçr
un jour i ôc' je me ferai un phidr de con-
tenter votre curiofité. "Et pourquoi pa«
prefentement r dit Pomponius^ Voyez-Yo«$»
dit Samar ,' ct%iz Compagnie , qui entre
par là- bas \ S'ils nous entcndoicni parler
de ces matières , ils croiroient que nouf
cabalkrions cantrc l'Etat, parce qu'ils n'y
^teniroSent tîen. Il s*agicdcl'Htftoired*ùA
autre Monde » & d*un autre (îecle ^ qui
vous doit être fort indifereni : Ainfî remct^
tons cela , je vous prie , à un autre foif.
Dires-moi du moins , répartit Pomfonius ,
qui font ces MefHeurs que je vois là bas.
Ce Grand > dit Samar , que vous voïei
au milieu , c*e(l nôtre Magidrat. Les di-
gnités chez nous Ani .éleftives , 8c le mé-
rite y a or;Jinairement plus dé part que là
faveur^ Celui que vous voïez , Ôc qui nous
gouverne aujouri'hut, a cic long-temi
Grand Picvot , Ôc c*cioit fon véritable ta-
lent. C'fft un homme hardi , intrépide ,
entreprenant, d'un cfprit vif 3c penciraîif j
fier, ambitieux , fupcrbe , ceconome, ho-
ncte, qui ne l>ait pas le fexe, non pas qu'il
«n abule ,- itiais i^ ed bien aile de voir une
belle pcrfonnc. Il a trois ou quatre Gar-
çons qui promettent beaucoup : Il les avan-
ce le plus qu'il peut. Il fait peur à* voir 5
J4 efl: plus noir qu'un Egyptien i II ne peut
^oufFi ir perfonne qui partage le Miniftere
4ivec lui. Sontems finira, autant que nous
pouvons le prévoir, pour ne pouvoir s*en*
{«■vire a\ec ceux qui gouverneht avec lui.
L'au oiirc du Diredeur des Finances lui
eft rnfurporfablci mais il fuccombcra : Qui-
conque a de l'argent a toujours raifon. Le
Magiftiat que nous avions avant lui > cft
un homme intègre de de probi/é. Sontems
étant fini, on nt pouvoir pas mieux fiirc ,
pour le faire regretter, que de lui Tubro*
ger ceiui qu'on a mis à fa place. On ef-
yxt cejienJâm qu*il pouna revenir fur
<n7)
i^#aii ; Mais on aprcucac que ti itmaîs fa
fortune lui eft favorabie > il ne facrHîe au
mainîifn de fa propre grandeur ce qu'il «
acquis de réputation. I) a une nombrciife
IFanaille- Il n*eft pas riche $ il doit: com*
ment ^ire \ Pour peu qu'on ait de naturel
^ qu'on aime (et cnfans , on s'atachc ail
-falide, en abandonnant une vaine téfut%»
tioD qui ne raporte aucuh profit.
Ceux que vous voi'cz avec nôrre MagiA
trat font nos principaux Officiers d*ar«
mée. Il y en a peu parmi eux qui con«
noiflfent la véritable géncrodté. Une de
nos Damet a dit daninne chanfon , que le
plus vievx s'étoit fait nvocquer de lui. On
dit de Tautre p que fa Femme a le cœur
fendre. Celui-ci eft un fou & un brutal ,
qui ne laîflèra pas d*en^ns. L'autre ne hit
plus rien depuis qu'il fe voit dans le pre*
mier rang. Celui-ci i plus l'air d'un Ma<*^
giCtrat que^l^un General. L'autre eft un
rougueux ^ grand hâbleur, qui ne parle mc«
me aux Damçs que de feu & de fang. Il
y a des Prçtendans au Commandement ^
qui font gens de mérite ^ mais en petit iiom«
bre i la plufpavt font jeunes Gens , qui
n*ont rien de rec«mmandable que leur N6«
bledV T'en ai vu un qui eft mort , être
Grand Maître d'un Ordr# Militaire fans
avoir îamais tirce r^pce que ponr faire dii
fleuret. Nos Dames ont de la vertu , elles
confevvent la politefle, flc foutiennent avec
^clat la beauté de leur Sexe ; Quoiqu'elles
a'icnt dtt, manière? fort faciles , il tft rare
qu PO oblifBn* d'elles quelque faveur , ^
«loffif qii*Ofi ne (oie beau& biea^fiut^oabfctil
^u*on n*aye beaucoup d'efprit^ de naiflance,
•uc« qui vaut tout cela, à moini qu'on nf
leur faflè de magtiifîques preTens. Elles'
font très fages s Elles ne youdroient pas,
pour une baj^atclle , rien faire contre leut
honneur.
CHAPITRE XX.
Htftesre du Druide de Medoe. Ordre du.
PAv'iUon» Per trait du Prince de Bt»
Irfan^
PEndant que Santar s*^tendoît fur Id
louanges des Dames» Egnatius qui s'a»
inufoit à lire les Titres des Livres ., tomba
à la .Tablette des Livres preux , fur trois
petits Tomes in douze i reliez à la J^^J^
nifle , intitulez : Les Miracles du C«.X>. K. Il
«n prit un , & lût quelques pages , àc ûn
fort édifie de la.fainre vie de ci Prélat. Ju-
geant , que ce pourroit erre du gibier pouf
Pi/on , il lui fit part de fi découverte. Ce-
lui-ci , (ans fe donner la peine de ies lire ^
demanda au Bibliothécaire ce que c'étotf.
Samar fe fit un peu prier pour lui en dire
fa penfée. Mais Pijon Ven pria de fi boa-
ne grâce au nom de la Compagnie » qu'il
ne pût fe dtrpfînfer de s'expliquer.
Vous n^aurez » dit il , qu'en l'an du mon*
de fept- mille fept -cens- douze qu quinze^
ou environ # il y turâ dans les Gaules un
P;uï«
( "9 )
Ji]:>ruS<Ic pleîa d*an vr«i mcrîfe. Vont t^t^
^ez fans «Soute , que les Druides fom let
I Prêtres de cette Natioiu Entre ces Prê«
fCres , il y en a de plus e'ievcz en digniië
les uns que Tes autres. Celui dont il s'a*
l^it 9 fera un des Princes des Prêtres de Ùk
M'atton. Ces Prêtas font obligez, parleur
Sacerdoce ^ à mener une vie exemplaire t
chafte , modérée , exempte de padions , 5c
de plus à engager te Peuple a fe formef
fur leur exemple. Le Druide de Medoc ^
dont parlent ces Livres, fera le Prince de
Cbn tems le mieux fait de le plus accompli.
11 )oiadra à Tavantage d'une Natflan*
ce Royale toutes les plus excellentes qua«
litez, qui 'peuvent former un grand Hom*
t&e» Il brillera entre les Druides de foo
tems par la foliditc de foir j^ement Ôc la
pénétration de Ton efprit» Quelque cm«
brotilllce que doive être la Religion Gauloifi ,
îl n*j aura de ton tems , ni Seâe , ni
Parti , dont il |ie puiflè rendre les opinionf
probables par laAibtilité de Ton génie. Et
' quoiqu'il puiflTe paroitre changer de fentt*
ment dans le fond il fera toujours le mê<«
me , c*cft-a-dirc un Prélat éclairé , fça«
Vant , 8c brûlant de zèle pour Ja Convcr«
fion des Pécheurs. Onje verra porter la
charité ju(qu*à fe famîlîarifer avec touteîr
les Dames de la Cour de deux Rois & de«
mi , pour les convertir & les engager à pra*
tiquer la vertu. Sa conduite pleine d*hoii«
nêteté Ôc de douceur fera fufpeâe aux Ma*
ris jaloux. Il préfervera cependant par fon
Ç](çmple la Cour de ion Koî de tous les
mius
( TIO )
hiatfx qui font la fuite de la corruption tfel
mœurs. Ne doutez pa s qu*il- ne (bit ex«
po(é a la mcdifancc. Il eft impofHble d'ê-
tre beau , bien faic, d'avoir de rcfprK^ dt
la naifTanci , de grandes riche^es ^ , <c de
Çt famiHarifcr avec les Dames , i'zns qu*on
y trouve à redire. Sa vertu lui attirera des
ennemis implacables. Quelque; Dames é%
la Cour , dont il mcprilera les offres , pi-
quée au vif du plus fenfible aâ^ront qii»
des Femmes puiiTe ne recevoir , cbrrom*
pront un de Tes Domeftiques , afin de (çâ-
voir les noms de toutes les Dames » à la
converfi^ defquclles la charité de ce Pon-
tife s*eiiploycra. Le perfide Vaîct trahi»
ra iufv]u*aux plus fecrettes penfées de Çon
Maître. Les Dames outrances attribueras!
au Druïie de Medoc toutes les débauches
de fcs Pénitentes s & fous le titre ironique
de Miracle du C. D. R. feront de lui un por«
trait affreux , de lui in:pMîQront tout ce que
les crimes les plus énormes oat de phis fce^
Icrat : Mais rien ne fera capable d*ébranlcr
la vertu du Pontife. (1 découvrira par (c%
Emiâaires d'où vient le coup 11 convaincra
It piftolet fur la gorge, fon perfide Do-
•leftiqqcdela part qu'il aiira eu à cemyftere
d*inîquité ^ Se par une^generofité vrayement
Hoyale,. il lui donnera la vie 6c la liberté j
à condition que s'il eft affex téméraire pour
continuer un ouvrage aufli déteftable , il
ipetjra dans la Préface du quatrième Tome^
que le Druide de Medoc l'ayant çonvaioctt
4e fon crime a eu affe? de grandeur d'ami
pour le lui pardoçnfr^
7« ne croyoîs pas , dît Priftta y iplî fé
dât rencontrer tant de vcrru chez les lar-
fear«s. Ce Dr«ïde fera dig«e d'être Romain i
11 c A aura tout le mérite. Je troiiTt cetto
fnaniere d*infulter les geni les plus ourra«
gemnt€$. Quoi alFeéler de dire du bien
d*un Homnie, pour le déchirer plusciuef*
1 emc nt \ Donner à Tes Avions le tirrt de
J^irâcles , pendant qu*on les peint avec def
couleurs les plus noires, c*eft une chofe itim
Migne, je ne dis pas d*un honnête homme,
Riais d^un efprit ^ofte. Kos Oiureurs no
ibnt- pas tombez dans ce défaut. Quand
X>grfjûfihtpes entreprit Phiiîfft Roi de Ma*
€9doitte » il ne prit pas des détours* pour
Itfi reprocher Tes vices. Tout le monde
i^att avec i|fiel véhémence Ciuron atta«
e|ua Antoine, Monfieur , repartit Samâr^
Je Titre de ce Livre eft une Satyre de»
plus mordantes. Le (îccte où ce Livra
paraîtra ^ .iie'<<«rt que rrop fécond en
Ecrrvaos (loceres. Il fe trouvera ^t% Au*
tcivs aflèz hardis pour ne ménager ni la
pourpre , ni le fceptre $ & ils auroiît le
malheur d'éprouver que tous 1rs Princes
ii*blit pas la vertu dés Druides , 0c |i*ûat.
pas \z generofitc de Ton Altefle de Mtdç€^
l\ n'y a c^ la-Terité qui ofFeofe. Quelque
. (cande -que «TOUS paroîfle i*aâion de ce
pruide y elle n*e{l •. pas extraordinaire , puî(^
que laiiSuit un attentat de* c^tte nature
Impuni, il perfuadera le Public de (on in«
«ocence^ 6c convaincra fes ennemis de ca-
Tpmnic. . Mr , dit dUr , je crois que ce Dmide,
d^it defcendi't de vous en droite ligne } de
( 1»» ;
k manître «ont yous défendez fou pare?^
Il faut que vos * imerêcs foient communs
avec les (iens. Si Mr , dit Pomfonius , vi voit du
teins de ce Druide^ ^ que je lui ciytendifie
tenir un pareil ingage» jfe in'imaginerofs
qu*il ne juftifieroic le Druide de Mtdoc,
que pour gagner les bonnes grâces àti
Dames de Ton parti. Vous en penierex»
Meiiieurs « ce qu*il vous plaira » rcparril
Samar', mais je Tous déclare foi de LunoiSj
que les feuls intérêt^ dt ia vérité ofFearéa
m*ont engagée à prendre .fa défenfe. J*aivâ
de fî beaux Eloges de ce Poniifc dans lei
Livres de ce tems où Ton parle de4ui, que
)e Caii convaincu que le Prince d'Argentine
fera le plus honcce homme de Ton fiéclei
Avotiez , dit i^ifm , qu*il eft/ heveux de
vous avoir pour Avocat. Je vous laiilè à
penfer (î la leûure de fci MiracUs noul
eût donné de lui Tidée que vous foûbaitei
que nous en ajons. Pour mol» dit P^mf^
nius , i'euffe lu le Livre , & i*eu&è conclu
que le Saint qu*on y fête ,- devoit être la
plus grand fcelerat ôc l*homme le p{|if
abominable de Ton tems. Il «ft fôcheux
d'irriter un homme qui /çan écririez puifque
It moindre chofe qu*ofi sifquc > en Tof
fenfant, eft ce que: nous avodsdc: pluf'pré*
<!$eux » f^avoii^ laréfuution^ l'jionneur.^
Le Druide y pourvoira , répartit Sumari
il employera btilement une partie de Tes
revenus à retirer les Exemplaires , qui fé
feront répandus de cette Edition^ qui deviendra
anfl! rare^da«sles Gri9#^/<^ . quei les Pucelages
de vingt ans k font à ^omê , s'il en faut
croire Pi/on.
Qu*eft ce que c'eft , dit Egnatius , que ce
Bâtiment magnifique que je découvre la-*
bas le long de la rivière qui y fait face ,
d*un coté 8c de Taurre donne fur un grand
)ârdin ? Ceft , npittitSamar , Tanciennc
demeure des Hois du ^^s. On confervc
ce Bâtiment à caufe de ce gros Pavillon que
vous voyez au milieu / pour perpetaer la
mémoire d*un Ordre de Chevalerie qui y â'
été fndituc. Aîegas Roi de cette Nation
laiAa en mourant pour héritier de Ton Em-
pire un Tils unique > qui à peine avoit foi*
xante -treize Luncst II fut aflèz long-tems
fous la Tutelle des Orands du Royaume ,
qui pour fa fureté , Tavoient , pour eind
dire , enfermé dans ce Pavillon avec leurs
Enfàns. Le jeune Prince à qui Tefprif
venoit avec les années , voyant le dur eC-
clavage où* on le réduifoi: , de ]*avis des
jeunes Seigneurs qui étoient avec lui ,
înftîtua un Ordre desjChevaUrie , qu*i] apclla'*'
V Ordre du Pavillon. Les Grands furent bien- ^
tôt avertis de ce trait du jeune Prince* Us
connurent facilement qu'il foupiroit après
la liberté. Us la lui accordèrent , ôc c»
Prince depuis qu'il Teut obtenue , ne fît
plus 6t Chevalier s du Pavillon , excepié lorf-
qu'il étoit en cojere contre 'quelque Sei-
gneur ^ alors ]e vous fais , lui dîfoir-i],
chevalier du Pavillon. C'éroît lui dire ho-
ACtemem qu'il gardât. les arrêts. Sans doa«
te , repattit Prifcus , <\ue ce Prince fut un
grand Monarque , puifque dans (a plus ten-
f a dre
ért jeunedetl donnoic de (! Iicll«$jnâr^ptt
4e Ton cfprit.
Il trouva , répondit Ssmâr « Ton Royao^^
me daDf un très bon état. Kelojan foa
Onde , qui prit la gouverAeinent des a^
faircs , s*ctoic diftingué dans le Cohfei) k
au Camp par la f^udcnce ', Ton habileté &
fâ bravoure. Il paflbtt pour le Sefgneuf
le plus accompli , le meilleur Capitaine Ai
le plus fage Confeiller de (on tems. Af^-
gas, à qui Ton mérite étoit fufpeél, & qitf
ne Toyoir qu*avec ialoude briller dans Coa
l^eveu lies vertus qu*il croyoîc devoir apaiw
tenir à Ton Fils , ti*avoit pas pour lut tous
les égards qui étoient dûs à fa Naifiàocc '
Ce ne fut qu*à regrec qu'il laifTa en moa>i
rant (on Fils fous fa TutcUe , de telle ma*
niere cependant , qtt*en lui donsant lis
principaux de la Cour pour adjoints dans
r Autorité Souveraine , il lui a voit )ié ici
maint d*une fa^on , qui auroit été une
fourcc éternelle de di vidons, (i les Grandi»
qui aprehendoient les défordres inévitables
d'une Guerre Civile , i\e lui eufTem cédé
de bonne grâce ce que Mê^as lui av^it oté,
6c ce qui lui apartenoit par le droit de (à
Kaiflance. A peine fiitil déclaré Prince»
qu*il commença (on AdminiAration par
rccompeiifer la vertu de punir le vice. Tous
ceux qui avoient abufé du maniment dts
Finances , pendant le Règne d« Me^Ms , (ti-
rent obligez de rendre au Prince ce qu'ils
avoient volé au- Peuple , il honora le Sénat
de fa p. oteftion , & l«i donna les mar«)ues
les plus feuibUs da fes bonaes grâces , en
confiaoi
^omfiant a tu de de (es Membres le (ècret
«les afFâiret» le prenant pour Chef de fou
KZonCeïX Se Miniftre de rÊmpire. Le Sénat
^iiâ4 de fa profperité & idolâtre de fa pro-
pre grandeur crut. que le tems Àoit venu^
<iu*il pourrotc fe mêler des affaires de !'£•
tM.t , dont il y avoic long-tems qu'il défîroit
4voir connoifTance. Il paya fon Bienfait
teur d'ingratitude/ & par des remontrant
ces trop hardies & entreprenantes mérita
là difgrace. Le Prince ôta fa confiance au
Mînidre y 8c la donna à un Seigneur qu*ii
<j^rûc la mieux mériter Les Sénateurs ir«
rit ex d*un affrotvt qui retomboit fur eu««
étonnèrent quelques marques de méconten-
tement. Quelques-uns furent punis de
t*Exfl pour intimider les autres. Les En-
nemi! de TEtat toujours prêts à profiter
d^ (ef diifèntions armèrent de toHs cotez |
Mais ils eurent le chagrin de voir leur Paya
, devenir le Théâtre delà Querre > 0c leurs
Yrl^es 6c leurs campagnes être en proy«
aux armes endémies. De fi grands mou«
Vemeni ne peurent fe faire qu'avec des dé-
perifes exorbitantes. ~ Le Prince , pour y
Tubvenir, donna pour un tems à une cho«
fe aiîcz comtçune le prix 6l la valeur de
Targent. I! paya les dettes de TEtat , fie
la paix avec fes Voifins , diminua les fmv
pots , humilia le lénat rebelle à fes ordres ^
calma les différends furvenu; entre les Phî-
lofophes au fujet de la Religion , fc don-
na en tout tems des marques d'un efpric
vif, (ubl»me, agîflant, pénétrant 5c univer-
ffl. Il r^ût braver les jicrils fans haïa.dei
* B I i'iiiat^
ritat , rttint le Peuple fie les Princes dans
le refpe^, fit («mir Ton tuthorîté à ceux
qui a voient voulu lui difputer le Gouvcr-
tiement , fie fît convenir tout !• monde
qtit , depuis TOrigine de la Monarchie ,
jamais on ii*JVoic vu régner un Prince fi
adif fie fi vigilant. 11 méprifa le SeJiar,
iufqii'à le rapeller de Ton exil , lui rendre
Ton turhorité , fie donner fa confiance à fon
Miniflre | moins p^r umidité , que pouf
«prendre aux Sénateurs , que , puiA|u*il
pouvoit régner fans eux , il ne craignotf
pas qu^ils ohfkm tenter de vouloir regnef
arvcc lui. il aima Tes £nfans • Saof
vous faire tort, Monfîeur le Bibliothécaire ,
dît Pi fin , n*éces-vouff point Panegyrifte
de vôtre métier ? Corbleu , vous ditcl
dii bien de tout le monde. Si i*avois un
Auteur à choifir pour écrire ma vie , j«
iî*en prendrois pas d*atttre que vous. Apréi
TEloge magnifique que vous avez fait de
vôtre Druide de Medûc , je vous croyoîs
cpuifc ea loiianges : mais vous venez de
nous faire du Fiînce de Reiofan un Portrait
,des plus beaux fie ^t% plus avantageux
qu'on puiffe faire d'une Perfbnne de fa Qua-
lité Vos Ancêtres n*ont-ils^ pas reçu quel-
que gratification de lui ! Vous me connoi{->
fez peu , repartit Samar. Je ne vends pal
mes louanges au poids de l'or. Je fçai rea-
dre iuftice au mérite ^ mais n'exigez rien
davantage de moi. Si le Prince de Rtlofa»
eut cû moinsde belles qualitez» je n*enauroif
pas tant dit de bien. Il fe trouve àflez de
perfonnes qui difenc du tnal des Princes.
SouffiiCa
X<raf&e2 <pk*â}» motn« im le ul honunt VOuf
parle en leur £iveur*
CHAPITRE XXf.
Eloge littéraire d'un Savant Homme, Pom*
ponim c?* Pîfoii vont au Menetas , ok
iU Je marient four trois jour s^
ÏE fiiis charmé de votre converfatiofl»
ilit Pomponius ; & |e (bûhattcrois en
pouvoir profiter plut long-tems \ mais une
partie de plaîfir que j'ai faîte avec Pifen,
m'en privera pour quelques jours. Te vous
laiâe ces Meflieurs. Pifm Je moi nous allons
prendre congé de vous pour une huitaine»
Pifon, avant que de quitter Samar , luirent
dit les quatre petites Lettres qu'il lui avoic
prêtées , en lui dehiandant qui pourroic ea •
être TAuteur. Ce fera, lui répondit S/fW4r,
un Icht^ophage n«ir » d'une origine a0èa
incertaine. Si vous n'étiez pas C\ preiTez de
partir , je vous fcrois voir un petit Ouvrage «
où il tachera de fc défendre contre quel-
ques Auteurs qui ne Tcpar^^neront pas.
Comme iK fera iiifatuc de (a prctendut^ No-
bledè, il s'y tracera une efpece de Genea.
Ic^ie, pour prouver qn'il defccnd de Rondin
hilis Médecin de Vontevraud , célèbre, dans
SAhlais. P^r reffemblance de Aom/i^e
F 4 fwa
( iiS )
fera tarent de quelques mcchins Âutevrs^^
qui auront écrit an Hccle avant lui» Il ft
dira Allie de quelques Magîftrats Ôc .au-
tres Perfonnes dt diftind^ion : Mais ce qui
divertira le Public, il ne dira rien ,. ni d«
Ton Père , ni de fa Mère. Me croyez pat
qu*il doive venir au inonde foos une feuille
de chou. Il paflera prudeipirient fous /t-
lence un article qui ne Taideroît pas à
|)rouver Tes fcizc Quartiers. Pour celui» là ^
Mon(îeur> dit Pomfonms , il faut qu'il doi-
ve avoir peu de mérite ,. puifque vous n%
faites pas fon Panégyrique. Ce n*cft pas«
repartit Samdr » faute qu*il ne doive faiir
bien du papier« Une Vte d$ Caffiêdêre^
qu'on lui imputera , lui fera honneur , quoi»
qu'il n*y ait pas plus de part que vous. Lct
Ouvragef de Gregoln le Grand Pontife Rom
tnain qu'il mettra au jour , feront un mo-
nument éternel de fon ignorance ,- de foa
|»eu de goût & du défaut de^fon jugcmenr.
Vingt ans après fa mort on fera obligé
d*en donner une autre Edition fur les me*
moires que le S^avant Ichfyofhdge Coûtant
«ura laiflèz. Sur la fin de fer jours il en-
treprendra de corriger 0c d*ampHfier un an-
cien Catalogm^de DruuUi Gaulois i mais il
travaillera avec tant de précipitation 5c fi
peu de lumière , que fon Ouvrage ne fera
utile qu*à cçux qui voudront faire des Li-
tanies. Bien loin de s*ctendre un peu fur
diaque Druide , comme un Homme habi-
le qui auroit du «jugement, ne manqucioit
pas de faire » il ne mettra avec Tannée d«
|Mr Vie que leur î^oia , ou tout au plus
queiijii}
S*^ re^que Ip^theie maligne ou honorabk {t2
n qu*i]i auront favorifé le Smcifmt , doni
il fera profeflîon extérieure. De plus pour
grodir (on Ouvrage » il le chargera du Re-
cueil inmilc de plufîeurs vieHIes pancartes ,
qu'il prendra pour labafe de (on Ouvrage»
q'ioique dans le corps il ne s'es ferve que
pour le nom 8c le tems où aura vccu le
I>riade dont elles feront mention» Il n'ou*
bliera pas de raporter la Lettre de Baja^et
empereur Turc à AleKanire V 1. Pontife
^Qfnaîn , pour le prier de faire Ctbo Cardi-
»al parfait. Ce qui fera un trait des plus
malins de TOuvrage de cet Ichtyofhage , au-
quel cependant on ne fera pas lou^eVat-
tenticyi nc'ceflaîre , quoiqu'il doive raponer
cette Pièce dans les inftrumcns de fon pre-
mier Tome. Son humeur eiiportce & vin-
dicative Monfieur ^ dit Cettr , tn in*
tcrroxnpam Samar-, vous nous avez fait un
Portrait (î avantageux du Dru'iie de Af#-
Joc Se du Prince de Kelofd» , que te plains
ccr hhtyophage de n*étre ni Druide , ni
Prince. Il fera l*un & l'autre , répondit
Saméir , mais cela i^e m'engagera pas a lui
^ prodiguer mon encens, puifqu'il ne fera re»
^vable d'une de ces qualiiez qu'à ia coùu-
me , 3c qu'iV n'obtiendra Tauire qn'avçc bri-
gues, Ciba'esÔc faftion$,& qu'jprès l'avoir
obtenue il fe contentera du titre, 6c aban-
donnera les affaires au caprice de fon fecre-
taire. le fijai rendre au vrai mérite ce o j|
iui aparrienf. La faufîc vertu ncmepK^J^,
mais. Pour rendre juftice a un V^ommc^ ^ quand
'Je a'cn puis pas dire de tici\ , y^ ne puii
ï I m*eaii
m*€nflAtf ^ dire ce que i*efi (ça?. Mon*
Crvr, dit Plj'em , je mettrai û W>n ordre à
mes affaire* , <|Be ie tous obligerai de di«
fc do biea de i&ot « ina^é q«e Tons en
aiez Sas tout )e tous promets par Af/«
rfrvf , de œ iaaaît me mc^er d'écrire.
Vo«tt déchirez trop impitoyablement ,un
paarre Aa'enr qui (bavent n'écrit qse pour
ttn oocc de fiimce » 6c à qoi le iitre de S^»
Tâiulait p*BS de pla^fir qae dix .mille livret
de reme. McdTenrs, ievons foohaîte le bon
iov^ iu'qa'à rbonnear de vous revoir.
Ptm^ênius & Pîftn reprirent le chemin
du MtmtUsy où l'amoorles rapcloit. Leurt
Dames avotem auaiH d'impatience de les
f eroir , qu'ils cemoignoient d'cnTprcâ«menf
à fe rendre auprès d*cl*e?. Ils re furent paf
long-tcms fars avoir le ptaifir de les entre-
tenir. Les Luncifts font fort polies & fore
engageantes^ Elles ont autant de venu que
de beauté , 5c fçavent retenir par leur mé«
rite les Pe (bnnes dont eVes acceptent !•
fervice Ap.cs pludeurs Parties de plai*
fit , cù nos Romains avoient iciir de toutes
les douceurs que Vtnus rcpand fur les yeux
êc fur les lèvres des Amans , ils réfolurent, .
comme ils avoient peu de lems , d'époufef
leurs Dam^s pour tro^s jours, (e^on la cotîw
t urne du Piïs qui permet de fe marier
pour autant de trms que l'on veut. Les
îardins de Mat cl cf:fe furent choifîs pour cet-
*• Fcte. Touifs les Pc: (ornes de diûirâion
é\3 ï4eneUs y 'ureni invitées. File frt des
plus iTii;in!fiques. Les repas étoient ex-
quis & tels que* les cuflcot ordonnez Lu*
• cuUf
êUlU ou Canf'emouhns. La MnCque étok
de la compoiitioa i*Orphée. Les Grâces
avaient inyMfé-tes jeux i kr les Génies d«
Menanâri , de Ttrence ôc de MoUtn avoienc
compofc la Commédie. ^ Une Avanture^ok
la fortune Çt plût à fignaltr fa bizarrerie ,
égaya la Fcte. Les Lumis ont accoutumé
d^ealever la première nuit àts aopces >
Us nouvelles Mariées à l'iAuc dil'^rcpas»
lorsque les Dames leur ont voilé les yeux.
11 cft rare que celui qui fait Tenlevemmc
n'obtienne la première laveur , quand il
l^air bien ménager fa fortune. Les nou-
'veaux Ma'riez s*y oppofe » & ne font pat
:f*û)ours les plus îons» On avoitdéja com-
aiencé la cérémonie » les nouvelles Epou*
£ces étoient voilces , 3c les jeunes Seigneurs
du i^tf»e/4x faifoient tous leurs efforts pou
les enlever , lorfque Pompcnius 6c Pifof^
voyant qu'ils ne pouvoienc fe défendre con-
-cre la multitude . Se qu'ils feroîent oblige^
de cedçr au grand nombre > prirent parti
d'enlever chacun leur Dame : Mais le ha«
zart permit que Pùmp^mus prît celle de
Pifin êi. Pîfên celle de Pompânmt, Les jeu-
nes Segneurs Lunoîs qui s'aperçurent dtt
. l'erreur , fongerent moi(is à les en avertir ,
<]tt*à les engager à couronner l'avanture.
^Ils feignirent encore quelques efforts pour
enlever les Belles, & laiflcrent échaper in-
fenHblement les Romains avec leur proïcf.
Ils prirent chacun une allée diferente ^ au
bout de laquelle l'amour leur avoit prépa*
ré un Ht de gazon j U croyant poOrder cha-
cun foA Epoafe • ils joiiirent des pbiGrt
(ut) ,^ ,
jptrmîs atir per(bnn«s unies enftmble* n,
•peine curent-ils confbmsië leurs délices »
que dévoilant les Beautcz qui étoient en«
tre leurs bras , ils furent tous quatre éga-
lement furpris de Terreur où ils étoicnt tom-
bez i fie n'ofant contredire ouvertement
Tancienne coutume de ne dévoiler les Da-.
lues qj|*apTès les plaifîrs re^us, ils s'en tif>
rent cFâcun à c^ qu'ils avoient. Quand on
voulut f« mocquer d'eux , lorfqu'ils rejoigni-
rent I a Compagnie , ils déclarèrent , qu'ils prc*
roîent pour Epoufcs celles ^ue la fortune
leur avoii données» Les deux jours fui van«
fe paflTerent ce irme les prejniers , en jeux
en ianfrsÔc phifirs. Mais nos R^w^îHifiireBl
fort furpr» dans les libcnez que le ma-
riage leur pe mettoit de prendre avec leurt
Epoufes , de voir qu'elles avoient au de(^ ^
fous du ^ein gauche un trou bouché' pat
un criftal des p'ns clairs ; a» travers du-
quel on leur voyoit le cœitr. Si nos R^
'piahes tvoitm trne fer être femblable , ceb
• tioxn feroit d'un grand ufage. P«ii s examinant
la ftrué^ure des coeurs de 'eurs D-mts, ili
trouvèrent qu*i'8 portoieni toutes leurs pen-
fécs en lettres hiérog') phiques. Ils eudenl
été long-»ems à les expliquer : mais leun
Dames leur en donnèrent la Clef , ôt ili
conrnreni qu'ils étoient autant aimez qu'ils
aimoient. /'//i» leul foupirort. Il rûifo»»
liairé moins de majefte fur îe vifage desR*-
maints f pourvu qu'elles euffeni eu une fe-
-nétre au coeur , fembltble à celle des JLi^
mijef. Elles ne nous ep impofcroieni pà«
c&uime cUcf fpnt » dilbit^il » s'd aous étoit
Bbre c'c fîre.auflj.tnt fur leur cttat ci
4a*el1es ont dans Pamc. Qu*un Mari 'À-
Foic heureux de pouvoir connoîcrc par cet
indice (î un autre ne part^ifre pas avec lui
des plaidrs qui lui (ont dûs ! Il s'inforiiia
de quelle manière Icsr venoit un ornement
fi utile êi n ncctiTàire. Aprenant qu'elles
siaiflbient ainfî , il fouhaita plufîeurs foit
q«*il fut £p(Iible aux Dames Komaînesà'zc^
coucher^dans la. Lune* Pomfomu s n*étoit pas
d*une opinion contraire $ mais voyant qu'il
•étoît inutile d'y penfer j il propofa à P$f(m
de cominuer leur piaiiîr , fans s'amufer à
des fouhaits inutiles ^ ce qu'il n'eût pas
beaucoup de peine à lui perfuader. Les
trois (ours étant expirez , ils firent de ma«
gnifiques prcfens a leuis Dames > 6c les
prièrent , que s'ils ctoient aflez heureux
pour devenir Pères dans la Lune , elles doiii>
joafient leurs noms ^ux .£i:fans dont elles
feroiem les Mères. La Dame avec laqueU
le Pomponms avoit eu commerce eût une
fille , qu'elle apela ,Pcpo du nom de (ba
Père , flt celle que Pfjon avoit époufce eue
un Gardon qu'elle nomma Sulpict, Nous
pourrons raconter dans la (uite les Avan»
turcs de ces deux Perfonncs Nos Rcmaint
après avoir pris congé de leurs Dames , alle^
xent an Magafîa àt$ Pucela^^es . cù hcmponiut
. fc douroît que le (ien pouvojt ctre retourné,
EfiTe^tivement il le trouva à la porte , où il
prcno ' un peu l'air', 6c fc repofo't des fatigues
qu'il avoit eues au A'enelas, 11 le reprit ^ 6t ils
continuèrent leur chemin versle5;;<///Mi, où
ib arrivereULt au teiLs qu'ils avoism promis»
■ F7 CHA,
( IJ4 >
CHAPITRE XXil.
^sumjcrh C Med Ailles dg la BiMotkequi di
U Lun$. Cpnverfdthm des Romains
PR itcus ttar dît Vpie pendant qu*iU
a voient été abfens , Samsr leur a voit fàii
Toîr les Manufcrits 5t les Médailles 69 Ut Bu
UiotHequt. Qu*y avez* vois trouvé de remar*
quable f dit Pi/on. Peudtchofe , rcpoiàic
Prifcus. Sdmdr les eftimt fort , flc je croîs
^ne c*eft ce qui fait tout leur prix. Ce n'eft
Cf qu*il n*7 en ait de fort beaux , foit en roa<
luir, écorce d'arbre > ou parchemin, K
nous en a fait voir treme-fept d'unmcmeou-
▼rage qui font prefque tous diferehs. L'an
dit bleu ,>où l'autre di^oug^ ^ l'unaifirotece
.que l'autre nie. En/ùite pour nous convain-
cre de l'utilité des Manufcrits > il nousa fait
voir deux éditions diferemesde cet ouvrage,
dont une favcfrife les Epicuriens , Se l'autre
fîiâtrent \tStoïcifwe \ toutes deux fondces ea
bons 6c anciens Manufcrits, de l*autôritcdef>
quels il n'eft non plus permis de douter que
Je la divin té de Phœhui : ce qui m'a perfua- .
dé que ces pièces étoîcnt cxcellftifes pour
prouver toutes 'es opinions qu'on veutdéfen*
dre. Il nous a fait voir des Matîu'cntsfuppo-
/ez, fifemb'ab'es aux vernît) es, que >'il ne
ffiouspetit averti de la f(»iirberie, nousieseul*
fiontous cruségalem^'m bons.
Vous ne nous parlez^ t>« dit BgnâùuSièt
la /bperckerîe , dont il nous a fait Iliiftofre.
Four flioi i*en ai bicti ri , dit ÙtUr, Voici à
peu près ce que c*ejft ; Pendant environ
niHle ans » tous les Sçavans attribueront
âi plaude , Cictron , Tetence , lîorac$, Vir*
gîip , Catulle , MdrtiaffBc une infinité d'iutrea .
Auteurs pofterieurs «dont je ne T^ai û i*ai bien
fetejiu Us noms, ( ils s'appellercm je croi , Gê"
lafi , Gfêgoire , Auguftin , Ambrotff , Bilaire ,
Pro/per, Vulgence ,U autres, ) touslesouTra«
ges qui portent leur nom } fondez en cela fur
d*asicîen« Manufcrifs» 0t fur une Tradition
fidèle, qui fans difcontinuer dépuis la via de cet
Auteurs fUfqu'aqx decles pofterieurs, fera foi
c^ue les ouvrages qu'on leur attribuera feront
d>ux , & leot auront été attribue? en tout
tems. Cependant un Jchfyfifhage noir s *infcrf*
ra en feux contre I*auiôritc des Manuscrits 8c
l'uniformité de la Tradition : il s'ataquera d'I*
bord aux àuttws Rcmains , 5c hrt voir qu'ils
A>nt ilipporr:^, qu'il n'y a rien de plus incertain
que ce que Î'H -ftoiie dira 5 que Cic^rcn , Teren»
ie X H9race . F/r^i7«nefont que des noms chi«*
ineriqucs^ dent ées Auteurs aronynn es auront
orné« leurs ouvrages. Il étendra (on grand
prinlîpe par un Py^honifine ctudié à tout ce 1
qui regarde t:a la Re>igion , & fera voir qu'on
en aura impofé au nnonc'e Totis h titre fpe*
cietix de bons & anciens Manufcrits qui fai«
fofcnt foi de ce qu'pn avoit avance î Mais il
aura le malheur de débiter fonSxOcme dans
un tems où on fera fi frrt infatirc du mtritc
des Manufcrits , qu'il ferax blit,é fou* peine H«
de^ebt ïffarce , l chanter la Paltncdie ; ce qu'il
fera de très- bonne grâce > en avouant qu'il
*' faut
Rm ptrféf comme la multitude « q«o?qu'ot
pcnfe autrement. Qvwi» dk Pompcnms ,mn
homme convaincu par fou étude , fou expé-
rience 6c (en travail qu*ane chofen^cftpas,
croïamde plttsavoirTcvidence du contraire,
dira et pend a r^t de btKche qu*une chofc ta
noir, quoiqu'il f oit perfuadé qu'elle eft blan-
che t il fera bien plus» aioura Einatiiés \no»
obftantfa Pa^ynodie.il entreprendra de dan-
ner dam Ton Syûcine le Recueil du rc ulcae
de toutes les Affembléts géifénUts dês Pontifa
de fa Religion: Il ne faudra pas moins que Paii-
thoritë du Princt pour le difpenfer d*un tra«
irail (î épineux. 1efça«s bien, dit Prifcus,(\u»
les hommes font fous ^ ouis fai admiré qu*ua
S^avant doive poner Texcrayagancc H lo a
Sénmar nous a raconté au Tu jet des Manu(^
cn'ts , une Hîftoire qui ne vaut pas mieux
4<ie la première. Il arrivera» nous a- t-ildir>
qu'on pouflèra (t loin l'affcâion qu*on'aura
pour 4.a vénérable Ai^tîquîtc , que dans un £•
cat de 5 mieux policez on res^ardera comme Itf
premiers hommes du (îecle ceux qui <fiiw
rontle mieux dcchifrerun Manufcri • Alurs
le Druide Je Sidan , ialoux de Tantiqu'té de
là race voudra prouver par un vieux MJkiuA'
crit, quîil defccnd en droiic ligne d'un Em-
pereur dçs4jâules, II fera feiiillcter les anciens
Regiftres^anatiquc^d•Mn repaire a'khtyofha^
Itss & prouvera au jugement des eAperis,
quoi qo'rn >'epit du bon fens , que l'Empereur
dont i' préienJ dc^Lcndre, aura été Père avant
rage de^ neuf ans.- Mais té Prircc let^nani
jugement irrité *on're l'in'olence & l'i^^no-
raoce àt% Dcchlirewri uc Maoukrits> le^ en»
voycra
▼oyerâ cent mille loin de U perfonnt «prtnJ
^re à lire f ou du moins à débiter kuri for Aet«»
les avec plus de précamion.
£ntre autres Manufcrits, dît Citer, il nom
«n a fait roir uii en parchemin , écrit en^ec»
tres«l*or, intitulé : * hijhin de VOrdredeU
Cdtùtte, dtdié à Menjeigniur le Druide Menl.
Inftituteur de l*Ordre. Cette pièce eft remplît
des plus joHes poliflônneries du mondet de
pourra avoir foB ufage» pui(<)u*clle contient
en abrégé la Vie de tous les Princes , Stim
gnears & Druides » qui feroftt Chevalier de
cet Ordre. C*eft untilTude failUesdcdepoii»*
tes <i*erprit qo*on ne petK payer, entre autret
chofes il y a la Fîi« du Chat Majerdome de MoiW
feigoeur Ueal. Ce Clut voyant un iour un
Simi§
♦ Pour dmner au jujle^ Origine du Regîmeni
ele la Catotie, Ufaut/çavoir que les r Ailleurs qui
formèrent ce f retendu Régiment éÊ$ commence»
fnent de U Minorité di Loïds XV* onte&en vue
€es exfre/ftous qui ontpaffé en pre-werlfes , il lui
fam VI sç Calotte de plomW > il n'a pas de plomb
dans la tête. Sur eeprincife il plût uux railleuré.
tp'duxfetits Maîtres de la Cour d*enrolUr dam
€0 Régiment tout ceux qu'ils crurent mériter d*ê»
ire relevés, pour des défauts ridicules z^pouf der
fautes grojfteres : tr comme la raillerie ne t'attam
(he qu'à ceux qui en valent la peine, on n'enrolla
farmi les troupes de la Calotte que desperjonnes,
la plupart connues i^ dtftinguees, ou par leure
emplois ou par leur naijfance , ou par Ituf efprit.
Une petite Addition Àla fift de rgt Ouvragé
achèvera d*édaiwr l'UiA^lst delà Calouç^
i^kqBdretTQ&
qpalitc d« Mjotre
«TH^A^étc tf«e^ce^-aiK£akMc£ur«
ji^ii ii«fllHfi,pni ■ ni'il«*irriii re^ posr
Il ÂfcattéebtaUtqa'aBsorccande papier
§[EMrf CBK^ la aaâi»<fn a*^^! bon , ni à
r»-Jr,aboBâjÊrice Ckatdb-ic,s*avi(à d^OD
£ûre pUific aa
Il (c oMt ca campagne :
kaSowtsdtU Maifon avcr-
â WÊMthÊ^ le rcdrcat dans leurs cel*
Le lli<fcffdowii neiroaTam pas de
ni à la care » fè reflonrâl
l'il «ffoît icnti pîaficnrs lots amovr de fo»
q«t Un ctoîr alèi
U.covt an flakc^ entre dans h
cikambre de ion Maigres Ta dansk cabiacr,
m 0 tronre (on Akeâeocciipce à compoTer
■nanple coMneacaireruT% Vte de MdrfPi
Jês PeUams ^Smvsmt* de USsmsrhâimê im
Pemi^WÊ^. •L*odewfTapefonneB,4clitipro«
set ém gâ»icr. Le Maiocdome (itreue de tovi
cotez dbns k cabinet fans rien trouver. li
^apcfçok (ealement, *qne ph» il aprocbe de
Ion Makre , phis Todear agit fur loi $ Enfîo
il fijtre (on Maître, & reconnoit qu'il pour*
ra flire capture. Le Toilàqui^mpelelong
.de («^s fan^bes. Un pied au defliis il trouve
comme une éponge feche quM prend d*abord
pour uneSouHst Mais ayant reconnu (on cr«
reur, i! avance Ôc lui dûtouAle le corps plot
luut (ans rien trouver ; plus il monte» plui
il fent Todevr. ]) fcmet en embufcide fui
l'cpaule de Ton Alteflîe % 8c entendant un petit
bruil« il aprocbc ion mufcaii de rorcilie de
Moa«
? t»9 > .
Monfeî^lieur. En mcmc leflat le Suifi s*i2
^nce pour voîr qui eft cotui qui frape à la
e\Tf i^ coaîs conime il avançoit un peu trop
tctc^, ilfefentit pris au coller par le Chat
dui; remporta bienjoïeuxau MarfordoAe, k
mî il le conligna 4 pour être mis en civette»
pour le repas de (on AlteflTe. C^toît le pluî
folî Rat du Mondes ilavoit fait fesHumanî*
tezaa PleJJts , Ôc un cours de Rhétorique au«
^ejuùes fous Perée, Montenpnis lui avoir en*
fctgBé laPhilorophie,& Huhi la Théologie.
Ilavoit reçu le Bonnet de Doâeurde la Ma»
Ibn de fiavarte. £n fuife il ëtoit devenu Di*>
re£leur dtsMomaUs , qui Tavoient remercié da
fcs fcrvîces ^ parce qu'il nrangeoit toutes leurs
chandcles. Il avoit été trop heureux d'entrer
tn condition chez fpn Alicfle, qui lui avolc
donné une de fes chambres Vuides, avecTO^
fice deSuiJfedt fa tête. Comment^ dit Pomé
fomus , avez- vous retenu touref ces folies t
On retient plutôt , dit Prijcus » une Hiftorietta
de cette nature^ qu'un Précepte de Philofophie»
Avcz-vous été auiZi cornent des Médailles^
^ue des Manufcrh '\ dit Pifin, C*e(l à peu-
près la même chofe , conrinua Prifcus. Mail
a ceqoenous4it54fyi4r> on fera encore plut
fou au fujet dt» Médailles quedesManufcritt.
Elles* feront hors de prix. Les Perfonnes mè«
; mes dcdiftin£Vion le feront un mérite de les
connoitre. Il fo trouvera même des Dames
qui (k piqueront de cette fcience. Il y aura
d'habiles Antiquaires qui vendront iu(qu*à
leur Patrimoine pour fe faire un Cabinet com«
plet de Médailles. Que fera-ce donc que cet
Médailles ^ àh Pomfonius. Ce fera» repartit
( t40 )
XpfMfiusi noitt MoAnoïe d'tnioiirdliiir , ceîl
ledc9 ûecics ^ui nous auront précède ^ & de
ceux qQfnous (uÎTront. Comme cette Moit-
ftoïe deviendra rare » on fe piquera d*en avoir
pour connoitre le Prince , & en cirer quel*
quesconnoiflances pour l*hiftoire; Cela me
pare jt fore fujet à cautien, dicCr/#r, parce
qu*il n*y a a rien de plus facile à contrefairCr
S'il eftvrai» co;nme ^4«74r nous l'a dit $ que
les Médailles doivent être hors de prix , qui
peut empêcher un impofteur qui s'yconnoi-
tra d*en fraper , fur rout de celles c^i maiw
queront \ L*Arc des connoifleurs , ajouta
le Bibliothécaire » ne s*ctendra pat fi lein
qu*on(e Pimaginera. Les plus habiles fool
fiijces à fe tromper.
Mais peut-on fça voir , McfTeurs, ce qui s'eft
paflédans vôtre Voyage ? AufCtôt PomfênÎHt
£c^part à la Compagnie des Avanturcs qui leur
^toienc arrivées pendant leur Mariage de trois
fOurs: ce qui la divertit » excepté Pnftus,f\\i\
pour értrer de femblables noces» propoû de
quiter ce Pays. Egnatius fat d*avis de faire
]e tour de la I<ene , avant que d*en forur.
Par PolUix , die Pijon , nous hÎTernerons
donc ici. Corbleu , nous en avons pour p-us
d'un an. Si vous vou^e? tant courir ja
promets que i'ivai vous attendre au Menelat»
St qu'y ferez- vous f dit Egnatius, Ce que
voue n'êtes plus enâgedehire« repartit ?//«».
C'eft une louable coûtutneencePaïs, de fê
marier pour autant de tems que l'on veut.
C>rbleu|ie m'y marierai tous les jours pour
vingt-quatre heures. Si Pompomus veut m'en
«rqû-e^ ilcA faraauca«tau trscaftor. li en
Sêu
i*
l w )
Hbrà plus \ portée ilc ravoir fonPuetlige q«âiii
Kovs partirons. Pour moi , MefCeurs , dît
P^fnponiuSy )e ne trouve bien ici. Quelque
penchant que i*aie pour rimour » rien ne m«
charme tant que la vue d'une belle Biblioch*»
^[ue. Quand je vois des Livres , \t fuis dans
mon élément. Où irons- nous pour être mieux
qu*ici I il y I encore une infinité de chofet
^U€ nous n*aYons pas vues. Skmârtik. hom«
me d'efprit , obli£;eant, gracieux « & ^ont la
cpnvrrlation nous dcdommagera aflts du piaî*
Ût que nous pourrions avoir à parcourir la Lu-
ae. Nous fommes maître de notre temf.
Ifous n'avons pas quitte Romt , pour y retour»
ner (i-tôt. Quand nous palTcrions iciunluA
tre , nous y trouverions toujours de quoi noua
divcrttr. Reftons encore ici quelque tems ,
aous verrons toujours, bien le rcfte. QuanJ
Pî/qh r«ntira fes befoins, en deux ou troit
jours if peut fc rendre au MtneUs ^ ou (i no«
ers Compagnie lui ed trop precitufe pour la
quîtcr i*aivu au Snellïus plus d'une belle per«
ibnne capable de captiver un coeur. Vouf
avez raifoh , dit Egnatîus 5 allons voir de com-
pagnie les Dames , 5c faifons Tamourpouf
pifên , afin de l'engager à refter ici. Vous at-»
triftez Prlfms, dît Pifon-y je lis Ton cbagrin
l«r Ton vifage: Mais faifons mieux-, il faut
contenter tout le monde , quand on le- peur.'
Tachons de lui procurer auprès du MagiArai'
Tcminente qualité de ProfeUeur en Philofb-
phîe. Ah' ! dit Pomponius , j'en fuis î j'auroii
bien envie de voir les Lunols devenir Sttïciensjf
Je les ai afll« étudiez , ils ne me paroifleni
fis beaucoup de vocations pouv cela, princi.^
paleî
m •
!
/
de
d*.
uo
■■ I
f
s» 1.
^ 1
_ e
1
( Ht y
piîemcfit les Damef -, encore Vâu^«{| mura*
Itre d'un parti que de n'en tenir tuam. J«
▼otts ptie donc» mon chtrPrifcus, de voue
cefoudre à prendre le titre de PKilofophe
<Uns U Lune } & nênie en cas de befoin , des
kttres deNaturalifation : Tout Tous y engage i
Tamour de la fageffie , un beau champ oà
Yous pourrex travailler fans aprekender lef
préjugez ) la complalfance que je crois que
vous avez pour nous -, & le (ervice que voui
rendrez à la République Lunoife. J'accepte le
parti 9 die Prifcus , mais à condition que voui
& Pïfon vous vous rendrezalHdus à mes leçons
êc que vous en profiterez. Je ne retourne plus
à Pccole, dit Ptfon , i*aî ^(^ trop fo iicttc :
de plus vous feriez un habile homme , C
vous pouviez me convaincre delà fauileté d'un
fêul princt^t à* Eficure, Il n'eft pas befoin de
vous dire que je fuisSeélateur de fa Morale |
personne n'endoute : Mais ce qu*il cft bon qu«
vousr<çachiez» c'eftque je n'en fuivrai iamaîjt
d'autre f à moins que vous ne m'en donniez
une plus commode. En maiiere de moeurs
de religion 8c de f entimens , j'aime à tenir le
large. La Fhilofophie d'JSfifure eft (i naturelle»
qu'avant qu'il nous eût invité a^plaifir> toute
la Nature y conCpiroit. . Il n> {as enfcigné
la volupté i il l'a trouve établie , & û bien
enracinée dans le coeur dts homines, que je
cpnnois un Philofophe des plus fevcres, quia
crû avoir été fou jufqu'à l'âge de vingt cinq
ans» parce qu'il n'avoitceffé d'aimer qu'en ce
f ems. Par un argument tout contraire , il aurofe
du conclure qu'il n*avoitété fage que jufqu'à
ce tems^ pui/qu'il Jc peut nrendre pour Te-
« poque
( uî r
j^bque dt la folît. * La vcrîtiUt iagcflê ni
conlifle pas dans la fpccylation de quelque!
aaajrimcs outrées. C e(l être fage, félon mon
limff ^quede fuÎTrcle penchant delà NaturcJ
id*ii:iiitef les Dieux, de marchtr fur les traces
dk9 l^ros^, de dt vivre comme ont vécu nof
Sf)(pres. Je croîs que Prifcus avec toute fa Phi-
lOTophîe ne perfuadeVaà perfonne qutl'amouf
Als belles chofes ne foitpasun fcntimèntfn^
tkrîeur qui nous e(l infpîrë parla Nature^ qu«
Ai-fc ? qui mit avec nous, qoi vit avee nous/
Et «lean avec nous. 11 ne peut pas nier que
fes Dieux ayent aimé , & aiment tous les
ffcirs. L'amour t^ fi eflentiel à la divinité,
q[U*otez Pamour il h*y a plus de Dieux.Que
nos P^res ayent attné notre exiftence en
«ft uae preuve convaincante : AinQ ainaer,
être aimé , félon moi , doit faire toute la
béatitude de Vhomme.
* C'eft raîfonner en parfait Kpîeuntn , re*
partît fr/y^«/. Mais fi fe vous difois , qu'autant
qu'ua amour bien réglé peut è.re utile , il n'y
â rien de plus nuifiWe que cet amour, poitf
peu qu'il prçnnele large. L'amour que la Na-'
turc 410US infpire efttfn amour déréglé , qui
donne tout aux fens, qui gâte l'efpritencor-
lt>mpam le cœur.Pour peu que je me fentifle de
iîfpofition a nierVexiftencc de nos Dieux, rien
ÈC feroît pks capable de m*y déterminer qut
ft'urs amours infâmes. Nous puniffjns ai
dernier fupiiceles adultères. Une l^^yf 4/f con-
vaîncuë d'impureté eft enterrée toute fîvr^J
Cependant nous adorons de£ Dieux qui ont
comiûis toutes les efpeccs imaginables d'îa.»
purctez 5 * qai plus eft, nouspoKOnslecriV
1 ■' =■ me
\
( I4< >
rtHH^
CHAPITRE XXIII.
yugtmtnt dt Samar fur Ut 3^urnéUififrm
Traits d*hîfioirt.
A Pris les premiers complîmenf^ Pêm»
ponius demanda à Samar ce que c*ctoic
.^e le livre qu*il tenoit fous (on bras. C*eft,
repanit Samar, un Journal de Trévoux, Pour-
roiuon fi^avoir, Mondf ur, ce que chante ce ]i«
Vre/dit P//6». Ceft, rcponditS4m4r,unab*-egé
av<cla critique de quelques livres, qui doi-
vent paroitrel*an cinq mille fept ou huit-cent
& lui vans. On fera bien des livres en ce cems-
là 9 àh CeUr. Il me parole que la plupart
des livres que j*ai vus dans voire Biblioihec)tie ,
paroîironi dans ces ficelés. Vdusavez railon »
repanit ^^im^r :Mais quoique ces Hccles doi-
vent erre fçavsns il ne fera cependant pet m»
d'écrire qu*avec beaucoup de précaution. Il
y aura des Sçavaos qui feront la .4 erreur des
mauvais Auteurs. Pa exemple^ le livre qile
vous me voyez eft excellent. In voici le
delfein qui eft parfaitement bien exécuté. D«ins
tous les Etats les mieux poifcez il fe trouvera
àts gens de mérite & d*érudi. ion vêrfez dans
toutes fortes de Icîences , qui sVrigeront un
Tribunal de Littérature , où ils pcfcront au
poi4s du bons-fens & du fçavoir tous les
livres nouveaux qui paroitront. Celui que
je tiens fera écrit par Remonituen Ichm
t*jofhagi noir , h )mme d*e{prit^ denaiflânce
^ d*érudition » f^avaat ^ poli ^ honcte, iiu
dici eiur
( Î47)
Vicieux « qu! pendant un long cours â*innéei
tiendra dans le Koyaume (ies Laudes la place
^'Afaihn , 6c d)(l*ibucra aux Auteur5le prix de
rhonneurôc delà répuration« fe!on qi)*i s au-
ront bien ou mil réu il: dans leurs ouvrages H*
ne travail era dans les piemieres anntes que
pour les Sça vans Son ouvrante fera un Reçue il
choifi de ce qu'ily^ura de meilleur dans les
Ma hcmatiques, l'H (loireôc les btaix Arts :
Kfais faifani reflexion vers la tin de fes jours ^
Tur futilité que e publ.c pourroii leurer de (es
f<ça vantes occupaiions. s*il s*abaifloit jufqu'aux
matîeie^t qui peuvent inrere (Ter tout It monde t
il Ce rrè era dans les- oifpiites qui rendtont
alors ptoblem^t iqucs la plupart des articles
de la Foi domina'^r;. Aïo s ce S^avant aban-
donnant Pécude frche es Mathcmaiques, de
de ce qui puuvoit mériter Tactenirondcs per-
fonnes d'e(prit , voguera a pleines voiles fur
la mer orageufe de laScholaftique. U> Pontife
Rrmaîn donnera une Bu'Ie, qui partagera les
fentimcns. Le Journa (le n'ignorant pas c^'il
vaut mieux prendre un parti que de demeurer
neutre, quand 'es chufes s\ chauffent , fc
déclarera pour le Pomife Ôc ramifiera Jans Cot^
ouvrage tout ce qui favonferâ la caufe2((7i»4/»^.
Il eft vrai que les 5{avans en murmu.cronti
Quelques-uns même feront d'afl^z mauvais
goût pour ne vouloir plus lire fon ouvrage :
Mais en rccompenfe. If s Dames de fon parti
fe feront un plaifîr de l'avoir, & lui rendront
la iuftice qu'il mérite.
Il ne fera paslefculjourna'tf^ede fontems.
11 yen aura à Parts, tx\ Hollande , à Ltipftt,
9l autres cadroits« dom la crit ique 5c ics loiian*
G % gel
|:et feront également dcfîrces o« tprehe»^
dccs des Auteurs. Quoique le m^rftc d^oii
Ecrivain ne dépende pas de leur ji^ement, il
(èra cependant d*ufi grand poids dans la Liue^
rature. Il y aura des livres qui iront iufqu*à
la cinquième Edition , qui fans eux , (%m
roiem rcftez chez le Libraire pour orner ùl
boutique. Par exemple : On ne pourra riea
voir de pluspitoyablequele/'oeigsf i«/4 M^g^
dilaim , dit dg U SsiMt Batiim, Un 'îraYer#
perpétuel régnera dans cet ouvrage qui fera
écritendcpitdela rilfon & du bonsiens. Ce
fera un Poc:neoùroii ne trouvera ni rime ni
raiion. U n*y aura mcm« point d'homme d*ef-
prit qui en le lifant ne s*imacinc qu*il aura
été fait cïprès contre toutes les règles de la
pocfls de du fens commun pour divertir 'e
Leâeur. On pourra croire , que quelque iospie
y )otc les Dieux 6c la Religion* Rien moin^
que tout cela Le Poème fera compofé de faag
froid par un Ichfyophsithtandes plus aai^eret
^ des plus mortifiez. lUe compofera par dé-
votion > 5( cour' l*édifîcation du public .- Et
avec ces bonnes intentions , je crois qu*it
n*auroit pas cteiufqu'a la féconde Edition fans
les Jûurnal.Aes. Us en feront des analy fës des
plus plaifances qu'on puilTe vofr. Ils en déta*
citeront quelques vers qu'ils feront paroîtra
dans tout leur ridicule. Enfin on fera curieux
de voirun livre, fur lequel ils auroui exerce
leur belle humeur j ^ l'Auteur leur fera rede-
vable do plaifir que foti ouvrage donnera aux
pcrionncs d'elpiit,
%*i\ fc trouve parmi les Tournaît^es qtr*4«
ques perfuaocsdoatlareligiou^ouUs intérêts
parti*
(149) ^
particuliers contrebalancent l*cqDtt^i le ptiif
grand nombre rendra toujours juftice* Non
feulement leur fîécle leur (era redevable de
leurs fçavames réflexions^ mais je crois cpi*il»
ie purgeront des mauvais Aiiteurs.
Qu'entendez vous y s'il vt)u$ plaît , dit Prif'
€u$ , psir mauvais Auteurs l Je nef^ai û nous
«n avons tous deux la même iàét. Poin* moi >
f.e m* imagine qu*un mauvais Auttur eft im
homme qui écrit (ans but & fans deiTein ^ feu-
leinent4>our écrire tTel eft Vichtyophage noir
qui doit donner les Ouvrages de Grégoire U
Grand , que vous avez dfépeint avec de fî
désagréables couleurs. J:*entens encore par
un mauvais Auteur, un homme qui ne prouve
rien de ce qu'il avance , & qui voltige de
branche en branche dans un Ouvrage^ qm doic
être folidc : ou bien qui dans un Ouvrage
badin Fait pour fe divertir^ garde avec la dtc^
niere exaâitude les règles de^la Grammaire.
Pour moi^ dans un femblable ouvrage, un
beau feu me plaît jun ingénieux defordre^ un
mélange étudié (ont de mon goût. J'aime le
brillant 6c une petite digre/Tton maligne». ou
pleine d'efprit $ ou même quelquefois des en«
droits lanpuidans, pourvu qu'ils ne rampent
pas & qu'ils ne (ervent qu'à donner du luflre a-
d'autres endroits , où TÂuteur ùSc voir la
force de fon génie } cela ne me paroi: pas un
défaut. Je ne dontferois pas non plus le nom
de mauvais Auteur \ un EcîWsi'm, qui traite-
roit une matière qui ne feroit pas de mon goût.
Je ne fuis pas Epicurien , mais quand il plaira
a Pi/on d'écrire les maximes de fa Scde , pour-
Vû^u'il conclue ju^e^ autant que la matière
G 3 peut
pcutlepcrtncttrc, 8c qu il ne pêche ni contre
les règles dubonsfens^ ni contre les lumières
de la raifon , je le regarderai cômoie un habile
homme , bien que je ne fois pas de (on opi*
nion. Nootfomrnes, àuSamar , à peu- prés
dq même fentimcnt je demande cependant
autre chofe que du bons fensAt deU raifoa
dans un ouvrage. La délicaiefle dans les peiw
fces , IVlégance dans le tour des phrafes , !•
choix dans les mots » fosc des cbofes qui a»
doivent pas être négligées, & qui feules font
ibuf ciît capables de foûtcnir un livre. Telt^
Plaque Rbmanqui doit paroitredanslefiecis
de RemonitHen fera Touvrage du Druide d«
Cambrai y^ n*aura pas en efFet d'iutre mérite»
Il péchera ménae contre la vérité de PHiftoire.
Il s'écartera à" Homère i En un mot il n*aura
d'autre fondement que tes idées creiiTes dit
Prélat : mais ce Roman fera bien écrit. L*Âa«
teury fera briller (ornaient pour les ll(>/»4jfi.
On croira y voir le portrait de quelques per«
fonhes de la Cour. Il n'en faudra pas davan*
rage pour lui donner la vogite. Tous les au*
très Ouvrages du Druide de CaHibrai fcrooi
avec le rems enfevelis dans un éternel oubli.
Son feul TeUmaque rendra Ton nom immor*
(el } 5c les Amateurs des pièces fabuleufes fbû«
hâtteront que le Prélat n*cut ja^iais écrit qus
des Romans, Il arriva dans le nnême décie,
quf deux Ichfyo^ha^es noïTS écriront en même
tems fur un même fufet. L'un ne rat^nne*
ra pas 6c , 5c l'autre parlera mal : ce qui fera
4ireà un habile Critique, que l'un.auroit dâ
aprendre à raifonner à l'autre « ^ui luiauroti
apris à parler.
J*at peine à croire , die Celer, qu'il y aîc dci
perfbnncs qui écrivent en dépit du bon (tnSm
R.î%n de plus commun ^ repartit 54/yf4rj de au
. Contraire rien de plus rare que les bons livres.
I^es Auteurs, dit Prifcus, ne (ont pas les feuli
<)ui pèchent contre la raifon. ht% perfonnes
les plus diiV nouées ont leur ^oible , c'ell-à-dire»
cjuelque défaut d*cfprit qui me couvain^ que
cela provient du fonds de l'homme. 3*ai Vk
autrefois je ne f^ai quelle Hifloire oui Auteur
par des fat^s authentiques flc choin$ convain* .
quoit les hommes , tnème ies plu<( élevez en
dignité, d'imprudence 5c d*ihdiicretion, pour
ne pas dfre de ïo\\t. Voici quelques ^its qui
Çc font placez dans ma mémoire, v
Cilcpan^, Druide \u premier rang, bel hom-
me , bien fait , plein d'e(prit , homme de
cabinet, (\:^\ ackoit 5c rufé Politique, aptèf
avoir dunné pludeurs marque^ de (a fufHfance^
fu chargé p.tr (on Prince d'aller à la Cour
du (loi dcsSarmafes , pour quelques inttrèts
qui C(oient communs entre les deux Cou«
tonnes. Le D.u'ide parut avec éclat chez les
Sdrmates, On admira ie brillant de fon eC'
prie. Son bon air , fa riche taille lut gagne-
renr le cœiir des Dames. Plufieursalpirerenc
au plaifîrde lui faire porter leurs chaînés mais
aucune n*y rétilTît fi bien que la Reine dti
Pays II foutin: quelque tems contre fes ap«
pat 9 mais enfin ilfut obligé dtCe rendre. La
PrinceiTe fîere de fa conquête , le traita ea
enclave $ 5c fi quelquefois cl!elainbitecha|>er
quelques oeiKa jes fayorables , fa bouche audli-
t6t les defavouotf. Je vous laiffe à penier
^uci train prenoient les affres de fon grinça
G 4 pendant
petidant qu*î1 s*amu(bit à faire I^amouf t Is
Reine.; Sa Négociation échoua : En un mot,
fon Prince fut obligé de le rapeler s & il tic
remporta de fon Ambaflàde ^que la conBifîon
d'avoir laiilé dépérir les affaires entVe Tes
mains s fans avoir pu obtenir de la Princefle
quelque faveur qui le dédommageât.
Saliiru , Général d'Armée de la Katîoa^
Catéloife , homme verfé dans les affaires Sl
qui manioît également bien la pkime Bc l'ç*
fée, fut chargé par fon Roi-de faire unTrat«
té avec ceux qui habitent le long de la Mer
Adriatique, Sa Ck)mmiflîon fût fecrette. IL
IVxecuta avec plus de fidélité que de prudence.
Son Roi 4nourut peu de tems apréf ^ôc le^%
Prince qui lui fucceda > ayant engagé tous les
Alliez de (à Couronne , à lui communiquée
tous les Traitez que (es Predece (leurs avoient
faits avec eux , entre autres on lui remit ea
0iaîn celui dont je vous parle. Le Prince
fut extrciçemem furpris devoir qu'il s'agifFoit
par ce Traité , de l'éloigner de la Couj^onne }.
^ 3c qne le Général des Armées avoir non feu-
lement traité pour cela avec les peuples qui
harbitent les Terres que baigne la Mer Adria»
tique, mais même qu'il avoit engagé dans ta.
mcme ligue les iberiens , 8c les Allobroges , 8c.
plufîeurs autres peuples. Le Prince faincnir-
ie Général des Armées, & lui como?unique
ks Traitez. Salliru Icii avoua , en difant qu*il
lï*avoit fait qu'exécuter les ordres duTeu Roi^
dont il fournit tes originaux , (àiisquoif^ tcte
en eût répondu. S'élbignant enfuite de- la
Cour, il échapa à la veangeanceflc aurelTen-
ymcmdu nouveauPriflce, 4ontpeu t peu îi
mérita.
ififcrîtâ les bonnes grâces par fa femme.^
Entre hi Druides de Ja même Nation r
Cîeêtis fîîfi d'un Père dont le cerveau n'croit
pas des mieux timbre*, eût le malheurdc fe
voir déshérite. 11 chercha dans le Sacerdoce
à fe de jommagerdes biens, dont la folie de
fbn Père le privoi^ Il fut' c!evé avec les pre-
miers Dfuïdes de ^a Nation. Ilacquirpar
fon travail une éloquence qui le diftingua ,
quoi qu'e lene lê mît pas encore au rang des
ptemîers Orat<îur5. Pneurra , Grand Prêfe
du Tcmplo àtyimen , ceffi de vivre î les Drui-
des de la prcTiiere diftîndion brguercntfa
place. Le Roy qui devoit y nommer^ fe vit
îbllrcifc par ce qt^'il yavoîtJe plus grand à
la Cour. Son propre Nevea la lui demanda
pour le Druide MoneUs y\ .]U' un<lefes favo-
ris étoîi redevable de fon éducation , 5r qui
téîoit un de* plurhabiles Orateurs de (on rems.
Lefloî fans avoir égard aux recomman i.itîons,
confulta fon Moula, félon '*avi« du^^uc' il nom-
ma Çleotîs, Il envoie un Offi lerdç fc^ Gar-
des lui en porter la nouvel!';. CUotlt^ qtii n'af*
piroit pas à une fi haute fortune, furp is de
Vair un Officier de la Garde , 'gnorantcegue
portoit fa commi(Tîoii,^rut qu'il vcnoit pour
Tarrcier. Il veut chercher fa fureté dans la
fuite, maïs fans lurent ^onner le terni, on lui
fignifie la grâce du Prince. D'abord ilcroîc
qîi'on 'uî en imnofe s enfin il ceie ôt devient
Grand Prêtre Les Seigneurs y trouvèrent )i
redire . Vl4t54e Roi 'eur impo'a filence. ~ On
fît enr en ^re à Cltoùs qu*àprés-la bonîé du Prin-
ce, i'n'étoît redevable de ce potte qu'à ion
doqucûce. Il n'eo fa Un pas davantage pour
G 5 le
< tT4 )
le pcrfuid cr , qu*i étoit le plus habîle OrateiV
de ronrem*. Iltrouvib'en-fot uneoccaiîoa
folemnelle de parler en |, bHc » & ti eût la fo-
lie de $*y exposer , qiiuiquM '^ù: bien ^ue le ne-
veux ciuRoi quîav ' U •icitf pour inautre»
j dur prcfider. 1' paya d'effron trie : mais à
peine eûiil debirrq .eiqi.es périodes» qu*oti*
bitanr fon difcours il fût i/bligé c!*obeir bon*
tridfment aux ordres ài^ P tnce oui lui com-
manda de defccndre de la Tribune.
On n*auroît ianaafs fait, dit Pif a « /i dO
Toutoit raconter toutes ^es fo^iesdes hoiiunes.
Oft un cbamp fort fpacieux » dit F.gnanuu.
Il n*j a perfonne fur ce ^t( qui ne putde pro-
duire une hiftoire de Ton fond. Ceb m* plaïc
quand on fe rend juftice, dit Pomponitéi. Qu'en
penfes vous, Monfîeurle Bilborbecaire.' Je
ne cor^nofs pas aCez Mcnfieur » rcpon«Jil
Samar « pour en pouvoir fuger .* mais Ym
une grâce a vous demander : |e ne croii
f\$ qu'^ vous ayezHeiTeinde vnu5 rembarquer
cette a>nnée au Mtff'U Si vous ériezjjliii-
meur À rcf^cr ici un mois , if me ferois un
trai p^aifîr ^prcs ce tems de vgois accom-
pagner, nf»n«^cutement à voir cequM y a de
Mre en ce F ts » mais œcme Je fcrofs ravî
que vous vouîufT^cz mep^rme crede vouf (un
Vre dans vos voyages* je quitte ois aLune
ivec ptaifîr , pour ère de v'>tr- comv^snie.
,On n*a peur-êrre )«nç) ^î< vu <fc Lnno^s à Rome^
W fe pourra que le* Dames ne prennen pat
moins de pïaifîr à me vo'r que Te^ aurai à leur
farelacour. T<»ut'e iwon e iccepra cesnf-
firts avec iuïe, fit on ^iV charme q«*i!vatî tût
4u« dêcUcompa^oie, |ln';i cm c^^tPjon, à
«^^incequll aroît 6\t des Dîmes ne plâr piti
If feftfuvint q'tMIlui avoit parlé de leur HiT«
foire. Il le pria de la lui communiquer , a fîii
<|u*it pur !a consulter fur cer article: hiUsSa-m
fftar le pria itCt l»onne grâce deTen difpen*
ier , en lui promettant de ne pas courir fur fe»
brifces, qu*il confentic aufC qu*il fur de la par-
tie : après quoi la compagnie pria Samsr, (i
Tes affaires le lut pernectuiem de les conduire
le jour fuivanc au Château des Larerespoîi il
leur avoit dit que '*Or he du Pavillon avoit été
inftitué. Samar s*enga?ea de leur faire voir Te»
beau ez de ce Palais. Us prreni congelé lui,
& paderem le refte de la journée à voir les
édiÛLt$ publics du SmllMSm
CHAPITRE XXI V^
htftoîrê dtf Prince it Kelofan^
' E ioiir fuîvint ils allèrent penrire Samar
chex lui pour aller au Chateau'. Dans
le chem n , Pri/î:»; leur dit, qu*ilatmoii à en»
tendre dire Jiib'cn des autres, qu'il lui avoit
lâir un porrrait fî avanta^jeuxdu Prince de Rf-
lûfan, qa'il étoit curieux de fçaroirfon Hi(^
toireé Vous ne pouviez , lui dit Samar , me
faire de propofi'ion q li me fut plus agréable.
]*aîn[\eà [parler des grands Hommes. Je vou«
fecst volontiers un abrégé de là Vie de ce
Prince
Il éroi' peîf fils du R^î 5/7t/^ , Prince fîir.
aommé/s Jiifit , à rauf« de fon amour pour
G 6 Vé<^té.
*
{ M6 )
téquhé. Hglêfân , dans fes plus îeuner-aii^
nccf , donna desmarquesd'unefprit si^, ai(c^
jfcnetmnr ^. a£^if , fli latfla entrevoir les ver*
ni$qu*onavû briller aveocantdVdat pendaae
(on Règne. L'amour fut (on défaut , fi cepcn*
dant c*eneftun-: car il ^ut avouer que cette
padlon a quelque chofe de fî doux & de fî na—
turel , qu'il n'eft pas befoin d*cire Epicurien
pour aimer ^ il ruÂrd'ctrebomme; Relofan
aitna dès qu*ilfiu encratdé féconnoître. Ses
premières inclinations lui attirèrent quelques
difgracesde fês Oouverneurs» Il eût à )>eu«
{rcs mf me fortune que Pifoni Mats il fçût fl
ien gagner leur amitié ^ qu*un déceux qui
avoiem foin de fon cdacatton , devint le Mt^
Jlidre fecret de.fes p!a<fîrs lèt plus cachez..
Quoi qu*il fut Prince , beau & bien-fait « il
eûr \^ maihf ur ic trouver des iîllcs alTcz fîeres-
pdbr méprîfcr fes bonnes grâces. Wne Dc-
inoife le qui fer voit la Prfnccflçfa Mcre^ cul
afTèz d\ippas pour charmer (on cœur. \jZ>
rencontrant au haut d'un efcalicr, ilvoulpt*
}ui donner des imarquesfeniîbles d« fon amour^.
mais la Demoifcllc s^oubliant dans une cir«>
confiance, Ci délicate, aprocha^Oi anain de lâ
foùe du Prince arec fî peu 3e. polir efle, qu'elle
le ictra du haut en bas de ^efci^lier, où î!
penfà trouver la fin de fe«fours« Le fait éc*a*
ta. La PrincefTe (a Mère loiia Paaîo«*de U
Demoife''e , ôr blâma fon fils, Mais Relàjan,
à. qui un ^u. d'expérience a voit montré , qiM
toutes lès hîles nVtoient pas de l*humeur d«
celle qui lui nvoii apris a faite dfs faur.tpcril*
I^ux fur l'efcall'cr , chercha fortune. ailUurjr.
llareHva une iafiâité.de. jeunes caars qal
fM7>
Thr€fi» Tttî fâîrc kommage. Une ComeJienr*-
«c , belle comme les amours, eût l'honneur
dfi lut faire porter (esxhaines. Ses Goiiver-
jieurs auentifs à toutes Tes démarches , furent
indignez «j^une înclinatton fi ~m^1 placée. Le
Prince Ton Perc en fût irrité} Ton avoît ré-
éblii à la Gourde faire foùer à îaA Comédien»
ne un perf«nnage qu'on ne joué jamais deux
ft>\r. Peu *'en fallut, qu*à un Bat où elle
p^râtdèguiféë en Page ^ elle ne payât pour li
roUe du Prînc; : Mais les Dieux permirent
qu*(]ne ieune Demoifelle aufTî belle que no-
ble lui enli'vârfa conquête. Rehfan vit naître
des firuitsde ce nouvel ei%agement. Il vecoa*
nut facilement (on fang dans les nobîés inçlî*
nations que firent paronre les Seigneurs qui
lui cioienrredevables-cfe leur naiflance. La~
Kof Ton Onde pour fixer (es paillons lai
propofâ de fe marier , <Sc lui offrit fa propre
xllé , que dis-ie ? t^ne Frinccflc digne du thrâ-
nc , fî on ne regardoit que fes vertus ôcfon
médite « mais qui avoit le ma'hcur d'être le'
ftuird'One inclinât on peu réglée du Roi. La
Pi încefTc, Mei c du Prince de Rebfan, à qui cer»
te Alliance ne plaifeit pas , s'y oppufa de tou-
tes Tes forces. Le Roi qui eh fut averti , mit
desefpion? fufques dans %n cabinet , afin de-
f^voir quels refibrtf elle feroit jouer pour
éviter ce Mariage. Cdïus fut un de ceui dont
le Roi feferv^tlc p^usutiemeitt. Outre qu*rl
épioh parfaitement bien tout ce qui h pàflort
«bezia PrinceTFe , ^ qu'il en tai(cttun fidèle
rapori, il perfuadoit au Prince dont il avoit
les bonne5 grâces d'époulerla fi. le du Roi,
Jla Princcffe, NTcrf dcS:MU/4» voyant avet
éfonnemeiit » qoe le Roi ^toit informé j»
tour ce qui Te pafToit chez elle , aprc» avorr
fub^onnc pluïieurs pcrfonnes » découvrit
entîn le manège de C^/^^. Elle le chaffa de
(on P.ilais avec indignarion | ôc en oppro«
bre éternel de fa perfidie » lui donna te fur«
aom de Gérrulus :^Ce qui fit que depuis
ce rems là on ne F^apeUa plus , que Caittt
Cârrulits. Mats tous les efforts de 'a Fnn«
celle furent inutiles. Le Roi rçi«t ù bien
ménager l'cfprit du Prince de Relo/an , qu*tk
€>b tnt Ton confen^ement pour le Mariage
tant defîré. lmaatnrz»vous , quelle fût la
fureufi de ta Princ»(1e , quand elle a prît
cette nouvelle. S^m Ffls fm quelque tems
fânf l*ofer voir , 3c n*eût pas d*autre cxcufe
à lui faire, fi non qu*il av«;îi érc oblige dV/Tjrïr
à îa volonté abroUc du Roi. Plu^eurs F I^
ïti furent le frui^ de ce Mariage , mais ua
Garçon Ciani né , la Princeâe Mcrc ,
«leitaiK bas fa fîenc , (e reconcilia avec fa
Bru , de re^û: avec pîaifir dans (çs I>ras le
jeune Prince qu'elle avoit oui au moQ-
4t.
Ne croye* p^sque Tjimour occupât fi
Ibrt le Prii^ce de Belofân , qu*i' ne pcnfât
pas à autre chofe. CVtoii prefque la moîa-
2re de fes occupav'ons. Quand il s*agif^
loir d*acquerir dé Phonneur dans le champ
de Mars, on auroit dit qu*il étoit né des
dents du Drajon que Cddmm tua, tant la
Guerre rèrabtoM cfe fbn élément. On Pa
tu un million de foi» par une géncroftté
trop ïémer^iire prodiguer fon fang fi pré^
cicuil à TEiac. On ÏU va ajpfcudre le me.
ticr
L
iS«r <fe îa Guerre avc«. U docilité d*un Sck
dat Se le courage d*un Prince. Il afroiv
coït les périls ^ il Dravoit le hazards - avec
une intrépidité ( qui fàifuit trembler le»
plus hardis > & qui coûtoit quelqucfoia
t>eaucoup df fang a TEtar | parce que coiaa
te la Nob cff: , animée par/ (on exempte ,
volo t à h gbirc. Il n'y avoit patot de
brave qui ne fe fii dans le perif ua
potnr d'honneur de couvrir te Prince de
ion corps & de fon épée. Qu^mi pendaht
le tcms de guerre , on ne lui permettoît
pas de porter les aVmes» on te voyok
dans fon Palais auifi tranquile que s^il ne
fe fut ps agt d\in Royaume aitquet il
' avoit droit d*afpiver« Cooune on connoi&
fbit r^â-ivîté de ton génie , on faifoi* pli>«
lieurs confonûures en Tair fur fcs (Kcupa*
tions^ Le5 uns difotenr qu'il cbercbotc
la Pierre Phîtofrphaîc, 5f qu'il ne fe Tcr-
Toit de Tes rtchcfles & ue ta pénétration de
ion efprit , que pour faire naiire le Soleil
entre Tes mains. D'haut res croyoicnr qiril
é udioit tes chofes 'es pltis cachées dans te
Kature, Se qu'il rtai? avide de pénétret
Us caufes fecre^tes de mille rvei^cmens b^
carres qu' art! vent tous «es jours. Cem
qui luirendofênt itftice éioient Cf>nvafiîrus^
qu'»^ n'employoit (on loifir qu'à acqeev
fir de nouve !c5 çonio (Tances , flc à feper-
ffétitnner dans TArr de régner. H aima
la Peinture 8c y exce'îa. Il gravoitavec
une dîîîcatfffe furprenanfe^ 5c ■'cvn vit for-
tir de (es m^irs wne nouvelle compo(îrio.e^
4|tti (itr|à£m ca éclat Us rubis 6f, les p^er-
ici
f 1^6 )
tes precîeufcs : Mais il ne donnoit j cei
chofèsqiM Ittcms dont il •voit befbîn pour
ft ddaflèr refpnt. Qutrr^ on Tapeloic ao
Confetl , il y faifoit paroirre une ctenduif
d'cfprii n prodigieufe fit une prudence û
confommée que le Roi Ton Oncle coa^nc
de la jalobfie de Ton mérire ; ^ poar ré*
compcnfe de fel fervtces & de Tes confeili
ne lui témoigna que de la froideur .- rant
il e(l vrai qi'un naérite didm^uc eft un
défaut qu*bn ne pardonne famaif. Quoi-
Îue le Prince de Rthjan fut fenfib'e aut
oideurs du Roi , il ne lui manqua îamafs-
de refpeft. S'il parioit que'que fois avec
liberté , ce n'éroit que* pour le bien de *E'»
tar. On le traitoit* quelquefois de Fro7g>m
diur , aaiÏÏ bieti que deux autres Princes, .
avec qui il avoit lié une étroite- amitié '$
parce que ne pouvant a prouver toutes lef
^urts des Généraux d'armée , ils les re ew
voient avec l'authori'é que leur donnoic
leur Naitfance. Le Roi à qui on rapor^
toit tous les difcours de fon Neveu vo«-
lut éprouver s''ils prtorenr (Vûn fond d^
Içavoir, où s'îîs n'é'orrnt quei'eflFèi d*uao
îmii^inaîon fchiiiffi*ç. IT ]eci)nrulta un Jour
Ibr 'e c:»mp-inenr «ié ^on 'Xrmce. Le Prince
iui enfî: voir lès défaut!», 6c lui prcdn que fi
e'ie redoti dans cetreiituation, elle feroit
îmmjnqnab'emen bartauë. Ce qui ar» iva , fie
persil tdï 'e Roi , quoiqu'un peu tard, de la ca-
pac'féi<'ron M-veti.
IMuf donni le Com ni a ti'.^fm«nr des Ar-
mées .5c mtf la foraine Hr j'fetat /n^re Gia
mains-: Mars des Pcrlonncs d'un trop grand
cr«
«re<3!t > mat întentîonez pour le ?rîiiee ie
Jtelofan» penferent le perdre. Ce n*ctoît
plus lui qui commandoit Tarmée. Il trou-'
voit à chaque pas qu*il fai(bit , des ordres
par ccrîe ^ fur lefquels il devoit régler (à
conduite. Les Généraux qui commaii*
doieat fous lui , forent les premiers à It
trahir^ & il fe vit conduire impîtoyable*
ment à la boucherie. Il n'y eût que fan
grand caurage ôc celui de quelques-uns des
ficns , qui le retira du péril. Mais bien
loin que oct accident diminuât fa gloire >
on Ten eftima , Se on Ten aima davantage,
parc« qu*on fçavoit à qui il étoit redevable
de fa mauvaife fortune. 11 fe releva avec
cclac , 6c porta Tes armes en '3erhte, oik les
lauriers naquirent par tout (bus Tes pas. U
£t briller dans cette occafion Ton courage ^
ۈ valeur Se fi prudence. L*envie > qui
s^atache toujours à calomnier les Grand»
Homn^es^ n'ayant pasde prife (ùrfagcné*
xofîté, fema le bruit de Tes amours préten-
dus avec b Aeine du Pais : mais l'ayant
quitté auffirtôt qu'il eût exécute fa conv
midlon » il fit bien voir qu'il n'y avotl
rien en Jerbi$ qui pût Py retenir. Il re-
vint couvert de Tauners à la Cour, où la
B;ort ayan^ enlevé les Enfàns 6c ïts Petitt-
Tils de ion Oncle » on ne manqua pas de
Taccufer de les avoir empoifonnez , par-
ce qu'une Gonronne vaut bien un crime^
Il &x d'amant plus fenfible à cette calom.
tiie f que le Roi paroifToit y' ajouter foi ç;
ks Dieux permirent qu'il eût une oc.
€aGo«
/i. . -^>
( î<» )
c^fîoB infigfie de détruire cet ' bniitf fji
cfaeux.
Megés ayant ctifé de virre la'iïa pour
Dérider de Ton Empire un arrière PeiiW
Jils » âgé fculeatent de cinq an» , dont lo
Prince prit un (î grand foin > qu*il régna
plufîfHrs années dang une parfaire famé.
>i*€ft*ce pas, dit Pi/on, ce Pimce qui inf^
titua VOrdre du PaiilUon , & donc Bjlofam
prit la tutelle \ Oiii , réparait Samar-^ mais
il faut prendre ces articles d*un peu plut
haut.
M9gAs ; ^ui cofmoiflbit le mérite de fou
Keveu , de q i f^avoit. quM'étoit univer*
fellemenr aimé de tout le monde \ qui de
plus avoit picre trop facilement TortiUe à
ceux qui avoient eu Piof^lence de lui re*
prcfènter qu'il afpiroit à la Couronne « %L
qu*i' avoit empoifonné la Famille Royale*
t'abandonna entièrement aux mauvaifes 'm«
prenions qa*it avoit de Ton Neveu. Quel-
ques mois avant fa mort il ^t (on Te(b«
trtent , dans lequel il laiffbit , à la venté ,
au Prince de Reb/an le Gouvernement da
Royaume>maison lui donnoitpoura^^joimi
dans le maniement des Affaires plufieurs
Seigneurs, (ans lesquels il ne devoit rien
crncturc. De plus , il l'exciuoit de ^a Tu*
tele du Petit Prince ^ de la donnoit à fon
fis Naturel. £a un mot, il ^ioii lesoiainl
à fon Neveu 9 dételle forte quM n*auroil
eu que le titre de Gouverneur de TEm^irCi
pen.lant que les Seigneurs eh eufTent eu 11
Gouvernement , de q«*un autie cÂt cté
maure de la f erfonna da &oi ; ce qui étoii
In
donner des marques trop Ctt^tiVtt St
trop outrageantes de la défiance qu'on a voit
de lut. Par un trait de prudence » il fi^ûc
fe rendre maître âts affaires « fans qu*il y
eut de troublt dans l'Etat»
CHAPITRE XXV.
«r Suite de i'Hiftoire du Printe de Relofan^
Banque Royale,
A UAHiôt, continua 54W4r, que Me^as etK
ccfTc de vivre , le Prince de Relofat^
affèmbla les Seigneurs du Royaume , & le
Scnat qui ctoit dcpofitaire du Tcftament
du feu Roi. Afin que r'en ne pût^ troubler
la Compagnie , il €ui foin de faire mertr*
des troupes en armes autour du PaUik , oh
Von étoit aCe.iiblc ; et qui rttiril tout le
monde dans le refpca. Il dit à l'Affcna-
h\ée\ que quoique le Gouvernement de
TEmpire 'ui apanint par fa Naiflance peu*
dant Ja Uinoritc du Roi, il éioit cepen-
dant ben aile de faire pan à la Compagnie
du Codicile* de Megas qui le dcclaroit
Gouverneur du Royaume. On lut le Codu
elle & enfuiie le Teftament , fur lequel le
Prince fit quelques' reflexions. Il fit fcn-
tir les inconveniens qui pourroiem naître
du peu d'autkorùé qu'on lui donaoit. Il
dc«
* Voyez, à la fin de c$t Onvrâie la ChreiA^
fiêe de SOiCrmçIcc. »
éfclarà que foA rang 6c fa nsàttzùct Im éï
iennoient davantage , ôc demanda à la Coib»
pagnic, fî on ne le reconnoiflbit pas pour
Ibuverain Admîntftrateur du Royaume ! Le*
opinions lui furent favorables. Ayant obcen»
le principal de ce qu'il fouhaitoit , il con-
gédia l'A tf emblée pour ce moment. Dans
les Séances fuivantes il agit en Souverain^
êc fit cailêr le Teftament de Megas «. fe fit
déclarer Tuteur du jeune Prince, Se com-
mît à la Surintendance de fon EdHcatîon
le Seigneur que le Jl^oi a voit chargé de la
Tutele. 11 difpofà du Gouvernement de
l'Etat d'une manière qui contenta tout le
monde , iJ partagea les Affaires entre les
Seigneurs , ce qui leur fût d^autant plus
ftgréable , que fous le Règne de Megas ils
A'avoient eu aucune part au Gouverne-
ment. Il à'wifz tes affaires en differens Con»
ièils « 6c trouva le moyen d'occuper la Ko<
blede, qui dans l'oiAveté auroit pu lui faire
de la peine.
Dans ces commencemens le Sénat A: les
Kobles croient fatisfairs de la conduite du
Prince de Ktlofan : Mais les Philofqphes»
qui ne s'accordoient pas mieux en ce tems-
là qu'aujourd^hui , ùxr les matières de Re«
Ifgion, l'occupèrent pendant tour fbn Re*
gne à calmer leurs différends. Il fe déclara
d'abord a ffez ouvertement pour les Stoïciens^
ce qui offenfa les EftcuritHs , qui avoient
dominé fous le Règne précèdent. Quoique
le Peuple, qui aime la nouveauté, ne prit
aucun par:i , & laiilàt aux Philofophesle
foin de terminer leurs démêlez , il ne^ fiit
fài fSiAi it voir humilier les ÈfUnneni^
qui pour avoir abufé de leur crédit fem»
bioienc avoir mérite d*être immolez à la
'hai»e publique ; quoiqu^il en foit , le Princt
qui les avoit irritez , ne fût pas long^temi
ians cproirv«r les effets de leurs intrigues.
Il i^egiioit tajerkie un Prince qui leur ctoif
favorable , & qui avoit par fa naidànce plut
de droit a la Couronne des Lungts que le '
Prince Je Bslofan^^mih le premier avoit re-
noncé à Tes prétentions, en prenant poife^
iîondela Couronne de^erhh. Rebfan , qui
mTQÎt toujours eu quelque demclc fecreC
avec lui y le mcnageoit moins comme (on
IPaVent , que comme un Prince qui devoît
tout àJa Cour jnne dts Larges, Dans les AI*
lances qu'il fit avec les Priaces (es voiiins^
il contra^a pour le Ko\ 6t Jer^ie , stCfèn in»
-f^ù , ou pltubt maigre lui, ôc voulut roblf*
-ger par les armes « à fe foiîmetcre aux
'traitez, faits ^ & à tei miner la guerre qu'iS
^aifoit à fon BeaM^Ptn i le Miail)r«
du Roi de 5^fr^ie , qui ctoit un Minillredii
premier rang» 5c un des plus coafommes
Politiques de fon tems» confeilla à fon Maî«
tre de méprifer Rf/c/i«. celui-ci porta fet
armes tnjtrbtej oiii! eut quelque fuccès ,
6c fît tanf qu'il engage* le Roi de Jerbiê
à fe dc^ai'-e de (on MiniCtre. Apres cela il
obtint de lui tout ce qu'il voulut. Vous
^«^ayez qu'un Lion eft fort traitab e, quand
e>n lui a Hmé les dents 5c coupe les on-
gles. Je vous détaillerai dans la fuite plus
au long les caufcs , les évenemens & let
iùfte df cette guerre j mais il txoit nece(«
i:ir«
( 166 )
fairt que vous en eunicz une légère îJ^ ^
ataat que je vous p^rlafle de l'ordre qu«
JUi^4» init aux Finances-
Pendant qu*il cic.it occupé à cette guer-
re « il entreprit d*acqui er les dette? de Tfi-
tat« ce qui n cioit pas facile, parce qui
le Peuple qui ne comribuoit que oialgré
lui à une ^ucirr qui Te taitoic a un Prin-
ce qu'il auMOK , nV^oit pas d'humeur 2 inpor*
ier de nouveaux impôts ^ d'autant g^us qu'il
éton accabc des ancienj^/qiiiavoieni fubiîi^
lé en leiiis ue paix comme en icms de guer-
re, il Te fe.rvit d'un nouveau roo)eii, pour
engager '^ Pctple a aporter lui u cme foi
argent au TUicor du Prince* Pour faire
.Voii au Peuple quM n'avait *pas befbin de
{es fublidet , il le decharga àt.s arrcragif
de railles ^ & de quelques autres (abfîdes ,
qui ne puuvoienc tourner qu^au pru6t def
*Iraitans« £nfuite v il établie une hanqtu
^o^ali g dont le ne vous raporterai pas le
S)iiciue , parce que perfonne ne l'a jamais
l^Uimême celui qui en croit leDireûeur. Je
vous dirai ieulcmeni ce qui en a paru.
Le Prince cooipof.* uneCompagmedê Idâf»
tluinds qu'il favorifade tout ion pouvoir.
Ces Marchanda dévoient trafiquer par mer
dans tous les Pais. De plus , on leur don-
jnoit en propre une Région éloignée &
tJicuhe ; mais qu'ils doivent faire défricher
te cultiver. Cela ne (e pouvoit faire
ians des grandes dépcrfes. On propoiî
au public de mettre fur cette Compa-
gnie de Targent a inteict. On propofa
«tes ji6ti»»i qui dévoile rapotter un cer^
taio
la «Ithitr; 8c poar tendre l'tpptf pitit
^ndble. on admetttiic au fecie» des afFiî*
ares de la Compagnie ceux qui avoicnc ac-
4]uis cinq'iaaie Avions : cependant coinmt
^llcs ctoient ^rop hautes pour écre négociées
y ar (OUI le mondt, on fit des EiiUts dtbMfim
^u€ , qui valoieiu dix, cent, cinq cent ,
initie livret 4 pour les ufagcs des in cre(Ièz«
Comme ces Bi iets n'a voient pas de valeur
întrinfeque, puifqu'ils n'ctoiem que de pa«
pier« âc le Piince leur en donna une ex ri n-
fequc » ordonna qu'ils fcroient re^ûs dans \m
Commerce , de promit que leur valeur fe-
roic ^xe , & qu'ils ne haufleroient ni ne
diminueroi^m pas. Le Public cyoît fort £â-
tiguc du prix que l'on donaoit a l'argent s
On le hautloit & bii(Ibt« feljn que iescof^
fircs du Prince étoient pleins ou vtiiJes ,
ce qui «pportoit toûiours du defbrdie dans
le Négoce. On fût ravi de trouver un
moyen qui coupoit de retranchait routes
ces diminutions 0c ces augmentations. Le
Prince pour convaincre le Public Je la
ilncerité de (es intentions, permit à la Coti^
pagnie de prendre un vingtième de profit
-fur les Billets. Pour profiter du bénéfice
des cbangemens qui étoient abolis » tout
Jemoi^e courut porter Ton argeMt à!a San*
ique dc^e^ût du papier en échange.
On peut dire que ce f^iUme aurolt pA
rc'iifnr, étant apuyé comme il l'^toit de
toute rauthoritc du Prince , fi le public y
eût mis fa confiance. Mais après que le
Peuple eût jette Ton premier feu , & qu'il
coc fait attention que celui qui avoit pii
don»
tfonner du prix au papier > f Ofirroir quand
il lai pitiroir, le luiut«ril chercha à rcaU{«t
fes Bil}ets. hes uns ^K oient de non /ellef
acquKitions , qu'ils payofent avec les Billets
au double de ce qu'elles valoient : Les autres
4 la faveur des Billets « remroient dans dci
Brens qu'ils avoient aliénez t Les aunes
par le même moyen acquifoient leurs
dettes , eu CA diaiimioieiit la rente.
Ceux qui ne pùrcnc fe (ervir <fe ces
moyens» achetèrent une quantité prodigîea-
it de toutes (ortes de Marchandifes» qu'ik
fayoient au de-là de leur valeur, fans aj^
prclKnder d'y rien perdre j parce qu^ayanl
gagne lur !«s Aû'ons de la Banque au de-là
du centuple de ce qu^ils y avoient mis,
quand ti(<aie ils auroient perdu la moitié
fur les noarchandifes adietees , ils auroient
•encore fait un gain très confi-derajle.
On vit in^me dct Seigneurs de la Cour
réalifcr par ce moyen leurs efFfts ea
papier « comme faurat occaOon de vous It
dire dans la (uire.
Le Royaume éioît déia prefque rei»^
ph' de papier , Se plus de la moitié de
î'or 3c de Targeni de r'ttat éioit entré à
la lanque , c'cft à*dire entre les mains
duPiince^ lorsque deux Mimûres ^'fitat,
qui gouver noient fous fon autharîté, ya-
ïoux du fuccès que le Drredeur des Fi-
naoces avoir eu dans (on Agiotage , iiï»
retent fa perte. Il n'rtoit pas facile de le
perdr« dans Teiprit du Prince , parce que
I(tlôfan' s^voh befoin d'argeiit, & que le Di-
rcûeur faifoit venir dans fes coffres toutes
tel
Ridienes du Royaume. Us r^foturem
^« lui faire perilfe *(on crédit dans le Pu-
%>lf c Comme il y a toûiours dans les Ecatt
^^es Contemplatifs , qui pafTent leur tems
a critiquer le Gouvernement , il (e trouva
^^uiîeur^ perfonncs qui parlèrent hautement
contre les Billets , prmcipalemeut les Mar-
diands qui voyoienc penr leur Commer-
ce. On leur donnoit à la vérité à la Sari*
c^ue de Targenc d'une nouvelle fabrique
jpour leurs befoiiis les plus prcHans i mafs
c*<tojt eil fî petite quantité, ôc cela dura &
^cu, que ne pouvant négocier, ptufieurt
fennereut leurs magafins : même quelques
Marchands de la Compagnie , qui nt
Yoy oient qu*avec chagrin que les Adion-
nak^s fîiTent un C^ps de Banque , feigni*
T«m de fouffrir du malheur des tems« Ceux
dont to^t le bien confîftoit en Rentes conC'
tïtués , fe voyant rcmbourfez en papier ,
xnouroient de faim avec leurs Billets ^ qui
outre qu'ils ne prodttifoicnt rien , nVtoient
pas replis chez les Marchands pour leur
valeur.
Lts Minières eurent foin de faire entet-
dre toutes ces plaiiites.au Prince, ôe ne
manquèrent pas de les groflir. Ils lui pro*
poferent de contenter le Peuple , qui de-
mandott l'abrogation des Billets ; que ce
si'ctoît pas une chofe à faire tout d'un coup >
mais qu'on pourroit en venir à bout avec
. le tems, fi on les dîminuoit peu à peu. Le
Prince y cOnfentit , fc l'on vit paroître u»
Edit , qui diminuoit les Billets d'un dixié«
xne« Xre Peuple fut furprit d'une chofe fi
H peu
peu atteoduf . Ceux dont toute lâ (bmi?
ne confiftoii en papier , voyant un com«
mencement de diminution * firent un bruit
terrible. On le fou^eve. On va fcdiiieu-
fement entourer k Palais dii Prince. On
implore le fecours d*un des plus • putflanf
Seigneur dt la Cour. On mahraite le Dî«
Ttùeuf des Finances , & tout le mondt
crie au brcin, à Timpodure de à ia trom«
peric. On ne porte plus d'argent à la
Banque , puiTque Tes Billets étoient ium
jets à diminu'îon. On aimoit encore
mieux voir diminuer l'argent entre fet
ipains que le papier ; parce que le papiet
n*âyant aucun prit » il reftoit/ toûjoura
aflez de valeur intrinfeque à l'argent, pour
le vanger des caprices d'un Min ftre d'E-
tat i outre qu'on l'avoit mis fort haut » 5c
qu'it étoit affez problable qu'on l'augmen-
teroit autant que les BiVets dimfnueroient.
Le Prince étonne du mouvement du Peu-
ple , & plus fenfîble. encore au diTcredît
que la diminution des Billets avoît aporîc,
fe vangea fur les Miniftres qui l'ayoient
fi mal conseillé, en banit uit de la Cour
ôc du Min'ftcre , & maltraita l'autre de la
main, lia recours au Diredeur àt% Fi-
nances pour réparer It mal. Mais la
confiance cicit perdue, fie l'Agiotage vît
în^e^fibl<^mc^t tomber la fortine de fey Par-
ti(ans ; on inventa les Comptes en Banque
éc les Vircmens, pour facili er le Négoce.
On créa pour une fomme confidcrable do
renies fur un fond public | mais les Billets
perdirent (dut leur crédit. La Banque fe
diiZJpa,
.(«71)
JiiSipm, Il n'y eût que It feule Compagnie
qui Ce foûiint par rcfpcrancc qu'elle avoit
dans les vaiflTeaux de Ton commerce. En»
fin le Prince abolit] pour toujours les Bi!*
|«ts j ce qui cpuifa tout le monde , parce
C|ue le Roi -retenant devers lui l'argent
qu« 4a Banque lui avoît aporrc , ou le fai-
làKt pafTer dans les Pays étrangers pour ac-
quîccr les dettes de TErat, ou pour d'au*
ti-^s motifs qu'il n'cioit pas permis au Peu*
pie d« pénétrer, il ne s'en faifoit point de
circulation dans le Royaume : ce qui mit
le> Commerce très-bas. Mats Kekfan avoit
fcs raifons pour agir de la forte. Ce Prin-
ce politique fçavoit , que l'argent cioit le
plus puiffant redort qu'il pût faire agf'r dans
les circonftances délicates où« il fe trouvoft.
11 croît à la veille de voir de grandes révo-
lutions dans l'Etat , d le jeune Roi cellbît
de vivre. Il n'étoit pas fâché de diminuer
les facultez d'un Peuple mutin & fcdicieuv,
qai auroit pu favorifer un Parti qui lui
ctoît oppofc. Ainfi il prenoit (es mefuref
de loin , en homme fagc ôc prudent, C'é-
toit à tort qu'on le taxoit cTavarice. On *
ne pénétroit pas afiez dans Tes deffeins. Il
donna en plufieurs occafions aifcz de mar-
ques de Ton definterefTement , pour n'être
pas foupcofiné de ce vice. D^ins le c»m-
naençement de fon Règne il établit une Cham-
bre de Juftice, pour connoître des malver-
faiions de ceux , qui avoient manié les Fi-
nances fous le Règne de Megas. Cette
Chambre fit revenir au Prince l'argent, que
des fcclerats de Maliotiers avoiem volé
Ha. au
n
tu f eaple ; At RtUféut , hitn loin a*efi ftù'
fiter, nt s'ea fervir que pour payer les
Troupes de les Officiers» qui depuis un tems
confiderable n*avoiefit rien touche de leur
paye, i^eplusy un de (es principaux 0£ Jen^
siommc Datijfé , lui ayant iaiflc par fon Tcftjp
ment la Terre de ChiLi\ qui vaut vii^-
deux mille livres de rente » il le contenta df
là bonne volonté de ce Seigneur, de ne vou-
lut rien toucher de fon Bien ^ qu'd iàxfU
toat entier aux Héritiers.
CHAPITRE XXVI.]
Suiuài VHîfipîti du l^incedê Rclofan;
NE nouf avez-TOus j)a5 dît , feprfi
Pomfomtés » que le Prince de Reiojani
avoît eu de granJ de.nclcz avec le Sénat ^
Cela eft vrai , répondit Samar, Mais pouf
. ^daircir ce fait , il nous fait remonter atf
commencement de fon Règne.
A peine étoît-il fur le Thrône , <]uc l«f
KptCHriems , qu*il avoit di(graciez , cabale-
rent fecretemem contre TËut» Ils ne foo»
frôlent \ qu*avec peine de (e voir ,exclus
du maniement àts araires. Un Dr'uïdt
de leur Sede, qui avoir gouverné fous le
Règne de Megas ^Ct vit éloigné de la Cour,
contre fon intention j cVtoit fon véritable
élément, il ne lui manquoit aucune da
qualités d'un bon Cdurciiao, il ctoit fbur«
î ^7J )
lie 9 mdtoît » nifê « imnguant , hardi* ^ t^in^«
raire > entreprenant & d'une duplicité far-
prenantc il ranipoît derant Megas avec
iMtaiit de fouplefle , qu'il avoir de fierté
pour ceux qflt attendoienr quelque grâce
de lui. Il étoît comme le Dieu des Drui-
des. C'ccoic vers ItS, qu'ils poftoiem ton;
leurs vceux } ôc ils ne recevoient] de bien
du Prince que par (es mains : Mais il
«voit le difçernement Ç\ jufte , qu'il n'a ja-
mais obligé que des in^ats, comme il l'a
depuis a Hure plufîeurs fois. Le Prince de
'Relofan l'envoya à cent mille.de la ColK
Ce repofèr des fatigues qu*il avoir eues:
Maïs l'efprit intriguant de ce Druide ne
lui permit pas d'y refter en repos. Il mie
tous ceux de fa Se£^e en campagne , pout
~ vanger l'affront qu'il avott reçu. Il fut
cau(c que le Seigneur Jumanalfide fu(
«quelque rems difgracté du Prince ,. pour
lui avoir m' s en main une de fes Lettres.
IXe* plus y un de^ plus infolens Fe.fonna-
ges de fa Se^e eut la témérité & l'impu-
dence de faire peinJre fur une toile trois
potences ,' au defTus defque'lcs^ étoit un
Paon , qui fe miroit dans fa queue. Il eue
mcme l'effronterie de mettre cette infâme
peinture à la porte dû Palais "lu Prince de
Relofan , qui la fît expofer dans une gaU
lerie; promettant recompenfe à' celui qui
rcxpliqueroîr. Perfonne n'ofa tenter de
déchifrer iln énigme û bifarre. L'Auteur
• de cette folie pouffa Tinfoience jufqu'a l'ex-
pliquer lui-même ^ 4c fit courir (ei vers :
H 5 Jiiê
( '74)
Sfurcïnafqne tuas Crux tihi trina notât,
Çlua régnas arte agnovit Pkbs afque Senants-,
Bine Ytbt, Princeps, Crui débita primé
fuit ^
Cântemftûs credas Divos , Relofane , fecufM
Dignus eris : Mercts tertia fit Julerum,
\lt\ Princt vindicatif n'auroft paf m9>
€fié de punir l*audace de ce verHficateiiri
mais Rslojan , par grandeur d*amt , laïUi
cette témériic impunie. Tour \€ monde ad-
mira fa modération. On ce^Ta pour un rems
de mcdire d*.un Prince, qui ctoit infenfible
aux injures , 6c donc la conduite prouvoit
aflet qu*il n'y a que la vérité qui offenft ;
Xlais on cherclia ailleurs dequoi lui doniMi
de r.cxcrcice.
Dam les commencfmcnf de (on Rcgn»
il avoic recherché TAliiance de tous let
Princes fes voifins , principalement celi«
d'un Prince infiilaire , dont les forces lai-
rit i mes lui éioient formidables. 11 envoya
dans Ton lie le Druide Jufdob pour traiter
avec lui. Ce Miniftre rculîîi avec tant de
bonheur dans (a Négociation, qi^e cela lui
gagna cnticren^ent les bonnes grâces de fou
Prince. Au lieu de s!arrcter à de vaini
préliminaires » il avOit fait dé (i îoxxti
remifes d'argent aux principaux * Seiijncufl
de rifle , qu'en fort peu de tems il les
détermina pccunierement à lui accorder*
tout ce qu'il fouliaitoit : Relojan traita en^
core avec deiuc autres PuilTances \ Ôc s*é.ant
réunis
i^
.(175)
Aisenfemblc, ilsHrent une Ligue o/Tenfivtf
<lcfen(îve , qu*il$ qualifièrent cit^adruplg
lliame, Faifant enfuite attention , qu'il n*j
it pas de Puiflance qui pût leur refider^
ils im mirent en tête ^e donner la loi à tout U
^ay s , & principalement au Roy de Jerhie, que
le Prince deRelofan n'avoit pas fujei d*aimer
«depuis quefoti Miniftre avoit follicitcle Sénat
^es Lauges pour le faire déclarer Tuteur du
îeune Roi de Gouverneur de TEmpire. Relofat^
avoît affez heureufement paré ce coup par la
faveur .du Sindic du Sénat , qui rejetta la re*
j^ucte du Miniftre du Roi de Jerhi. Kdofan
rccompcnfa ce fervice duSceau& de la pre«
sniere dignité de la Magiflsature : Mais
n'ignorant pas que le Roi de "^erhîe pourroit
£iire d*autr.ts tematfves ^ il fît pour fes intérêts
Ijl Ligue 4 dont je vous ai prié. Les EpicU"
thnst qui fça voient toutes (ts démarches 5c
€\\jâ avoiènt un aSront indgne à vanger, fe
Ji^rent avec le Roi de J-erhiCfôc engagèrent
^ans leur parti les Principaux Seigneurs de la
Cour entre-autres le Prince de Jamt^n , qui
avoit été' exclus de la Tutelle du jeune RoL
^lofannt s'éîoit pas contente de !ui faire, cet*
affront; mais poulfint plus loin le refTen» iment,
il Tavoit dépouillé de tous les Droits 9t
Privilèges , dont Megas Ton Pcre l'avoit ho»i
jK>ré. Ce Prince pouvoit cm redoutable à
^ehjkn par une itifinité de belles qua1iiezqu{
jpclatoient en lui Son erprit.fubliaic, fâpru»
-dence confbwmée, fa gcnérofttc , fes grandi
i)iens, <5c la.coniioi(rancc qu*il avoit de la j^ueiw
rfe, pour y avoir recueilli pkifîeurs lauriers,
éioicnt des veritts irop^ brillantes pour n*ctrç
H 4 . pas
tasfurpeftei.lls ioignirent à ce Seigneur toUt
:s mcconteiisdcrfitat, 6c firent un ptrtifbr-
Biidable , qui renfermofc des gens de toute
condition 9 des Dames ^ des Druides^ des Gé«
n^aux d* Armée , àct OfHciers , des Prîncef
de des sénateurs. La partie fut lice fî fecrecc-
ment , quoique tout fe pafsât dans la mcme
Ville où refidoit Relofan , que les premiers
avis qu*il en reçût vinrent du Roi lofubîrc
fon Ami. Il chargea Tes Minières de veiller I
cette affaire: Mais le my (1ère éroit impénctra-
de. Quelques foupçons qu*on eut , on ne
pouvoic avoir de prife fur perfonne. Lc<
Minières donnèrent des efp'ons fecrets à ceux
qu'ils foupçonnerent d'avoir part à cette ia«
tiigue ; rien n*cclatoit.
On vit paroitre fur les frontières du Hoyait-
mc des gei)s armez , qui- fous prétexte de
contrebande» couvrirent prefque toutTËtat. .
Ils n'avoient p«s de Ckef de diftinfVion qui
parût } Se l'on ik courir le bruit, que c'éto/t
des troupes qui avoient été congédiées . qui
s*étotent réiinis enfemble pour vivre. Ils
avançoient toûiours dans le RoyaiAnc , & il
* yen avoit iufques près de quarante mille dans
Jes environs de la Capitale de TEmpire. La
D)(cipline militaire de ces gens étoit excclUo-
te. Ils ne faiibient tort à perfonne , & vu
voient de ce qu*ils vendoitnt en fraude , com-
me fel, épiées , denteUes^Std. Enfin la cor-
îuration devoir éclater un certain fOur marqué,
Ws dévoient entrer dans la Capitale « environ^
ner le Palais du Prince dtRehjan, fe faifirde
luî> fc rendre mait'-esde la perfonne du jeu-
M lloi # ^ &ii:e déclarer le JLoi de >r^«f
Cou-
IS<nivfmeOT*lc AmîB-'ftratctir du Roy^ame
rfes taupes Le Mînîftre du Roî dt Serbie
confia les papîers qui regardoîenr cette affaire
^ un Sefgnenr dt (on Vsys , pour le« porter au
^in»ftre d*Ftat du Roi de Jerh'i. La vofrur«
de ccSie'gneur fe rompu en padanr un gué.
11 négligea rour,iuïqu*à fa propre vie, pour
-fâiiver la c^flfètfç eu éto'em 'es papiers. \}n%
Il grande atrfnt'Ofi ^ev nt fufpc^^e rux gens
T^u" le conduifeienf. Les E^^'ons furenr aT«îr-
lîs. La Cour le fcaû au(îî-tôt. On exp-dfe
lin ordre pour an'eterle SeTgneur ^ fe faiitr
de la ita<?%ttc. Après que les Mîniftres Teu-
l-ent ouverte , ils y trouvèrent p^ufîcurs papiers
^cr«'s en ckiffre , qu'il nVtoît pas f;tcti|pie lire ,
i8c quelque- autres en iherîen^ qui découvrirent
tout e mvfte'-e. Le Mînif^'-e de j^rr^/V averti de
ceants'étoî» pa'^V.Sc ne s'imagrîn.mrpa* qu'on
eut çûU curîofitc de voir ce quic'roii dans la
ckffette recbma le Seigneur , comme (uici de
ion Roî, 5c Ic^ panteis, comme i^^ant ^t%
Wemoifes de TAmbaflade, On relâcha le
Se«<;neur^ m'»!' on retînt les papier* Quel-
ques tours- Apre» les Minlftres IMrV'terent i
une conférence , pc^-^ant laoyelle il enve»ve«
rrnt me'tre 'e fcellé cV»ez ItSîf îl« le ronduî-
firen^ tnf'iite à <bn Hôrc' , ou 1 fur fort fîir«
prts de "trouver a la porte une comrîïgn'ede
gens de i>uerre , qu'on chargea de répondre de
ÎV perrorne. QiJclq"es iours arré^on lecon-
du'fî» fou? la même eTcorte en Ton Pays. Les
* gens armez qu» ^'étoient rép.mdus d?rs le Ro«
yanme , voyant leur coup manové fe retiterent.
Ma'Sû»ur ne" ^«t p'^s ca^rré av(Tî-tôt. Helofan
£t arrêter le Piince de Jamun 6i la Prîn-
H > ceCe
tasrurpeftet.llf joignirent à ce Seigneur to^
:s méconteiisderEtat» 6c firent un parti for-
Biidable , qui renfermoit des gens de toute
condition , des Dames , àe$ Druides , é^s Gc«
n^aux d* Armée , àtt OfH tiers, des Princes
de des ^énareurs. La partie fut liée fî fccretc«
ment , quoique tout fe pafsâc dans la œcmt
Ville où refîdoit Relofan , que les premiers
avis qu*il en reçût vinrent du Roi Infubire
fon Ami. Il chargea Tes Minières de veiller I
cette affaire : Mais le myftere étoit împénctra*
de. Quelques foupçons qu*on eut , on ne
pouvoie avoir de prife fur perfbnne. Ld
Minières donnèrent des efp'ons fecrets à ceux
qu*ils foup^nnerent d*avoir part à cette ia«
tiigue : rien n*écla:ott.
On vit paroitre fur les frontières duKoyait-
mc des gei>s armez , qui* fous prétexte de
contrebande» couvrirent prefque tout l'Etat.
Ils n'avoient p«s de Ckef de diftinfVion qui
parut j Se l'on ât courir le bruit , que c'étoie
des troupes qui avoîent été congédiées . qui
s*étoîent réiinis enfemble pour vivre. iJs
avançoîem toujours dans le RoyaiAne , & il
* y en avoit iufques près de quarante mille dans
les environs de la Capiula de TEmpire. La
D'fcfpline militaire de ces gens étoit e)rcelleii«
te. Ils ne faiibient tort à perfonne > & vu
voient de ce qu'ils vendoitnt en fraude , com-
me fely épices , dcmeMes^fitd. Enfin la con-
iuratîon devoir éclater un certain iour marqué,
II5 dévoient entrer dans la Capitale» environ-
ner le Palais du Prince dtRehjan, fe faifirde
lui, fc rendre mait'-esde la perfonne du jeu-
M &oi # ^ faiie déclarer le JCoi de 3*rùk
\
f5oavemettr*lc AmîB'ftratctir du Rov^ame
des Laugis Le Mîniftre du Roi de Terbîg
confia les paprcrs qui regardoîcnr cette affiiVe
â un Seignenr dt (on Pay« , pour le« porrer au
Mîn'ftre d'Etat du Rôîdc Jerh'e, La vofrur«
de ccSit'gncur (ê rompî' en padanr un gué.
11 négligea rour/îuTqu'à fa propre vîc, pour
'fàiîver ?a c'affètre eu éto'em 'es papiers. Un«
^ er^nde atrfnr'^fi ^e v nt TuffC^^e rux getis
T^u- le conduffb^enf. Les E^P'onf furcnr ater-
tîs. La Cour le fcaît auiîî-tôt. On exp-dîe
Ijn ordre pour arrêter le Seîsneur ^ fe faiitr
de la ita<?%tte. Après que les Mtniftres Teu-
Tenf ouverte , îls y trouvèrent plnfieurs papiers
^cr»*s en ckiffre , qu'il nVtoit pas f;tci^|^e lire ,
i8c quelque- autres en iherîen^Quî découvrirent
tout e mvftere. Le Mîni(^''e de 5?r^/V averti de
ceqnisVtoî» pa'^V.Sc ne s*imas'în<inr pas qu'on
eut ?âU curîofitc de voir ce quic'roii dans la
ckflette recbma le Seigneur , comme (uici de
ion Roî, 5c le^ panteis, comme i^*anf (^ts
l^emoîfes de l'Ambaflade, On relâcha le
Sc'î^neur^ m'tîs on retîntes papier* Quel-
ques îours-Aprc> les Mjntftres l'ir votèrent i
une conférence , pe^^-^ant laouelle il enve»ve«
r^nt me'tre ^e fcellé chez liSîf Ils le ronduî-
fîrertt tnf'iite à <bn H ôrc' , où 1 fur fort fîir«
pris de trouver a la pone une comp;>2n*ede
gens de ijuerre , qu'on charçea de répondre de
fV personne. Quelq"es ioiirs arrrson leco'n-
du'fî» fous la mrme efcorte en Ton Pays. Les
• gens armez qu» 5'rtoient rép.^ndusdrrsle Ro«
yanme , voyant leur coup manovr fe retiterent,
Ma'Sû»ur ne' ^ut p'^s ca^rré ai(Tî-tôr. Peîofan
£t arrêter le Piince de Jatnun 6i la Prîti-
H > ceCt
( I7« )
€e(Te fon^poufc On les fèpara, & on le§
exila aufli-bicn que les Princes leurs enfâns -
en diffcTcns endroits On mît aux arrêts pre(^
^ueious leurs t^omediques & leurs Officiers <
mèaie iufqu'à desfîllesdc leur n\aik>n. Ob
arrêta pareillement une infinité d*aucres per*
fbnnes de diftin£lion que Ton accufbic d'avoir
eu partà laconiuraiion. Quelques Seigneurs,
entre autres unlntrodu^eur de^AmbaHadeurs,
crurent devoir chercher leur fùretc dans la
fuite. Son Secrétaire n*cpargna pas le Prince
de Relofau d«ins quelques Libelles qu'il fit
courir. • Les feuls Druides Epicuriens qui
avoient ctc l*ame de la Conjuration , furent
exempt de la tempête, parce qu'on crût de-
voir ménager desfçclcrats qui pouvoien: fai-
re encore plus de mal qu'ils n en avoient fait.
Kclofan fit couler d-s troupes fur les frontiè-
res île Jerhie , fous préiexte d'engager le Roi
duPiiisa (e foumettre à Taut- rite desquatre
PiiifTintes conteJerécs; m.^is cnefFet, pour
pun »• Ton aitcn»at contre le Gouvernement;
Oa exila quclquej-ufis des Principaux Sena-
tfiMs. La compagnie députa au Prince pour
fçavoir la ca'ïfe i.ic 'eur disgrâce , offrant de
lc5 punir s*'ls ct<»:cnt coupables j mais les
M n-ftres répondirent qu'on les avoit éloi-
gnez pour des chofcs qui demandoicnt le
fcc/et.
Pendant que r.irm»^e aoiiffbit en ^erb!e,]e
Prince de Rtl fan clicrchoit a charmer lecha-
grinqiic lui avoir donné ^cette Comuratîon
chez Kl I^r (1 riTe ^o ^7'/-faii'le , qui ioivînoit
à iireb'*ii'téi'|i\ine de 'bnrans tous les a 're-
mens d*an efpat bien ^àir. \5a jour q<i<^ le
Priac«
( 179 )
^ffînce redetauoic chez elle def peines du ci«
binct , il le fentit frapc d'un furieux ma' de
tcte. Enfuite la fluxion fe déchargeant fuc
l'oeil, elle rcndômmagea fi fort, quelesM.e-
d«c\ns crurent qu'il Icperdroit. Il en avoic
déjà (acrific un au bien de l'Etat» Qiiand on
vu \e péril où ctoit l'amre, chacun en raifon^
na à (a manjere 5 5c le Chancellier fut dirpenCé
de fa ire le (ceau pour avoir dit indifcretemeiK
que Cl le Prince de R^/j/4»,itoit avci'gle, il
faUoit choifir un autre Prince pout gouverner
Vl^au Relojan qui aprit les. fen'imens du
Chancelier dans les plus vive» douleur? de Ton
n\al, lui envoya un Secrétaire^ d'Etat pici a
tout faire pour luiredenaod^r lasSccaux, L<{
Chancelier quid'aillcuisctoitauflidifgracicdje
^ vi)ë,afFt ^ade les rendre aveciiioin>d« peine
%u*l n*cn Avoit eu à les recevoir. ï^ePeuple îoû-
V*Hvs fjiesipfaftt , fit courir une hîfl.>iredé{à-
y^O^aijeuQ^aurjRri-nce, au fujet de fable (Turc.
H ai«iojit*, djfoivon jinujilen^fotune Dame
del^ f^^c idô-Js.Pfinçefl^.j^r^''^^- - II^îccIa-
M/a ^affio'iîi'fa fiJle, 3c Upria de féconder
Ces in«wUnation£. LaPrinceife fort obéilfan-
Ui aux o^'irtfS' je Ton cher Papa, dit àja Da»
tne^n'e,!le voubi,t pafî'ei* une après- midi avec
lyi^db^ 0*vihetre^m ce^fc faKeqravec a£lioi|
de ?race.. . CijW.ort>eHçfiu.ari;i^e.Ja Pi;inc9^
fe envova un Patfe prier (on rcre defavenic
Voir-, ôc qu'il ne çeraro't point fcsp;is. Lé
ÎTvnce vient. Q^ianl la Princefle l'entend en-
trer, elle fe Itve, 6< paff^îni par dcriere la
chaife de liOi^iie, elle la renverfe à ferre
avec la chaife , & dit à Ton Perc qu'il Tavoit
belle. La Û^mc cofliprit dcquoi il s'agillbit 5
( ilo )
3c Toyantle ?rtnce en dirpodcion de la careflêr
de près I lui donna un coqp de pied aa
TÎfage. Le talon du foulier adrcffadanjr l'œil
du Prince, & le penft faire fauter de latêtc.
Se (entant bl elTé il fe retira confus, & là
Daroedeaanda permKïiondes'éloignerde la
Cour, ce que la Princefle Jerdrth par graadeur
d'âme luirefufa. Elle la retint même à (on
fcryice,en lui ordonnant le fecret fur ce qui
f*ëtott pafl^. Cequ'ily a à remarquer fur cette
hiiloire » c^eft qu*elle n'a d'autre fonda-
ment que les inclinât k>ns du Prince^ qui ne
haïdottpas e ^ext, Ôc l'accident de (on œil.
Cependant el^e s*eft répandue (î univerfelle*
oient dans rfalpire> qu'il n'y a que les per-
ionnes de difccrnement qui la croient fàu^
Je ne comprend p^sbien, dit Pifom, quel
Ofage on pouvoit faire de Ton difcernenrent
pour juger de ce (air. C'efV, ditStf^T^^r que
jespcrfbnnes qui a voient rcpahdufceffehiftoi*
re , avoient auparavant accuCé le Prince de
porter trop loifl l'amour paternel envers la
Princefle Jerdreh, ils diïoient qu'il ^tott
idolâtre de les belles mains ^ de r^pandoient
|)lufleurs bruits dcfavantàgeux à ^'honneur de
'un 5c de l'autre, fans faire attention qu'il
S'a^ilfuitd'unPcre & d'uheFi.Mc. Maislci
Princei roBtfujetsactrecalomaics.
*•
f
■ ■ ■ ■ ■
CHAPITRE XXVIL
'^uem di Jerbît , Sa fin, {Entrepnfis
Senai ré^rimits,
PIndanf que cela fe pafloît à laCour « l'Ar*
mée fàifoie quelques lei^crs progrez en
^irblt', fit le Mtnfftre du Roi avec toute fa
yolirîque , ne pur empêcher qu*tl'ene fit la
conquctede quelques Villes. Il femapluiteurf
X> t belles fédir eux fie iniurtéb au Prince de R§*
iûjan. Il fit p<iifer des déclarât ion «^réduifanrefl
ibusle nom du Roi de ^^r^iV, pour enfza^er
Tarmce à fe révolter contre le Prince de R<-
h fan. Le Rot de ^erbit s*a procha tuf*mcme
fie la frontière; mats un Prince du Sang, qui
commandoit dansTarméede LMigfs, ^ût fi
bien le contenir dans le devoir q«i'elîe a^it
aivec autant de vigueur contre la Jer^r ,que
£ ce n*e\it pas été un Pays allié. Le Mî«
m'ftre du Roîde yerhk, pour faire divcrfîon
«nga^^ea quelques Seigneurs des cotes mari*
tiûies .les Lan^^es è une révolte, l! figtia avec
cinr une Ligue ofFenfîve fie defïenfîve. Le
Prmce de Relafau fit couper le cdu a iroî»
des -pi \$ fi^'pux : les autreit sVrrfuirenr, fie
le Miniftrceù-le chai^rindevoîréchoner (èf
deireins. Le Setii» quî avott quelque încli^
n.irion pour le Roî de jfrr^/V,'? rendît atten»
tif à ttHirc* les démarches du Prince de Re^ ;
lu fan \ iKiff ^a de'e contrecarrer pa«-des re«^
montrances efTtre])renantes , ficfembla vou^^
loirpartaget i*Attiasité fouyeraùic avec lui;
" H 7 ~" Tan|
Ttmqwefon \Miiftre avoît tenu les Scesintp
i! étoit fur que (esdemarchesTeroieni a prou-
vées, parce qu'il lesfouttendrofc auConfeil:
mais depuis fa dif^tace il fe vit expofc au ref-
iênttmem du Prince, llnefùt pas long-Tcmt
(ans en ép-ouver les effet. Le Seigneur d'Or-
/tfriiw 9 à qui le Prince avoit confirmes Sceaux,
huniil'-^ le %enat en toutes manières. IlTo-
bligeade'vc«tr ? pied en habit de cérémonie
au Palais du Prince , où il eut l'affront de
YOir les Seigneurs primer. On biffa fes Ré»
giftre, fie on Tob'igea d'ériger l'OÔîce du nou-
veau Mas;iftrat etrHiarge de Vice- Chancelier.
On lui drfpndit defe mêler des affaires d'E-
tat, 3t on Ini^rdonna de borrer fes foins a
iend«*e la iu(\ice au peuple.~Cc coup fût fca-
fib^e au Sénat, il n'oubîia tien pour s'eiï
Vanîzer. Les billets lui fournirent un beau
prrrexte pour exercer fesp^/Tfons. 1' fronda
airec tout** fon autorité t -Mais fa conduite de*
venant déplus tn plus odieufe au Pruice; le
Sénat fe vit eloiiiné He la Vilîe capi'ale y 3c
obligé de f;ire fon féiour dans un hameau,
où il nianquoft pluficurs chofes nécclfai-
res.
jPcn ^ahtcek trouSlesdomefttque* ,la gnefJ
re fe fi^ifoit heurettfement en Jerèie, Le ^câ
de ce pay^ , poUr éloigner Ic^ malheurs qu'une
atniée enirairie toiii«»u«'s itec t\\^, confentiè
pcnir quel >uc^ e in s à un trêve. H</<?/*7» profita
de cet interval , pourl» if^frc ententlre par fcf
Amb^fTaJeiir*. qu'il n'étoii retievabledc fes
maux qu'.i l'cfprTf fedi">itx 5f tn rigMant de
ion Vl.ihi(Vre , /qu'il 4'avottr broiiiUé avec toït^
vitsïu,tuif£jLSLCMim^àis,iJC{\it la guerre, oii
( 1«3 )
si vcnoît de Tén^^ager contre fon Beaii-?efé
9c contre le Monarque de Germanie fi
^aifoit contre )a foi publique ; & que ]*aïant
^ncrepi'ife dans des circoni^ances criantes,
^le lui feroît louiours ru'incufe/ parce que
l>ien des Pu»flanccsavoieniinierêtdercmpê-
<her de s'agrandir $ qu'il rrouveroit en (on che-
mia autant dVnncmis que dcPrince(;ques*il
Vouioit entendre a une bonne paix,on lut abaii«
donneroit la Jerbie ,àom on lyiavoit con-
tcfté jufqu'alors ta pollellions que déplus on
fcroii les conditions des Princes le? enfans (î
avantageufcs , qu'il n'auroit que fujet de (c
louer de la manier do^t on menapcroit fei
intérêts^ qu'on ne lui demani^oit tutre chofe
que d'éloigner Ton Mniftre, dont refp'it tur-
bulent n'cioit propre qu'à mettre la combii^
tio n & le defordre par rcut.
La Reine c\ue Relofan avoîtgâgncepardes
intérêts particuliers , & qui c oit benaifed^
faire encrer dans le Miniftere un Gr-mauld »
afin d'avoir un hornme qui dépendit d'el'e , fai-
Toriia le? propofi'ions de R. loian. Le MiniÇi
tre de Jerhu fût cout^edic 'ans rec^/rrpenfej
di pour Prtipeclitr de remuer, on feignit d^
lui faire fiire ion prc'cè'- par 'e i/ratid Di«n de
la Terre ^ pAur 'occupe; roi» entier à fe dé^
fendre Le Hoi »^e Jerlie en n tons fes in-
térêts au Princp de Reicjar} , qui {ç voyant ar-
bi'redr fa forfune ,»g't avec routera gchéro-
fiic qu'on avoit Hru t^V^'crri de lui il fol-
licitaBfcâr le Roi .^c ^Urh't aupics Réfutes
les Puffa'^cts, avec li-faueMcs i' 'e fH'' en
paix , 8c in'liqiia un Con;,ic« . oiïT»^" ev.imj-
li€roii fes prcicnlions. L retira fes troupes.
du)
6e TecompenlJ le» Ofiîct'ers, quf aroTcnt h
mieux fervi , avec du j^apier qui en ce icms-^J
étou rargeBtdiipa)s, llnpeîaîes Seigneurs
qu*i) avoii exiles, donna la liberté à ceux
^u*il TCtenoii en arrêt, 6c fît un exemple Je
fuftfce terrible.
Un Prince Çtrmaîn, A'Iîë du Monarque
du pays 6c de tous tes Seigneurs de l'BiTifHre»
parent même "du Prince de tielojah ,^r\x d^ng
le vin une «ffcrolution indigne de (on raâg.
L*Agiotage en papier dominoit. Ploiieurfl
perfonnes y faifoieni fortune. Le Seigneur
Cermaîn feignit dt vouloir trafiquer. Un Cour-
tier de Banque levât roaver dans fbn auberge
avec 1rs eftets | mais au lieu de trafiquer ,
le Seij^neur Belgique aidé de deux autres , le
poignarda. Après avoir fait le coup, il fore
de l'auberge; on rarrêreîfon procès lui tft
6", & îlcflconlainrcà perdie ^a vie parla
barre. Tous loSeigreur? les parent allèrent
demander fa^race. Le Prince de Kf /«/«}} la
refila. Ils lui demandèrent qu*att moias on
cbangf'ât le genre He Tuplic^ > Ôc qu*on If fil
mour r p^r ÎVpf e , parte que l'infamie de l'au*
tr« ^itpli\:e rcî^nil>croit fur la famille; maisili
Vcbvînrenf f en , & ne purent avo r du Prin-
ce ou^ fC5 paro'es remarquables : Ce ne fera
fasle 'fplice ,quil*A mérité, mats faâiion t^m
deshctmerera votre famil'e.
Peu de «ems après arn'va la décadence dcl
bîllers donr ie vouf aï pn'^ : ccgjiifÙTla
père le la fo tUnec'u Seigneur c**Gr/<^R# Le
Prinflg lui rc'îrp les Sceaux 6c les rendit a»
Cb.ince'cr, quî.'^^Vmdta r'ans la fuite? pre*
.Venir les deCrs du Pimce 6c à faire icut ce
/ qui
ifuî poUTôît lut être agréable. Sar^ptttatiOli
tn pâtit un peu , parce que le peuple « qui n*
fçait pas de quelle confcquciice il eft, qu'il f
ait une bonne corrcfpondance entre le Princ#
ïc fcs Miniftres , blâme toûiouri ceux qu'il
voit donner aveuglement danf les voloates
du Princ«. Il fe fcrvit de fa faveur pourri»
comtiioder le Seqar *vec le Prince , qui lui
permit Je revenir à la Ville faire fesfondionf
ordinaires, fans beaucoup s'embareflèr qu*il
remuât ^ ou qu*il v^emeurât tranquile.
^ Une autre chofe occupoit alors le Prîoc*
Jie Rilofan. . Il auroit bien voulu terminer let
difercnsdesPhiIoropbcs;cepen4^nt iîy trouvoît
des difHcuUez prefque inTurmontables. Il fit
tous fcs efforts pour les faire entrer dans un ac«
commodément : Mais il /eroit plus facile^ com-
me vous le f^avez, de faire Tympatifer le feu
avec l'eau» que de faire convenir desmêmet
Principes, lesPhilorophe'deJiferensfeôes î
Quelques-uns parcomplaifance pour lui , fi-
gnerentto^t ce qu'il voulut: emre autres It
fimeux Druide 5ffV/4»# , qui (e Hiftingua pen«
dant toute fa vie par (on inconftance , en for*
te qu'on VapptWoh le Brodtqum du Pétj s, par-
ce qu*il fe tournoit de tous cotez , ou pour
mieux dire, c'ctoit une giroiietre rouge, qui
tournoit à tousses vents qui foufloierit auprès
d'ielle. Dans fes premières années il fe piqua
de Morale févert , & en retint cela de bon»
qu'au moinsfes moeurs furent irrëprçbenfîbles:
Mats comme il a'f toit f^avant que par les
gens qui l'apf^hoient, il fut un tems Stêicien »
parce qu'il (uccedoît à »n Druide Smcîen, \\
ctdfvinc Eficuritn en prenant la pUce d'un
Druïdf
( »t6*)
Dniïde FftcurUn, Il fe metamorphora ttlttS
Bnem dans f et état, quM n'croirprefquepliif
reconooiflable. 11 devint rcnnemi implacable
des StûKÎens, & fâc «n des grands reâortf
qu*on fît jolierpourdétruirun pays tout peu*
f\e 6e Stoteiens. Enfuite le venr changea s
11 redevint Smcitns , jufqu'au point d*ainaer
mieux perdre les bonnes grâces de Ton Roi ^qtte
de favorifer tes E^ia^r^sns* Enfin il fît en*
€ore un demi tour y de fut au/TI grand enoemi
^tiStoïcitBs , qu'il leur a voit étc attache» £n
«nmot» ilfûiconflam dans fon inconfiaih
ce.
I Le Pfînc^ vojant qu'il ne pouvait
accorder les Pkilorophes , les abandonna à
leur fens reprouvé , & remarqua fort iudicieu«
Icmcm qu'ils n*avoient jamaif ctc plis am-
enez les uns contre les autres» que lorfqu'il
Tes avoit crûs reconciliez, il ne s'occupa plus
cnfuite qu*a faire fleurir la paix 5c le com-
merce dans TEtat, de à reparer le tort que les
billets avoient caufé. Ce Prince cioit verita*
blement grand par une infinité de belles qua^
lîtez qu'il fît éclater en toutes fortes d*occa-
fions. Quoiqu'il eût humilié le Sénat» il ne
l'aprehendoitp^s» & ilnelecrût lamaisdigne
de fa colère 11 fîtalfezpatoitrelo mépris qu'il
enfaifoit, en le iaiflant agir dans une affaire
qui eût beaucoup d'éclat. A peine leSenat
fût-il repris fcs forces, qu'il voulut les exer*
cerfurceux qui s'éioient enrichis à la Banque*
II s'attaqua au Seig;neurdc£^9»^'; qui y avoit
fait une fortune étonnante » &*qui par une
fage précaution avoit f^û réalifcr Tes effets
de papier , avant qu'ils cuiTçnt perdu leur cré^
dit
(t«7V ^
cRf. Ce Seîgncttr qui ^toîf^ fort fcniibtô
fur If point d'honneur , n*eût pas plutôt
a prit qu'on l'accufoit d'avoir malverfé à
la fia nqiie , où il avoit eu quelque infpeoj
tîon , qu'il en porta Tes plainief au Prince,
#t en demanda des Commidâires - pour (k
f uftifier* Le Prince lui dit de fe mettre au
deCus ài^% bruits qu'on faifoit courir : MafS
le Sénat ayant voulu prendre connoiflanct
^e la coniiuite de ce Seigneur , le Prince Itt ^
laîâa agir avec une pleine liberté; de leSef«
gneur (e juftiiia d'une manière d'autant ptin
irréprochable , qu'il avoit pour juges fespro»
près ennemis.
Quelque cdat qn*eufTênt au dehors les
vertus du Prince de Relofan , elles n*é: oient '
pas moift« folides pour fa conduite partU
<uliere. Un Poète , ilont la reine • fem-
bloit avoir quelque choTe de divin , abu^
de Ton talent pour médire du Prince. Il
décrivit en fix Oies , qu'il qualifia de Ph i«
XiPFTQ2'V> toutes les injures » les fàuK
bruits^ les médifances, les calomnies , que
le Peuple avoit répandus contre le Prince ,
qui ne fît que s'en mocquer. 11 reconniit
qu'il y avoit de l'efprit dans les Vers ,
mais qu*ils contenoienr bien des fauflètez
6t laiifaaux Dieux le foin de le vanger. Le
Ciel à trop d'inierct à ménâ-rer ^a rcputa-
lioi^ des Princes pour la lai (fer flétrir im-^
.punement. Le Poëte fût puni par un rude
exil, & peut-être qu'une main vangcreffè
éteindra un fOur dans le (ang cette fureur
de rimer.
Je vous ai déjà parlé plufieurs fois de h
Pria-
( .tt y
fnnctntyerdnh. Elle n'étoif pasifMtns ex?
pofce à la calomnie que (on Père. Elle
mourut dans Tes couches t On fçaît qu'il eft a&
fez ordinaire aux Femmes de paierie iii-
1 *it à la nature dans ces douloureux mo-
ments. Je vous racfoiiterai volontiers la Fa«
ble qu'on débite de fa mort , pour votif
convaincre qu'il n'y a perfonne exempt
ét$ coups de langue , puifqu'on déchire fi
impitoyablement les* Perfonnes de la pre-
mière dignité. Cette Princefle quelque!
tonécf après la mort de (on premier Mari
donna la main 6c fa foi à un Seigneur de fa
Cour, qui n'avoir prefque pas d'autre mé-
rite que celui de plaire à la Prince iïe. Un
jour qu'elle étoit à uble avec Ion Mari ôc
It Prince de Relo/an i ce Prince qu'on fèii
toujours amoureux de fa Fille , s'amii*
foit à ce qu'on die • à conrer àes doH«
ceurs à la Princeffc au lieu de manger.
Le Mari de la PrinceCe qu'on (uppofc
jaloux, ne pouvant rou(Frirce manège, dit
quelques paroles qui marquoient (on indi-
gna ion. Le Prince les releva , en lui let-
tant une adiette à la tête. Ils ft levèrent
de table i^W^Tii» met la main à l'cpce. La
Prtnce(fè le defarme , les appaife. On fe
remet à table. Le Prince adore les divf*
nés mains de la Princeife. Nouveau hijet
de querelle Kxlofun (e lève de table , ^our
fraper le Mari delà Princefle. Elle fe met
entre deux » & reçoit de Ton Père un coup
de pied dans le ventre. Elle écoit grolTe.
Cette opération un peu trop violente sc«
cèlera (es couches* Elle mit |u m^ndt
deux
itn cnfalis» <iom on prcteaJ qu'un tptt*
t«noii au Prince , Ôc l'aurre au Mari 8
Mais comme ils n*etfrcm pas de vi«,« %n
ne peut pas conjtâurer par leurs inclina*
tions ce qui en pouvoic être. La Princt&
le perdit (on lair. Une fiéirre violente ac«
compagna les autres n^auvaifes fuites de Ce$
couches précipitées. £lle c^ila de vivre «
fur te poiiit d'accomplir Ton cinquiéoit
hiAxe. Ce Prince fuporta ùl mort avec
une grandeur d*anie , qui perfuada tout le
monde qu*ii n*avoit aime la PrinceflTe jFrr-
4rgh , que comme uqk Père doit aimer (à
fille. Cependant la calomnie fût plus
puisante que la vérité , 5c \p ne fçai (i oiu
tre £# Vajfjrie, dont la probité ne pouvoic
£tre fufpeéie à perfonne , on eût trouvé
un fcut OfHcier de la Prince^ , qui eûl
rendu )u(lict à fa ûgcife Ôc à . l'innocenct
tfe fon Pcrc. .
Ùa trait de calomnie des plus affreux i
qus j*ai oublie de vous conter» vous per«
fuadera quelles peines ce Prince a eu à la
furmoncer* Je vous ai dit que Megas Ta-
yoit fub^onné d'afpirer à la Couronne.
JLes ennnmis du Prince le croyoient G. ca-
pable de commettre un crime pour y, par*
venir , que le Mjpiftre d*un Roi étranger «
ennemi du Prince » eût la hardiefle de lui
ioïpofer dans une lettre qui fût rendue
publique 9 par quelles voyes il vouloit mon*
ter furie trône» aux dépens de la vie du
jeune Roi. D'autres répandirent le bruit
Sue le Prince ayant mis un jour une pou(^
creodoriferame(ùria maia du jeune Roi«
afin
( 190 )
MB qu'a la refpirât, le Gonvcmcw dm
ftid Koi foufiBa la poufÏÏcre, fc fit lavcf
la main du Roi, comme fî on y eut mis
du foifon. D'autres enfin difent, que le
Prince ayant fait iervir la collation dans
un de fej Châteaux au jeune Roi , le Gou-
verneur ne voulut pas permettre, que le
Roi mangeât auire chofe que <»' qu'il avoît
aporté avec lui. Mais ces difcours popu«
laircs n'ayant aucun fondement , Te font
détruits d'ewc- mêmes , Ôc aon vu le Roi,
plein de vie Ôc de famé , faire les délices
du Peuple
Grâces aux Dieux , dit Ptfon, nous voî«
cî^au Château. Je croîs que Monfîcur
auroit allongé ion Hiftoire d'une heu-
re , s'il y eut eu encore une lieue de
chemin a faire. Je lui ai cent fois fouhai-
té le défaut à^Bgnatius, J'aurois mieux ai*
mé qu'il n'eut pas tant charge fon Hiftoi-
re, Ôc qu'il «ut été plus court. Vcus vou*
dricz peut-être , dit Samar , que j'eufle
fait comme celui qui en un quart d'heurt
raconta toute l'Hifteire du . monde de«
puis fa création. Vous n'y êtes pas , re-
partit Pijon : Mais je voudrofs que vous
ne m'eufïiez dit que la moitié de l'H.ftoirt
^e Relofan, Se lai (Té l'autre moitié à de-
viner/ Le petit portrait 'que vous nous
en avez fait l'autre jour eft plus de mon
goût qMe vôtre grand détail. De plus,
il faut vous en croire fur votre pa-
role Je ne fçai, (îtout le monde diroit au-
tant de bien de ce Prince que vous en di-
tes. Vous np lui donnez pas un feul vice ,
ce
< Î9' )
quî fait que je vous fubçônne de n$^
te rie. Il n*y a point d'honiine » qui n'aît
quelque défaut. Tracer ie portrait d'u«
homme fans tache, c'eft me pas vouloir ctrt
^rû. Vous avez, dit Samar, un (î grand
penchant à croire du mal des autres, que
vous i>e r^auriea en enten ire dire du bien.
Je vous ai reprcfcnié le Prince de RiUja^
tel quM ctoit. J'aurois pu vous le repré-
fenter tel qu'il âuroit dû être. Quelque
grand qu'il fut il pouvoit encore cirt
plus grand. En voici aflez fur fon article,
dit Pijffn, Je vous promets de croire de lui
tout le bien que vous en penfcz 5 mais à
condition que vous ne m'en parlerez plus.
Prifcus doit être content de vôtre narré.
Je l'ai . écouté par complaifance pour lui.
Cela doit vous fulErer
«•
CHAPITRE XXVIII. j
Defcrîptîon dit Chitiâi*. Portrt^ de nueU
q'*es Dames,
E
Tant arrivez au Château ; î1s-trouverent!o
,,-j Concierge à la pone, comme cela doit
toujours refaire dans, une naaifpn bien ré-
glée. Il leur demanda un Billet de famé.
Samar qui connoifloit Taîr du bureau , dit ^
aux Romains ; que ce Vionfieur étoit cu-
rieux des belles chofes ; & qu'il les , prioît
s'ils avoicnt quelques médailles de Tibère ,
( Î9X )
it lui et faire préfent : Ce qui fût exéco*
te à la fatisfadion de Monfieur le itou*
verntur* Après cela il n*y eût rieo qu*oa
ne leur fit voir. La première Sale étoic
tcaduë de tapiiTerie de la Couronne &
reprcfentoit THiftoire du Règne de Megas.
Il y avoit tant d'cveneœens qui reflên-
toient la Bible, que PomfonÎMs demanda i
yoir les autres Âpartemens. On condui*
fit les Romains dans une Galerie, où les
Daines du Règne de Mt$as étoient rcpré-
•fentcesau naturel. Pi/on Ce plût farta re-
garder cette aimable peinture. Il v eût
quelques Damés qui furent du goût dt
CeUr ôi d'Egnatiusî Mais Ptijcns lestrou-
voit trop découverte s de Pemfonius qui
n'étoit pas fiché de voir de b^les chofes ,
dit qu*elles n*aurotent pas eu befôin de
cbemife , C\ elles en eu0ènt montré autam
par tout. En fuite on conduire les Â<7m«i»/
par un efcalier deiobé au pavillon on
rOrdre de ce nom avoit été inftitué. Ils
y virent un Portrait du Roi petit-iiU dt
Meîâs f 4|ui portoit au cou V Ordre dn Pa*
%fiilon» avec une Médaille où ctoient ces
mots : Jo préfère U liberté à la vie, 11$ In-
rent la lifte desXh«valiers de cet Ordre,
te defcendirent par un efcalier tournant )
dans une Galerie, où étoient repréfentécs
les Dames & 1c* Princefles qui avoicntvè*
eu fous le Règne de ce Roi. il y en avoit
de toutes les façons , 5c ce qui faifoit
plaifir à voir elles étoient toutes belles.
Jamais une Dame . ne ie fait tirer ^ quand
elle vient fur le retour. Il y en avoit quel-
ques
'<|tfèf unes , qui éioltnt brM^es i*\xné
gunnpe. Prifcus les trouvoît a(Tez modtdes.
J^omponius en ayant ^envifagc une qui
fotis fou voile cAckoir plus d*âppas que
faînaîs les Poètes n'en attribuerenc à la
Dceire de Cithere , fût curieux de fçai
voir qui c'ctoit Ôc demanda à S^mar s'il
ccort poflîble qu'une Dame eût rciini en
elle tant de beauté 4c tant de charmes. Elle
et oit encore jplus belle, dit Samàr -, qu'el-
le ne vous paroit. Le Peintre n'a pas
rcuili à tirer fa bouche. Il y avoitfur fes
IcVres mille agrcmens que le Peintre n'a
pu imiter. Cette Dame ctoit fille du Prin-
ee àe Btlofan, Qaûi, die Pi/on.» eft-cc la
Princefle Jerdreb \ Corbleu , elle»
19 on. repartit 54iw<ir}c'cft fa cadette. Cet*
te Dame qui fembloit n'être au monde
que pour monter fur leThrône, après avoir
noéctité à fond fur le nrant des chofes du
monde , le méprifa avec toutes fes pom*
peSy & fc retira en Ichtyophagtt, Elle f
vccût quelques tems fans emploi; mais (on
:anérire , plutôt que fa nailfance l'ayant dif-
ttfiguce , elle fut élue PrinceiTe du pays»
ï^e Prince de Rjêlifan eût beaucoup mieux
«imc qu'cl'e eût confemi à affermir fon
thrône par une nouvelle alliance , que dt
renoncer aux doux piaifirs de PHymen.
K'ayant pu vaincre fa réfolution , il lui fit
4ans Pétat qu^clle avoit choifi tout le bica
qu'elle pouvoit attendre d'un Perepuiffam-
inent riche. Les fréquentes vifites qu'il
lui rendit furent fufpeâës au Pfuple mé»
^ifant, qui débita , qu'après la mort de la
Pnnctfle Jtrdrth , le Prince pour ne pas
1 avoir
^ae^qafsdiTcours'dont le contretoup retomba
furU Gouvernante. Au rcftc, il faut avouer,
que la VilUjêrt ( voici Ton Portrait derrière
la porte au-deflus du ballai ) avoît un talenc
tout particulier pour aprendre à parler aux
Peroquets.
ht cette Dame » dit Celer, qui tient un
livre à fa main \ Vous vous trompez , dit
Samar 5 c*eft une tabatière faite en forme
de livre. Je vous en ai dcja parlé. C'eft
TEpoufe du Prince de Jamun. Elle excel-
loit dans l^art de bien joiier. jamais Dame
ne joua p!us beau « ni plus gros jeu^ Elle
îoiiv)it en PrincelTe, & perdoit en Reine*
Soit qu'elle gagnât , ou qu'elle perdit, elle
etoit toujours d'une humeur égale , & m fe
fachoit que fur le poiilt d*honneur. Quand
le Prince de Rehfan priva fon Miti des TU
très dont le Roi Me^raz l'avoit honoré, el-
le I*alla trouver jùfqucs daiufon fon Cabinet,
& lui dit d*un ton capable de l'intimider,
que s*tl étoic alTez hardi pour faire quel*
quechofe contre ron*Èpoux, il ne mourroie
jamais que de fa main : cependant elle ne lui
tint pas parole. Cette Dame ctoît Comtedè
6* Eu, Elle fc ferviides Privilèges d'un Pays,
où l'on n'eft pas obligé d'éxecuter tout ce
qu*on promet.
Quelle eft cette jeune perfbnnc, dît Fgna*
tîus , qui ^a Tair fi doux 3c Çi tendre > On
voit à fcs pieds une Couronne renverfée,
Hclas î dit Samar, ce fut une icune Demoi-
felle, que l'ambition dcmefurée de fon Père
donna en mariage à un Prince , qui la prit à
caufe de fon bien ; Mais le Prince fon Père
ft'a^am pflyé fa dot qu'en ppier , fon Mari,
aprcf
^ ( T^7 )
Apr^s vroÎT pafle un mois en fa Compagnie»
la renvoya chez Ton Père , lui déclarant qu*i!
ne la recevroit que lorrqu'eile auroit réaUfé
ion papier en argent comptant.
■•
CHAPITRE XXIX.
Portraits de quelques Seigneurs»
Sjt MAR expHqua encore quelques Ta^
bleaux , 5c n*oublia pas celui d'une D'à*
me, qui avoit ctc fort lang-iems Epoufe
légitime d*un Itoi , fans cependant être
Keine. \h allèrent enfuite dans une Sale »
dont les murailles étoient incruftées de mar«
bre; dWpace en efpace il y avait des pilaftres
de vtî'îîieil , contre lefcjuels étoient appuycei
les (latuësen bronze des Seigneurs de là Cour
du Prince de Relofan.
Le premier fur qui i\s jettcrenf la vue,
Aoit habil'c en Sui/lt , 5c tenoit un« per-
tuifanne en fa mafn. Samar leur dit , que
le SeigneiH* dont ils voyoient la Statue,
avcHt été itn des Courtifans les plus accom-
plis de Ton tems , qu'étant Cadet de famiU
le 5t cherchant fortune, il fut charmé des
appas d'une Princcflè , qui ne lui fut pas
cruelle. Mais le Roi hiegas interrompit
leurs piaifîcs , fans pouvoir détruire leur
inclination. ApFés la mort du Roi , la
Princefîe le produifit chez le Prince de Re^
lojan , qui l'honora de la charge de C^ipi-
taine de Ces Gardes Suites s ce qui ctoit la
plus haute fortune , où il pouvoit alor«
1 3 afpircr.
( Î9« )
t^pîrer » 8c le pofte qui lut conyenoît It
mieux. Son frère qui ctoic un Druide
de diftin^ion , fût û reconnoiffant de C€tr€
grâce qu'il n*eùt point dans la fuite d*aucre
Religion que te le du Prince.
Quel eft cet autre , dit Celtr qui â Taîr
ù maie / C*t(l repondit Sathur , le Prince
de îiidoc , qui s'eft vu jeune , Chef «i%inf
illuftre Fannt le. Il employa fcs pre*
inieres aimées à la guerre. Ap es la mort
du Hoi Mtgas , Kelofan le broiiilla avec le
Prince de Jamun. afin qu'ils le laiilaflfent
en repos pendant qu'ils fcroient occupes
i terminer leur diferends particuliers: Mais
RtUfan le favorifoit en fout pour contre-
carrer le Prince de Jmmun , qui fuccomba
dans cette occadon le Prince de Ntdoc ,
qui avoit un Confeil fort interreifé , trou-
va ^ môyea à u foyéux des. iwîcr* à«
Banque , d'augmenter Ton Domaine , dt
payer les dettes de fa maifon » le de retl*
rer les Terres que Tes Pères avoient alié-
nées. Il fût fort reconnoiiïant envers le
Prince de Relofmn , de lui avoir procuré
tous ces avantages { ce quil témoigna par
l'attachement inviolables , qu'il eût en
tout lems pour Tes intérêt^. Il perdit fon
Epoufe aflpz jeune; tV les Epicuriens ^
qui ne ceHIoiem de calomnier la Famille du
Prince de Relofan répandirent le bruit
que la Princefle d'/c^/yo/^^^/V quiitcroîtron
pays pour époufer le Prince de i^edoe : Mail
ces calomnies fe détrijifîrent d'elles inêmes.
Ce Prince avoit du cœur., de l'erprit& de
l'axnour pour les bcHes Lettres. Il emen-
^oic paràitemenc' bien Tes intérêts , ^
1m
les (^avott Itacnager fort avantageufement»
On lai en faifoit un vice^ mats il y trouvoit
Ion compte.
Quel eft , $*ii vous plaît, dii Pomponwt
ceieune Seigneur quia fi bon air! G*eft
répondit Samar , le f/ere du Priace de
Nedjc. Ce Seigneur épouTant le» imerêcs
du Prince iSc de (a Famille «feignit unio^ir de
faire une partie de chaflit, âc quitta fa patrie
pour aller dans un pays où il f^avoit qu'on
îalfoit la guerre: Mais ce nVcoit pas tanc
Tamour des armes qu'il Tavoit engagé à
cette détiiarcbe » qu'une pique contre le
Prmce de Jamun. il fçavoît que le Prin-
ce de Vexrot , fils aine du Prince de Jamun,
avoit fait des depcnfes confiderab'cs pour
paroltre avec éclat dans cette guerre : C*e(l
ce qui l'avoit engagé à y aller pour t'édip*
fer, Effedivement , quoiqu'il s'enfallut
bieau-coup qu'il n'eût un équipage prQjpr-j
tionné à A natOance, comme elle lui don^
noit le pasau-deflus de V$xrotj & que ce
ii>(^ pas le train qui donne le courage, il
parût à l'Armée comme un Héros. Le Gé«
néral q it étoit un homme confommé ad«
mira fouvent en lui dans un âge fort ten»
die d^s vertus miliiaires,. qu ne fontor-
dinairement que lé fruit Je Texpcrienice ,
qu*on acquiert pir un <^rand nobnbe d'an-
nées de ferv ces. Apres que cette guerre
ftit terminée , Le Sei^^ncur de Nédûcxoyzm
gea dans diferentcs Cjurs, où il em plu*
fîeurs bonnes fortunés. 'Sa beauic jointe
• à fa riche taille, à la vivacité de fon ef^
prit » à fa poiitcfle <Sc à fes manières eiTga*
géantes, lui procura les bonnes grâces des
1 4 Uames
( lOO )
Dames » qui fouvent Ce dîrptiroîenr rh<
oeur cl*avoii part dans r«n eftinir^ Il rc»
vint enfuite dans les Laugts où le Pricre^
de Rclofan le re^ût arec toutes les mar.
ques d*honneur ducs à Ta naiâance. Il
lui donna des bons gouverneniens* P. l'^ad*
mit èzn» les Confeib » & n'oublia rien d«
ce qui pouvoi: favorifer fa fortune.
Le Druide que vous voyez à cote <i«
lui, fut un prodige en (on tems. C'étoit
fon frère; Mats il ct0it fi tare d« voit
des Seigneurs de cette naaifon entrer dans
le Sacerdoce » qu*on admira le mcprts gé«
nereux que faifoit ce Prince de tout ce
qu*une fortune (flevce à de brillant » puiA
c|^iie dans Tctat où on Tavoit engage , il re«
nonçoit à l*honneiir de ciieillif des lauriert
dans le champ de Mars : ce qui avoit toû*
iours été b glorieufe occupation de Tes iU
kiftres Ancêtres.'
Quel eft . celui , dit Prlfcus , qui cft dift
gracie d'un œil \ Ccft , repondit Satnar ,
le Seigneur de Prince aulli brave
. que fon cpce, né pour les plaifi'S 5 mais
qui en facrifia les douceurs^ aux délices dit
cabinet. La Cavalierie le vit fouvent à {^
tête, moins comme un Général, qui comoie
un Héros, quila -conduHoit àla viftoire. W
étoit d*ulie humeur doiue 5c tranquile, en-
nemi de toutes les broiiillcries que 1rs fac-
tieux fot.t narre dans un Etat inviolaUo-
in-nt ataché aux intérêts de foi^ELoi , amateur
de h paix, ennemi de la fourberie , ôc qui dana
la de^aJence des billets de Banque^ don-
na une preuve de desinterclTcment des plu»
graadeiSâ en o&am de i*ar^ent con}p.
taïki
rant aox perfonnes qui avoîént reçu des
billets de lui pour quelques acquindons
qu'il avoir faites»
Vous voyez de ce côtc-cî dewc Sef-
gtieurs , qui étoient frères ,■ mais d'une hu«
meur bietv différente. L'ainc fe vit par
droit de primogeniture , Gouverneur de
Province, Générale d'armée ,^ Chevalier de»
Ordres , 6c titré de tous les honneurs
qu'un Gentilhomme pouvoit efperer. Le
Cadet, homme de cœur & d'efprit, cher-
cha fortune dans le champ de Mars, Il
fût un des plus expérimentez , des plus
hardis & de plus fage» Capitaines de (on
tems: Maison eut bien de la peine à ren-
dre jufti'ce à fon mérite. Si on lui donna qifel»
que commandement dans les armées,: c'eft
qu'on ne pouvoit lui réfufer ce ^u'il avoir
mérité à la pointe de l'épée. Le Prince de
ILtloCan et oit d perfuadé du peu de.roerire
de l'aîné , qu'spréhendant que fon fils
sie marchât fur Çt% traces , i! avoit réfolu
de lui 6ter la furvivance du Gouvernement
de (on Père ) mais les prières du jeune
Koi furent un obftacle invincible à ce defl«in»
CHAPITRE XXX.
Continuation^ du mimi fujet,
Q'Jel cft, dît Pîfon f celui-ci qui s'ap-
puie fur un ancre de navire ? C'eft
répondit Samar , le frère du Prince de
^4WA»,.&. un des fiîs^du Koijdtgai, qui fut
rcde»
pederaMc à ta doucear de (on tempcff»-^
ment de n*»voir pas (ubi le même foTtqu*
ion frète pendant le Règne du Prince d«
Mofân, Ce Seigneur ccoit d*une humeur
n douce que cela alh>it prefque iufqii'à
ftnfènflbtliié , ce qui lui procura le bon-
tieur de ioiiir en paix de Tes grands biens.
On lai(Te volontiers en repos un homme qu*on
ii*aprehende paF.
Ce Druide , que tous votez quatre pi*
laftres au de (lous de lui , fut bien d*un au*
ire humeur» Il ne Ç\m prefque redevable
qu*à (on efprit broiiitlon de la Pourpre
dont il fut honoré. S«n père qtiî avoie
porté long tems les armes avec, honneur fous
le Re^ne de Megas , re^ût tn recompen-
fe de fes (èrvices le l^mple de Lûtià
pour ce fils , qui fe comporta dans les coni»
mencemens aflez bien, comme €*eft^ l*or*
dînaire .* Mais ce Orirïle d*un efprit agif«
^nt p. fut bteo-tot las du repos , i\ Ct
brouilla avec le Seigneur dti Pays : il fe
fit un mérite de fa querelle il inrereflâ
toutes les Fuiffances dans les broiiilleries*
Me^^sr^ pour le tenir dans le refpeé^ , Ta*
procha de h perfonne « & lui donna la
Temple de Xeum/i, Le Druide de la Cour»
qui coniK>if{<>ir refprit intriguant du Pre*
ht » fe douta bien qu*it feroit tout fon pof^
fiofe pou* gigner 1rs bonnes grâces du
Koi^qut l'a voit d^abord reçu aC*a froide-
jpaent. I' réfolut d^^nc de le conver ir , 5c de
lui faire, abiure»' le Stotctfme , dont il faîfoic
profefïïoo ouverte. L*tpas étoit fédiiifam,
^fqu'il **aj»'(r ît des bonnes grâces du
Friace. 1*9 Moula lui propofa d^accep'er
^ ( 20J )
les dogmes d*Kficure , s'il vouloîe faire
fortune à la Cour. "Ne croyez pas lui
^, dit-il , que vous puiilîez faire changer
9, de femiment à nôtre Roi. C'efl un Prince
•9 éclairé, qui ne fait rien qu'avec de bon«
0, nés 5e folides raifons. Il ne fe determi-
»• ne pas facilemenc ^ mais quand il a fait
9, un choix, rien ne peut le faire changer
9/dt femiment. Il a fucc les Maximes
,g Epîcurienes avec le lait. Je vous fure
9, foi de Moula que. fon Gouverneur ( j*en«
a, tens le Druide qui Gouverna l'Empire
9» pendant fa Minorité ) étoit un des pins
9« beaux ornemens de nôtre Sede; C'eil
«» tout yous dire , qu'il étoit revctu de la
,9 Pourpre Romaine, Il infpira fts fenti-
mens à fon Elevé , qui profita (1 bien de
fes indrudipns» qu*il feroit au(fî facile
„ de compter les ctoilles qui brillent au
,9 firmament , les grains de fable que
,9 la Mer jette fur fes bords, les brins d*her-
„ be , dont la terre fe couvre au prin-
pf tems , ou les feiiilles qui ornent les ar*
,p bres , que dire combien de fois notre
,, invincible Vlonarque a mis en pratique
^ les Préceptes de nôtre Sexte, ^ Croyez-
„ moi , vous ferîez fort mal reçu , de vc«
„ nir prêcher îa Reforme à la Cour. C'eft
„ ailèz que le Prince (bit d*ifti opinion ,
„ pour que tout le monde U futvc. Il n'y
,p a pas même jufqn'aux Dames , qui fe
„ trouven; bien de nôtre Morale. On
., peut dans nos feniimens , faire tout ce
„ qu'on veut , pourvu qu'on fcan;lali(e
„ perfonne» ou qu'on ne prétendent pas of-
u fenfer les Dieux : Quoi de plus commo-
16 de î
99
( i04 y
'„ it) Prélat, voici la voyeque vous dev^z^
^ fuivre , point de fortune autrement. Si motx
^ amitié vous accommode , elle cil à ce prijc^
Sa Grandeur fit un û bon ufage de wes-
pieux documens , que le lendemain à foa
réveil il fe trouva metamorphofc en Ef>i*
€urifn du premier rang; & jamais la Selle
B*eiii de plut zélé, 'de plus turbulent » ni
de plus paiÏÏonné déf^nfeun On lui fout'^-
nit les moyens de vivre à fosaife^ conmiff
tout bon FfncMrit» doit âirt. On le revê-
tît de b Pourpre | & bien des gens euflêar
fbuhaitc qu'on lui eut donné un licoa..
Jlirjiff çelTl. de vivre, flt !e Prince de Xm^
ma cefla de recevoir des faveur» du Prtn*.
ce ; mais il n*en fin pas plus tranquil» pour
cela» Le Prince de Kelofan avoit un Soik
verain méprîi pour lui y cependant quelque
chofe qu'il pût iaire> il ne pût jamais ]»-
réduire à demettrer en repos. Il broÎMlIa,
toujours , toujours il remua. On dit mc«
me que fes cendres après fa mort n«ï
peuvent demeurer en place..
Qu« vois je,, dit Prïjcus , au- fond de 1^
galerie / Voui voyez, t^ît Samrr, le Prince-
de RûUfan av ec (on Fils. Quoi , dit ^«
fon , ce Seigneur qui a l*aic d majtftuetuc
•ft Fila du Prince de Rolofan \ Oiii ,rapantc
Samar^ Il eût prefquc les mêmes inclina»
tîons. que fon Père ^ mais fes pafliQns ne .
furent pas û violantes. U^ aima ,. maî^avec
diftrrction.. Quoique l'amour porte un
ffannbeau ^ il ne peut prefque pas decou«
tkîr lei inclinations de c« Prince.
Ah Dieux f que vois-ié > f'ccW* P^m^
fpntU^iu Vo. Ci^blè proche d*ûn Druide f
flOfJ
Non , repartît Samar. Ce font cfeux Mt^
niftres d*Ëtat. Celui qui vous a fait peur
fût redevable de (a fortune à fon integrî-*
ré* Mé^M Aibçonnoit it violemment le
Piînrce de Relofa n d'avoir empoifonné la
IFaraille Royale , qu'i^l nomma le Seigneur
é'Orfarine pour coiinoitre dte crime. Ce
Seigneur croit un des plus cctairez Magii^
fraiS' de (an rems*.. Il eût ct^ idoponble ait
Prince de Retofém dé lur en impofer s*it
eût été coupable. De plus , ce Setgneur
ctoit inviolablement attaché à Megas , à qui
il étoit redevable de fà fortune. Il prit
connoiflànce de l'affaire , s'informa à fond*
de tout ce qu*OB difoit , de après s*ctre
«lûement înftruit , iî dectira \e Prince de
Kelofan innocerK du crime dont on Taccu-
Çoh, Ce Prince ne pût alors reconnoitre
ce (ervicc i Mais après la mort du .Roi , Ae
la difgrace du Seigneur de Wrefne , il ne
crut pouvoÎT mieux recempenfer Ton Bien^
£iiteur, qu'en lui donnant les Sceaux, de fe
nepofant fur lui du foin du Gouvernemenr..
Ce Druide « qui femble lui donner la^
main 4 a eu l'honneur de former le Prince
de Relofdn^ 11 lui a cnfeigné quelles ver«
tus il devoît fliivre , & quels vices il devoir
éviter. î\ eut toujours la^ confiance dis
prince^ & ft il fut de tous Tes plâifirs , it
partagea auiïi avec hii tous Tes travaux. Il'
devint Druide du prcmfer rang^, en ré-
compenfe de Tes fervices ^ mais cet hon«-
neur étoit dû à la pureté , à l'innocence ,
' / -à l'intégrité , à Isr douceur de fes nr.ccurs..
jle ne vous dirai point ,. que c'étoit un hom«
me aaftcrCj qui paflbit tous tes jours en
1 7; pricrt»
( 2« y
prières, en îcunes ôc en mortiiîcnYbfii
qu'il ne rej^ardie iamats une perfonne da
Sexe, qu'il ne bût jamais de vin* il fuA
que ie tous dife , qu'il Tivoît avec le Pria-
ce de RiUfên, ^four que vous foyez per«
fuadé que c*étoit le plus honncie homnie
de Ton tems. H ne cédait en probirc qu'à
iqn Maître, & il emendoit fî bien les a^
faîres , que iamais ' on en vit tant expédier
âu bureau que pendant fon Mmiflere.
Les Seigneurs que vous voyez etoient
moins les Counîfans du Priiice de Relofân
que (es Miniftres. Celut-ci dont je -vous
ai d^ja parlé , qui eût de (i gros démêlez
avec le Sénat , étott Générale d*armée fans
commandement , Pocte fans faire des vers,
Koble en trafiquant , Manrhand fans bou-
tique,. Homoie (ans Religion, Orateur fans
éloquence, Miniftre (ans expérience, Ac-
teur (ans ^ace s kiii(iciens fans voix , & tel
en un mot qu'il étoit l'unique en fon efpece qui
pût faire ce qu'il faifbit.
Cet autre étoit fort bien auprès du Prin-
ce, à caufe de Ton Frère le Diu'ide de K#-
ron , qui ctoit chef du Confeil fecret du
Prince pour tout ce qui regardoit la Reli-
gion. Jamais homme ne Àc plus capable
de remplir ce pcfte ^uc ce Druide , qui
{>ar prbdence n'avoir pris aucun parti dans
es diferends qui partageoient les Phiîofo-
phes. Avec les Stoïciens on ne pouvoir pas
voir d'homme d'une Morale plu» féverc \
mais ih'humanifoit avec les Epicuriens. Sz
bouche fouffloit le froid & le chaud , ce
qui lediftingua des autres Druides de fon
tems, qui u'avoicatj pour lapins part, de
Relî»
( 107)
tigîbn que celle du Prince. On ne pou*
voit pas reprocher au Druide dé Veron.
de pouffer la politique & la complaifance
îufqu'à tuivre la Religion dominante : Il
n'en avoir point du tout : C'cft ce qui le
<iiftfnguoir.
^ Je crois » Monfîeur , dit Pifon r<\*^ cette
porte donne dans le fardîn. Je ne doute
pas, qu'il ne reponde a la magnificence du
Château. Vous n*aurez pas ici , aiomeCr/er,
d'auflî bonnc^ fortunes que vous en eûtes
tlans les jardins de Marciopt». Que fçaiton^
continua Pomponius» ce qui peut arriver l Je
vois là bas des bofquets, qui m*ont toutiTaic
d'être autant de Chapelles dédiées à la
DcefTe àt,C'jth€re i ou du moins d*agréables
rcduiti 9 où Ton pourroit en. toute fureté »
célébrer fes myileres Us plus cachez. Je ne
crois pas ^ reprit Prifcus , que vous puiflies
EÎen faire ici. Ce Pays me paroit bien éclairé.
Qu^i^d le Soleil ,. dit Egnatius , fe releveroit
la nuit , pour voir ce qui s*y paffe , ie m%
ffciagine qu'il ne pourroit rien découvrir^
tant il règne ici une fbmbre.& épaiflè nait»
oieme tn plein jour Ces jardins me pa-
roi (fent charmans. Mo» Romains en
tenant ces difcours aHerent fe promener
dans le jardin , où nous les latOerons , pou?
en faire autant de nctre coté» pendant que
la belle faifoa aous y convie
SOM^
L
SOMMAIILE
DES CHAPITRES,
Çonunus en la Chront^m au ChtvàRti
Sotcrmelec.
CHAPITRE PRIMIER.
Comment Sotermdec fut mis entre Ut
maim des Précepteurs , à cêlle fin ê^ktre
Hevi entout honneur cr vertu \ comment alors
il pajjcit le tems , a* donneit hon témotgnaie
de fa fuffijonct.
CHAP. II
Comment Sotermelec devenu grand commen
foît à fe confejfer à Dieu , à la S. Vierge a' À
tous les Saints, & leur détaUloitpat le ment
fis fichez,, puis s* ers retournoit ficher.
GHAF. ni.
Dtgrejfton fur la devottoHàes Temmes, des
Enfans , des Vieillards cr des Gens de Cour,
CHAP. tV.
f Comment une nuit ,.$otermelec , vitenfongt
une Couronne , CT* cuidoit que régner fourroiti
fuis s* éveillant ne trouva que Bran.
CHAP: V.
Comment Sotcrmelec fufliadoUntementîet
Sonnets ronds de dercmffe Us Tdhles Ttftamtn*
taire s du Roy D^n Sadik fon Oncle,
CHAP. VJ.
Comment il le s requit de lui oâîroyer la gouver*
m des Gaules, fous telpaéle qu^Uferoit tout hien,
fu^onques en nul rien mal neferott , ce qu'en fin
mjtur ne penfoh^v au partir ie-la nUn tint cm$l
CHAP. VII.
Comment Soi tvaiétQ fit démolir Id Citadelle
de Dlçmor^four complaire au Roi J* Albion. ;
CHAP. VUI.
Comment Sotermclec humoit lepiot ,qu$U
que fois donftoit gour modes à fes compagnons de
fiaijirs, puis Je tepatrioit avec iaux. ^
CHAP. IX.
Comment Sotermeîec entreprint de faire péni*
ttnct CT* vifiter Us Lieux Saints -y item comment il
alloit en pèlerinage à i^Ahba'jje de Tetcmuc ,.€^
làfaijott longues retraites , puis y canfoloit Ah»
beJJ'eo' Nonains,
CHAP. X.
Comment étaient réglées les. Nonaini de T**
tcmuc. CHAP. XI.
Comment la règle e toit que fer oient tout te re* .
bours de ce que Beliiiieiix c^ Nonains doivent
faire, CHAP. X l T.
Comment dévots i7 dévotes alloient Ce mar.ter
s Tetcmuc. CHAP. XIII.
Comment Sotermeîec inventa ungrand creii*
fet ^O'ÂT y fondre or ^^ argent,
CHAP. XlV.
Comment SoiermclecTÎ'r nombre de dettiurs cjH
empruraeurs. CHAP. XV.
Comment ^oitTmt\QÇ ^ les detteurs payoient
kurs dettes avec fin, CT* donnoîent fumée pour or^
CHAP. XVI.
Comment de pays lointains vwrent coquilles de
noix, peaux d*enguilles,, allumettes ,^c. ^fum
tent lesproBti de cettui trajiq bailhx, à une cam^
fagnle. CHAP. XV.II.
Comment Sotermclec , malgré vjîfere , menoîi
bombance CT" )oy(,ufeté, marchandoit Mies, ache»
toiê
( 2TO )
tmtfimmef, tênfdùhvtufufsfyfeJùUemtl
CHAP. XVI !1.
Ctmmint H et oit emourède'vatUini ham^
€e»^0'émir$s tebgems^ qui ejfaçûient Upajfi crbi
fâif oient voirttm tel avenir far le pertuy tTinu
èmteilU. CHAP. XX IX.
Cotmmemt il cria la Charge de grand CalntU'
teur es marchés des Gaules , CT* en accontra «r-
$a*m Charlatan \transfuge Calédonien,
CHAP. XX.
Comment un beau jour il débouta fon grand rt»
ferendaire vfon jinancier , t7 des deux n*nt ft
♦ qu'mtt. CHAP. XX U
, Comment Princes CT* autres Grands Seigneurs
fefirent Marchands et papier , v baillèrent
torche» . . • pour monnoye : aucuns vendt'renS
ipictf, autres vendireht Joyaux , t^c,
CHAP. XXII.
Comment un beau jour le Pontife de Camhreà
voulut ftfa're Cat dînai , c^jupiHtSotermtlec
deVafftfter auprlsdu Pape de Rome,
CHAP. XXI IL
Comment fut conclu par le Pontife deCambrat,
quefalloit honortr la Dive Pamattt du Pape
Kor^soln. CHAP. X X l V.
Des chojes et rangea quaucum iheolegtent
Gallicans aécouvrlrent en la Pancart»
CHAP. XXV.
Comment en fait de dijputes , Théologiens,
voyent trouble <jr font naitre Ui herejtes,
CHAP. XX Vi.
Pronoftication des maux <sr calamités qu*éd»
tiendront en Religion par dljpute v contro*
verje, cr ecmment un tems viendra ^ue de
^hrifliétnifme ne tefteraque Naorce.
♦ d'Arg.
( lîl )
CHAP. XXVIT.
Cûmmênt fut la dive Pancarte homriepat
4eux qui auparavant n*en tenaient compte , CP*
furent iceux mis au nombre des Convertis.
CHAP. XXVIII.
Camment ceux qui ne voulurent honorer la Du
vê Pancarte furent uUguex. en ?lflede$Pap9*
figtus. CHAP. XXIX
Comment le Pape Romain fit le Pontife de'
Cambrai Cardinal .nrlui bailla dix-huit qua»
rant aines de pardons four Us pech^x, à venir ^
etivec remiffion des fajfèx,*
REMARQUE
s U R L £
Le Kegtment de la Calotte dott Ta Cr^a*
tîon à uneCompngniedegcnsdiftinguca
à la Gourde France, qui fur la fin du Rcs^nc
de Louis XIV. fc fnifoicnt une occupation
fcricufe de relever par quelques traits de
raillerie Ifs défauts -naturels de^ perfonnes les
pluscoufiJerables. «t les fautes qui leur ccha-
poient. Celte Compagnie s'ctant grofTie in-
fcnriblemem s'étendit de la Cour à la Ville,
Ôc. fut bâ ifce du Nom de Kegtment de la Ca^
lotte. Mr Aymond , Porte- Manteau du Roi, en
. fttt fait Gcnéral,& M. deT(7r/4cGéneraHflîme.
Les Armes de ce Régiment font un Em-
blème parlant de fon caraftere 8c de fon em-
ploi. En voici Texplicatitoft telle qu'elle eft
dans la planche qa'oa en a tirée.
VEiuJfên JfOr MM Chîf iifêhU, fhMrgt
étum Lunt d'aritpit ^ t^ de deux Croijfint
ûffê(ex,dt mémt me.sL VEcuJfon efi cbétrgi
$mpal du jçeptrt dt Momus » femt de fê-
filions féiis nombre , dt différentes couleurs^
Ledit EcuJJon efi couronné d^une Caloire à
oreillons , cr dont l*untftretrou(fè er l*aMtn
Mhaijjé. Le fronton de U Calotte efi orntdê
fonnett€$, de grelots indifféremment mtfachet,
four rrar^^uer la Hiérarchie du Régiment»
Elle a pour Cimier un Rat paJIant « furmento
é^une gironette^ four en marquer la fotidrtê.
Les Armes ont four fuforts deux ftnges ^ Cê
qui dénote t^innocence ^ la fimpUciié ,crdeut
cornes d*abondanci en lambrequins , d*oU il
fort de> bromllards , jur lefquels font ajfigntik
iis Penpons du Migimfnt^
BREVET
D^INSPFCTEUR SUR LA MUSI^'^
CT* D^n/e du Régiment de la Calorte^
Four M« DB Lakdittsia«*
DE par ^e Dîcu porte>Marotte »
Nous General de la Calotte »
Voulant que nôtre Regîment
Serve de refuge 5c d'azilc,
A tel que le Gouvernement
Remercie * juge inuiile.
Ou tel qui de fon propre gré
Des affaires s*cft retira.
Four vivre déformais tranquille
Aux Champs auiE bien qu'à la ViWt^
Teaam
Tenant tel honneurs à zéro i
A cfis Causxs^ par laGafetlé
Inftruic de U nobie retraite
I>u Sieur dû Landitisiau,
Z^equc renonce au Directoire
I>c rOpera qu'il exerça P
I^epuis huit a neuf ans en ça.
Avec tant' d*bonneuf & de gloire «' f
X^ui donnons tout conmandemenc
Sur la dan(e 6c fur la inu(îque>
Tant fcrieufe que comique , %
A i'ufage du Régiment |
Enjoignons aux fifrts. Trompettes /
Tambours, Timballes Ôc Haut^bois,]
I)e fuivre exaâemem les Loix,
Et les Règles qu'il aura faites :
Ordonnons , comme on peut penfèr ^
A tels qui prétendront danfer^;]
Tant nos Soldats , que Vivandicrci>
J>€ prendre de lui des lumières.
Sous peine <le faire en tel cas.
Un nombre in(ini de faux pas ^
A ce grand Maitre de Cadtn«e |
Vous ra portant entièrement
Du tour , port , gefte Se mouvemenc »
Où git tout le fin de la Dance t^
Lui donnons pour apointemens'
Deux mille ccus fur tous les vents «
Ou vapeurs odoriférantes»
Qu'exhalcni les troupes danfantes
Dans les mois d'Août 6c de Juillet |
£n outre par honneur complet, i
Lui décernons nôtre médaille
De la première ôc grande taille.
Et double Calotte de plomb.
^iené, T o R s a c. Plf*^ l^as» AruouDé
JUGEMENT
D £ L A
CALOTTE
Xflir iê Procès de Àionfimr iê font^rnlh, OP*
SUr la complainte criminelle,
Fiite au Confeil du Régiment «
Par Maître bernard Fomenelle,
Contre Arlequin ^ la Séquelle «
Accuici folidairement ,
A ce qu*à leur Troupe comique ^
11 foi: fait inhibition
De juiier pièce dramatique i
Sous le nom à* EudimaUên.
Le Plaignant y fous ce titre m£mc»
Ayant depuis trente ans en-^a «
Kinic pièce d'un prix extrême^
Qu'à rOpcra l'on retiifa.
Et qu'il veut par excès de zèle
Kevendie au Roi comme nouTellc :
Oiii ScaramoMche > d'autre part »
Sur les Franchifcs de Ton art.
Vu d'Arlequin les fingerief ,
Culbu(es & boufônneries I
Tout meurement confiderè t
Kous avons dit 8c déclaré.
Que pourra la Troupe Iralique»
Vilipender, berner en l'air,
L'Auteur à'Aj^ar » Pièce immortelle
Par le ii£Qet qui naquit d'elle $
Des Lecfres du Chevaiier d'Htt%
Des digTciTiuiïs où Virjjilc
£(l iraité par tojc d*iinbeci)e«
I>efiefiJons à i'A.4ttur B^irbon^
Depuis trente ans ponant luneiies>
D'écrire plus tendres forneties^J
^all«t. Opéra , ni Chanfon,
Et dans une Cour Prinunicre»
D*amener Mufe douairière,
cA. peine d'ccre mis mef hui
Aux Incurables du ParnalTe
Où Coypel (ils ayant pris place.
Voudra bien chaoabrer avec lui.
Fait au Confeii du Régiment,
^i^nc , T o & s A c , Aymoad prcfear.
ARRET,
Portant Condamnitîon de Banni flèment,
contre certains Déliquans enversia Kailott
6c la Langue.
Kous Dîreâiiurs dt U MahottI'
E» v^rtu de l^AutorlU
g»« ies Etats de ia Calotte
I^iotés donnent Sedc Vacante ( * )
Sf AV o in fat font far U prejente
^jlMt le Colleie des (garante ( f )
€juéi fo$és nous frofeje à Paris
L*Art de quarrer la période,
t/ de tortuer les E/prits :J
eiui tient otivert àjufiefrix
Magaztm
f ♦ Depuis la mort de Mr àc Torjat Colo-
nel , le Régiment cft vacant.
t L'Acadcmie Fraû^oifa.
( »I6 )
^âgaftn di Mots ïï U Mode,
KSlachres à rajratchir l*Oiie,
Moules ou ckaqut jour ou fait
J>es Hafângueun de Dom japhct ,
Eft par Jugement autentique
"Cohdamné de fermer bout^ue.
Pour s*ê.rt Imn/ijcé fciremtnt
jtHX~aJaifes au Rtgiwent,
Ordonnons ^mV/ vuîde la Ville ^
Voulons que tes plus égarez»
Ji Mont- SïirutfoieM transférez, ,
i>'t/M fourront La Motte» HouteviHc^
ife/ Font ene lie leur Pair on ,
Venir jur ânes t^ jur M%le5
BndoHnner de Uur jargon
Les Precteujes ri'iicules,
A clmi fols par chaque Ufon ;
jiuxquelles trcis permettons de faire
En Iroquois une Grammaire,
Et de paùUer leur Traité
JL>* Inintelligibilité ; ^
Bref réduire la Langue en chifres]%
Et Jtra le préfent Atrêt
Par nos Criturs , Tambours KP' Pifru
Lûj crié, mis oubefoin efi.
ignc >
S D M O N D , Secrétaire du RegtmenK
PE Sx MARTIK.
»■ .
riN.
920651